Mexique : un voyage pas comme les autres (3ème partie : Mexico City)
De mémoire, la sortie d'un aéroport n'aura jamais été aussi rapide. Un paradoxe alors que je viens tout juste d'arriver dans une des plus grandes villes du monde, avec ses 22 millions d'habitants. Adriana est arrivée avec son amie Chely, qui a fait le (long) voyage depuis Guadalajara, et a trouvé place juste devant l'ascenseur de sortie ! Un gros plus sans doute permis par l'heure assez tardive d'arrivée, mais en théorie encore assez tôt pour pouvoir récupérer un peu de ce vol de douze heures, et de cette journée qui a débuté pour moi il y a presque vingt-quatre heures. Nous quittons l'aéroport, et les deux amies sont surprises du poids léger de mes affaires, surtout de la valise.
Le Mexique et sa capitale va présenter pour moi son premier visage, même s'il est nocturne. La sortie s'effectue par une porte-barrière à péage où il faut régler le stationnement. Jusque-là, rien de différent par rapport à la maison, si ce n'est les prix affichés en pesos mexicains, et, pour moi qui ai l'habitude de compter en euros, ça pique ! Je me suis entraîné à multiplier ou à diviser par vingt avant de partir, mais, trois semaines après mon arrivée (date à laquelle j'écris ces lignes), la conversion est encore nécessaire. Après quelques interrogations sur comment régler (il y a un agent à la sortie), Mexico City s'ouvre par de grands boulevards.
Mexico City : express by night
Après un vol hors Europe occidentale, le premier visage montré par le pays est toujours une claque. Je m'attendais à une ville étouffante, asphyxiante, mais je n'en ressens rien. La capitale m'a l'air plutôt aérée. Il n'en reste pas moins que, même en soirée avancée, la conduite n'est pas facile. Chely conduit très bien sur ces routes urbaines où l'attention doit demeurer. Tout est visiblement fait pour la voiture et un voyage depuis l'aéroport ne s'improvise pas. En une petite demi-heure et une traversée est-ouest de la capitale, nous rejoignons la Casa Emilia , un hébergement qui, par le calme dans la ville, par sa fraîcheur centrale, me rappelle un peu le riad marrakchi de 2014. Entre temps, nous avons quitté les grands axes pour les boulevards et je découvre un peu plus le monstre de l'intérieur : des grandes tours à l'américaine sans en atteindre la démesure, des parcs urbains, des ronds-points immenses et au milieu de l'un d'entre eux, les portraits de tous les disparus. Ce rond-point porte même un nom : la Glorieta de las y de los Desaparecidos. Une question me vient à l'esprit : comment les Mexicains peuvent-ils être si accueillants (je le vérifierai ensuite) et en même temps confrontés à une telle tragédie ? Le mystère demeure...
Nous arrivons à la Casa Emilia, à peine une heure après l'atterrissage. La chambre me rappelle un peu les habitaciones privadas du Camino Primitivo, mais alors que nous arrivions la plupart du temps en milieu d'après-midi, cette fois il n'y a pas beaucoup de temps pour récupérer. Le jet lag va d'ailleurs frapper : je ne retrouverai pas le sommeil passé trois heures du matin. C'est dommage car les installations sont plutôt confortables.
Petit déjeuner à la Casa Emilia
Mexico City - 19 novembre 2025
Mon être encore en voyage, ballotté entre deux continents, j'ai de la peine à émerger en ce 19 novembre. Pourtant, un rendez-vous important : la procédure canje à l'Office des Migrations de Mexico City, dans le quartier d'affaires de Polanco. Nous prenons le petit-déjeuner, qui ressemble à un continental, et comme à la bonne époque de Compostelle, j'aborde ma conversation avec le couple qui partage la tablée. Ils parlent anglais et pour cause, ils sont londoniens et achèvent leur périple touristique mexicain. Mais nous n'avons pas beaucoup de temps : Adriana réserve un Uber pour se rendre sur place (je découvre la facilité avec laquelle ce Wikipedia du transport nous dépose sur site). Tout est réglé d'avance et minuté. Rien ne lui échappe, tout comme ce 13 avril 2024, jour de notre rencontre, où elle savait exactement la distance qui nous séparait de Puente la Reina, pendant que je marchais en ne suivant que les flèches jaunes.
Premier choc interculturel
Le moment approche. Le secret d'Etat m'empêche de dévoiler les circonstances de mon entrée dans le bâtiment, mais ce fut une affaire de minutes : je n'étais pas en retard, mais il a fallu un tour de passe-passe pour réussir à compiler tous les documents nécessaires. Pour ce genre de formalités, je dois me débrouiller seul en espagnol, comme à Barcelone, au consulat mexicain, tout juste (ou déjà) deux mois auparavant, pour obtenir le visa. Je suis la file d'entrée et je me fais réprimander deux fois parce que je ne suis pas en rang, comme à l'école. Un agent se plaît d'ailleurs comme à la cour de récréation à nous faire rentrer, migrants que nous sommes, par petits groupes, et je suis le dernier autorisé à pénétrer dans le bâtiment. De l'extérieur, la façade brute en béton échancré par les vitrines façon années 1970 donnait des airs d'austérité, confirmés par l'accueil plutôt rigide. Qu'en sera-t-il à l'intérieur ?
Je rentre, je me retrouve face à une grande salle, dans toutes les proportions. A vrai dire, je m'attendais à un chemin davantage guidé. Non, il y a une multitude de guichets répartis en formes géométriques diverses. Je me retrouve face à un premier cercle qui semble être une forme d'accueil, et je demande là à qui m'adresser, pensant avoir entendu le numéro 18. Derrière son pupitre open space, l'agent m'indique le numéro 18. Il se trouve à une vingtaine de mètres, certaines personnes sont assises, d'autres au guichet. En fait, personne ne m'attend. Je pourrais rester là pendant des heures, inconnu que je suis dans ce monde nouveau que je côtoie depuis moins de vingt-quatre heures. Ai-je bien entendu le 18 ? Je n'en suis pas sûr du tout. J'attends que le guichet se libère et je m'adresse à l'agent, qui m'explique ni plus ni moins que je dois attendre devant.
Les minutes s'égrènent, peut-être une heure. En demandant aux autres personnes assises, je comprends que c'est une file d'attente qui avance de siège en siège, de la gauche vers la droite puis d'une rangée à l'autre. Je comprends ensuite que les personnes assises sur les cotés sont déjà passées et attendent qu'on les appelle ailleurs. Au-delà, je vois des guichets vides, d'autres où les agents inoccupés rigolent entre eux. Que fais-je ? La tentation est grande de me lever et d'aller tenter ma chance ailleurs, mais je me raisonne à attendre en ayant entre temps obtenu une autre information : personne n'a de guichet attitré ! J'attends donc là par hasard, en espérant qu'au bout de la file je sois appelé...
Il y a tout un enjeu : Adriana m'attend dans un café, mon agent secret quelque part aussi, nos bagages dans les WC de l'hôtel ; puis Adria, une voisine, deux cents kilomètres plus loin à l'arrivée d'un bus qu'il ne faut pas rater. Finalement, je suis appelé au guichet numéro 20. Je ressens quelques secondes de soulagement, mais pas plus, car, pour la troisième fois, l'interrogatoire barcelonais reprend. Je me rappelle de l'essentiel, et entre plusieurs baisers entre les agents des guichets 20 et 22 (!), l'agent m'informe qu'elle doit attendre l'autorisation de son supérieur, via son PC sous les yeux. Vingt bonnes minutes après, je suis envoyé à l'autre bout du bâtiment, à l'étage, pour la prise d'empreintes et une nouvelle photo d'identité.
J'arrive à l'étage dans une grande salle rectangulaire, nettement moins peuplée. La procédure suit son cours. Je passe devant un nouvel agent, sur fond de musique rave techno où chacun se dandine (!), et la procédure se poursuit encore. Finalement, l'agent me remet ma carte de résidence temporaire, avec permis de travail, qui me permet de rester au Mexique pendant un an. Ce n'est pas la fin du parcours administratif,mais une nouvelle deuxième étape de franchie et surtout, autre bonne nouvelle, je n'aurai pas à revenir à Mexico City deux semaines plus tard comme c'était initialement prévu. Je m'empresse de prendre le document en photo et je ressors du bâtiment comme à Barcelone, c'est à dire par une sorte de porte dérobée où un dernier agent finit par m'ouvrir. Rien à faire, je m'oriente toujours à l'envers. Mais avec l'objectif atteint.


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