Le bon goût des choses simples
C'était le titre d'une publicité française pour une marque de jambon. En ce week-end du 10 janvier, le premier de l'année dans la région (et l'Etat) de Querétaro, j'ai un rendez-vous particulier : un triptyque d'activités au milieu d'autres femmes pour un "circuit de lecture", une randonnée à Amealco de Bonfil, tout près de la limite avec l'Etat de Mexico, et une dégustation dans un restaurant presque en bord de route sur le chemin du retour.
Mon premier circulo de lectura
La première activité nous réunit le 9 janvier au Refugio avec (et chez) Karen, Laura, et nos voisines plus ou moins proches Adria et sa maman Lolis, ancienne enseignante. Chacun a apporté de quoi grignoter et composer un dîner (carottes, concombres, avoine, galettes ou biscuits, etc). Ici, ce ne sont pas des repas forcément copieux, ils peuvent ressembler aussi bien à un menu du restaurant qu'à une petite collation sucrée. Mais, après avoir discuté et picoré pendant un peu plus d'une heure, nous passons au circuit de lecture proprement dit.
Adriana m'avait informé que le processus, qui a lieu une fois par mois et consiste à s'approprier un livre de son choix, avait évolué. L'objectif n'est pas forcément de terminer un ouvrage sinon de lire suffisamment pour pouvoir l'évoquer, ainsi que son auteur. Et la nouveauté de 2025, pour dynamiser l'activité, est que chacun, à tour de rôle, en suivant ou non le sens des aiguilles d'une montre, tire une carte au hasard face cachée.
Sur cette carte, il y a une question auquel chaque participant doit répondre. Nous sommes six, nous tirons chacun trois cartes, ce qui fait ainsi dix-huit questions au total. Karen avait auparavant pris soin de mettre au moins dix-huit cartes sur la table. Parmi les questions posées, figurent "peux-tu me parler de l'auteur du livre ?", "est-ce qu'il y a une phrase qui t'a particulièrement marqué ?" ou encore "t'identifies-tu à un personnage du livre en particulier ?". Chacun peut ainsi découvrir le livre de l'autre et Laura, qui a déjà bien des circuits de lecture à son actif, note avec beaucoup d'application le titre et l'auteur de chacun des livres présentés.
J'apprécie ce moment de complicité et d'expression entre femmes mais je ne manque pas de participer. C'est un instant de partage original, sérieux et convivial, qui en préfigure d'autres. Nous sommes tous plus ou moins voisins, impliqués de près ou de loin dans la vie de cette ville dans la ville qu'est le Refugio et pour moi, c'est une nouvelle facette du Lexique qui se présente. Même si l'envie de converser est bien présente, nous veillons tour de même à ne pas nous laisser entraîner par le sommeil car, à peine quelques sept heures après la clôture du circuit de lecture, nous devons nous mettre en route pour la deuxième activité.
Au jus d'un circuit court
Le lendemain, c'est une nouvelle première ici qui m'attend, toujours dans la simplicité : un circuit de randonnée. J'ai voyagé au Mexique sans mes fidèles compagnons de la coquille Saint-Jacques : je n'ai ni bâtons de marche (à la fois trop volumineux et trop fragiles pour voyager sereinement en avion), ni mes chaussures de randonnée, qui pourraient encore servir quelques dizaines de kilomètres mais pas sans le "sparadrap" noir de Décathlon. Mais, quand même, je redeviens un peu un pèlerin, l'espace de six kilomètres, et en compagnie d'une autre pèlerine rencontrée sur les terres navarraises. Karen et Laura sont de la partie, pour ce circuit près de Amealco de Bonfil, aux confins de l'Etat de Mexico.
Ici, l'organisation d'une randonnée est une toute autre affaire par rapport à la France, ou même à l'Espagne. J'avais consulté dès les premiers jours ici l'état des lieux de la cartographie ici. Il m'apparaît bien difficile à ce jour de programmer son propre circuit avec les outils en ligne, aussi il faut a priori s'en remettre à deux catégories : la publication des trajets sur Facebook, via des prestataires d'activités qui encadrent un groupe, et des sites ou application comme Wikiloc, où chacun peut enregistrer son propre parcours.
Pour ce circuit à Amealco de Bonfil, c'est la première option qui est retenue. Ça pique au réveil, un peu avant 6 heures du matin, et un peu plus encore pour Adriana qui avait une heure de route devant elle. Après le départ, nous récupérons Karen et Laura, et nous mettions le cap de nuit sur le sud-est. A cette heure-ci, et même si le samedi est un jour travaillé à Querétaro, les routes sont plutôt calmes. Nous n'avons pas trop de peine à traverser les grands axes de la ville, même s'il faut avoir les yeux bien ouverts (!) pour écouter le GPS qui propose parfois des virages à angle droit. Il fait encore nuit et le jour ne se lève qu'à la sortie de Santiago de Querétaro. La route s'élève aussi, les premiers joggers rentrent dans le Parc du Cimatario, et, une fois passée l'ombre du Cerro del Cimatario (2350 mètres d'altitude), nous quittons l'aire urbaine pour pénétrer dans la campagne.
Celle-ci ne va pas nous quitter jusqu'à l'arrivée. Nous traversons Huimilpan, un grand village qui ne semble vivre qu'autour de cette route principale, puis, quelques kilomètres plus tard, nous arrivons à destination. Nous nous trompons d'abord d'arrivée et rebroussons chemin quelques minutes. L'entrée du chemin se trouve sur la gauche, au bout d'une piste en herbe de campagne. Le rendez-vous a été donné à 7 h 30 et il y a déjà une trentaine de voitures. Peu arriveront après nous.
Premier entraînement pour Compostelle
Amealco de Bonfil - 10 janvier 2026
Il faut payer 20 pesos mexicanos (environ 1 €) pour le stationnement, qui n'existe que pour ce rassemblement. Je ne sais pas s'il est inclus dans la prestation ou si les locaux profitent de la présence de cette randonnée pour facturer à prix modique, mais je penche plutôt pour la deuxième hypothèse. Le groupe d'encadrants se présente rapidement et distribuent les boissons et en-cas qui eux sont bien compris dans le prix. Puis, nous nous mettons en route, pour juste cinq kilomètres et demi et trois heures et demi de circuit ! Nous avions connaissance de ces données la veille et nous pensions qu'il s'agissait d'un seul décompte aller.
Le parcours est très irrégulier. Il commence par un faux plat montant, avant d'accéder au sommet d'un petit barrage en terre. Nous longeons la digue et partons ensuite progressivement dans la forêt. Je suis venu au Mexique avec quatre paires de chaussures, et la moins mal adaptée au parcours est une paire de baskets, mais les chaussures de randonnée de Compostelle me font défaut. Sans bâtons, même si le parcours ne présente pas de difficulté insurmontable, je n'ai pas le même équilibre, alors je ne peux compter que sur mon expérience de milliers de kilomètres parcourus. Adriana est devant avec Karen et Laura, enfin devant le dernier groupe puisque nous sommes partis en queue de peloton. Le grand groupe s'arrête une première fois dans une deuxième pente, assez prononcée, et nous finissons par perdre le gros des troupes, après un replat où nous longeons une clôture.
Heureusement, une des quatre guides est restée à l'arrière. Adriana demande la suite du chemin : ici, il n'y a aucun balisage, les cartes en ma possession sont sommaires et il ne faut compter que sur les guides pour avancer. Au deux tiers de la boucle, nous arrivons à la cascade (modeste) que nous dominons et chacun a déjà pris place dans l'environnement ambiant. C'est la pause restauration et de notre côté, nous avions emporté des galettes, des fruits secs, des pommes et des mandarines qui font sont effet. Il reste du pain - industriel - que les guides ont emporté avec eux (à la main, dans des canettes et dans un grand sac poubelle !) mais je résiste à la tentation. Je regarde autour : tous ne sont pas équipés, certains effectuent là leur premier circuit, il y a même deux chiens et le parcours peut se faire en famille. Une femme d'un certain âge m'a même laissée passer, en manque de confiance sur le parcours.
L'ambiance est calme et détendue, plus que le temps qui est capricieux et alterne entre vent frais, bruine et rayon de soleil. Il y avait tout juste cinq degrés au départ et le temps ne s'est pas franchement découvert, du coup nous non plus. Après environ une demie-heure, nous reprenons notre chemin qui doit nous ramener au point de départ. Après un peu plus d'un kilomètre sans difficulté, nous revenons au petit barrage que nous longeons par la gauche. Il semble y avoir quelques maisons de villégiature perchées là, à près de 2 500 mètres d'altitude, servant sans doute davantage en saison plus douce. Nous n'avons pas le temps de revenir au parking que déjà, d'autres véhicules quittent les lieux. Après un briefing de départ, un debriefing aurait peut-être été intéressant, mais ce n'est que mon avis.
Sur la route du retour, nous nous arrêtons à un restaurant qui nous promet de déguster les saveurs simples de la terre, mais je vous raconterai cet épisode dans un prochain carnet d'adresses sur le Mexique. Il est samedi après-midi, place au repos et aux choses simples !
Par ici la suite : Morelos, le chemin initiatique (1ère partie)


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