Sur la route de Compostelle - Camino Primitivo (2024) - Voyage retour (1ère partie)
Despedidas emocionantes
Nous sommes maintenant le mardi 15 octobre et le réveil sonne à 6 h 30. Je me prépare rapidement et Adriana se réveille peu après. Nous quittons l’Hostal México et prenons le chemin de la gare de Saint-Jacques-de-Compostelle qui se trouve donc à 800 mètres de l’hôtel. Décidément cette distance sera « revenue » souvent sur le chemin, notamment entre petits restaurants et auberges. J'ai globalement beaucoup de difficultés pour me repérer dans le damier moderne compostellan et je compte donc une dernière fois sur mon binôme mexicain pour m'orienter.
Le temps clément qui nous avait reçu avec bonté à l'arrivée de notre périple a maintenant disparu et laisse la place à un temps couvert. Quelques gouttes de pluie sont même de retour ce matin-là pour rendre notre jour si quotidien. Alors que la nuit est toujours là pour un bon moment, je ne reconnais pas l'endroit que j'avais fréquenté il y a treize ans, d'autant plus que nous savons que la gare de Saint-Jacques-de-Compostelle est en travaux. Décidément de nombreuses gares en Espagne sont dans cette situation puisque c'est le cas de la gare de Saint-Sébastien ; nous savons aussi que celle de Chamartín est en travaux. Je découvrirai cet état de fait un peu plus tard dans la journée.
Il est tout juste 7 h 10. Comme le train part à 7 h 40 de cette gare de taille moyenne, nous avons le temps. Je repère une passerelle d'accès à la gare et indique à Adriana que c'est le chemin à suivre. Je suis mon intuition, celle-ci est bonne. Adriana est d'autant plus attentive que le lendemain elle devra revenir sur les lieux, chargée de deux sacs supplémentaires. La clientèle n'est pas la même, c'est plutôt une clientèle d'affaires puisque le train se rend à la capitale et dans la ville de pèlerins par excellence ce matin-là nous n’en avons croisé quasiment aucun. Nous pensons donc nous quitter une première fois lorsque la voie du train pour Madrid est annoncée mais en fait il faut attendre l'ouverture du poste de contrôle vingt minutes avant le départ du train. Nous reconnaissons un dernier pèlerin, qui voyage lui aussi dans ce même convoi et va à destination de Barcelone. Nous l'avons croisé sur la dernière étape et nous nous reconnaissons là. L'annonce ensuite du départ du train à 7 h 40 se fait comme prévu à 7 h 20 et le poste de contrôle s'ouvre cette fois. Nous nous quittons réellement, non sans émotion bien sûr. Je passe du côté du contrôle et j’attends mon tour. Je suis surpris du niveau de sécurité apparemment exigé maintenant avant de monter à bord et ceci me rappelle quelques souvenirs d'aéroports. Je passe sans encombre mes objets sous le portique et je ressens la présence bienveillante et vigilante d'Adriana de l'autre côté de la vitre. Comme la file est importante, je récupère mécaniquement mes affaires et je me dirige vers le quai qui se trouve accessible via un passage souterrain. Je monte assez rapidement sur celui-ci et je jette un regard immédiat vers le hall de la gare. J'ai surtout un point de vue vers le bar et je me rends compte alors que ma petite mexicaine a disparu.
La pluie s’abat maintenant sur la Galice. Je prends place dans le train Alvia qui part à l’heure prévue et file vers le sud-est. L’ambiance sur ce trajet d’une telle distance et à cette heure encore assez matinale est donc plutôt à l'assoupissement. Le décor mi-brumeux mi-pluvieux de la Galice n’aide pas à dynamiser l’ensemble. Pour maintenir les passagers éveillés, un film est diffusé sur l’écran central, apparemment d'origine ukrainienne, racontant le destin d'une jeune employée qui travaille dans un restaurant dont elle finit par se faire licencier. Elle finit par suivre son amoureux pour créer avec lui le restaurant de ses rêves. Ce film me rend nostalgique et lorsqu'il se termine, nous sommes en pleine Castille. Le soleil est de retour mais cela n'a guère d'importance, il disparaît ensuite vers Madrid.
Les gratte-ciels de Chamartín et les montagnes enneigées
Madrid - Janvier 2011
Madrid downtown
Je devine l'arrivée dans la capitale à la vue des quatre tours d’affaires principales et des tours Kio. Je me demande comment je vais m'orienter de la gare de Chamartín, qui se trouve au nord de la capitale, à la gare d’Atocha qui se trouve au sud. Heureusement, avant de partir, j'ai pu griffonner un autre plan et surtout reconnaître les moyens de transport permettant de joindre les deux gares que je connais déjà, surtout pour y être passé au cours de ma période de volontariat européen. Mais comme je ne me souviens pas de grand-chose et que potentiellement tout a changé je pars donc avec un œil neuf. J’éprouve de nouveau cette étrange sensation d'être seul, d'avoir donc cette envie de rester même si je suis dans l'endroit de l'Espagne que j'apprécie le moins, et je suis surtout attentif à l'environnement.
Je rentre maintenant dans le grand hall de gare qui, comme je le sais déjà, est divisé en plusieurs compartiments. Je rejette l'idée de rejoindre une ligne à grande distance et me dirige tout d'abord vers le distributeur de tickets pour les trains de banlieue « Cercanías ». Un de ces 2 distributeurs est en panne et il y a sans surprise une file d'attente longue de plusieurs dizaines de mètres devant le seul distributeur en état de marche. Cette option avait ma préférence puisque la liaison entre les deux gares est plus rapide, qu'il y a moins d'arrêts et que l'espace à l'intérieur du train est plus vaste que le métro. J’ai quand même un grand sac de randonnée sur le dos et des bâtons de marche.
Je me dirige sur la deuxième option raisonnable que j'avais relevée auparavant, celle du métro. Comme à la gare de Lille-Europe il faut descendre quelques niveaux pour avoir accès au distributeur de tickets. Lorsque j’arrive sur place, la file d'attente est toute aussi longue que celle pour les trains de banlieue, à la différence près que cette fois les distributeurs sont beaucoup plus nombreux, en tout cas beaucoup plus nombreux à être en état de marche. De plus, au début de la file, il y a un employé de la société de transport qui oriente les passagers vers leur guichet. Lorsque vient mon tour j'explique brièvement ma destination à l’employé qui grimace visiblement à l'écoute de mon accent français prononcé. Il m'oriente vers le bon distributeur, effectue toutes les manipulations à ma place et je n'ai plus qu'à payer par carte bancaire le ticket de 4,50€. C’est une somme assez importante pour un seul déplacement dans une même ville mais il me permet de rejoindre la gare d’Atocha de manière assez directe.
Je veille sur mes affaires personnelles dans un métro qui ne tarde pas à se remplir jusqu'à la gueule. Nous sommes compressés mais il y a tout de même suffisamment d'espace pour une personne qui, dans l'indifférence générale, monte pour réclamer de l'argent. Il y en a aussi pour une autre personne qui joue de l'accordéon plutôt brillamment, toujours pour récolter quelques sous mais avec une meilleure note artistique. Je suis bien loin de l'ambiance du Camino. Ici le seul objectif de tout un chacun est de rejoindre sa prochaine destination et les conversations sont nulles. Après 16 arrêts (!) je sors à la gare d'Atocha et je rejoins la plateforme de départ des trains. J'ai un petit peu moins d'une heure à disposition et j’ai bien fait d'acheter un pan bagnat (sec) à Compostelle puisque bien sûr toutes les consommations dans la gare de la capitale sont en effet à des tarifs très élevés. D'ailleurs tout pousse à s'asseoir dans une de ces boutiques et il n'y a pas d'espace pour s'asseoir dans le grand hall d'attente de la gare. Ma seule préoccupation réside dans le fait de savoir si je suis au bon niveau, car il y a deux plateformes : une pour les trains régionaux et une autre pour les trains à grande distance. Les indications à cet endroit ne sont pas si claires que ça mais le temps dont je dispose permet de me rendre compte que je suis au bon endroit. Il ne me reste donc plus qu’à attendre l'embarquement et le nouveau passage de contrôle pour l’AVE alors en direction de Marseille.
La serre de la gare d'Atocha
Madrid - Janvier 2011
Au revoir l’Espagne, merci encore pour tout… et à bientôt pour la 21ème
Je monte dans le train avec une certaine émotion. Je quitte à nouveau l'Espagne, en tout cas pour cette année. C’est une drôle de sensation de me le dire après un mois et demi et environ 700 kilomètres parcourus. J’y ai encore vécu des émotions partagées et le moment est venu de revenir dans mon propre pays. Je n'ai d'ailleurs aucune envie de rejoindre ma place attitrée car je dois ranger le sac à dos, faire attention à la gourde qui fuit en position allongée et probablement parler à personne.
Je préfère donc comme c'est parfois le cas sur des trains à longue distance passer mon voyage entre les voitures. Je sais qu'il y aura plus de passage et plus d'animation, ceci d'autant plus que je n'ai pas de « distraction » à disposition. Le seul moyen pour moi de passer le voyage le plus agréable possible est soit de dormir soit de converser avec quelqu'un. Pendant cette longue partie de mon trajet retour, j'ai ainsi l'occasion d'aider plusieurs personnes à monter et à descendre et de converser parfois avec les passagers. Une dame d’un certain âge fait d'ailleurs tout pour attirer l'attention sur elle lors de sa montée dans le train près de la frontière.
Bien maquillée, avec de grandes boucles d'oreilles et parlant fort, elle voyage avec des bagages volumineux ou encombrants : une valise pesant probablement plus de trente kilos, avec par-dessus un chihuahua et sa niche ambulante (!). Son trajet ne dure pas très longtemps et elle demande à l'un des contrôleurs de la Renfe de lui trouver une place adaptée. Elle doit ceci dit plier l'un de ses bagages et proteste assez vigoureusement contre le manque de place de ce train à grande vitesse. Je ne vais pas la contredire puisque ce train est un Alstom, et j'ai déjà écrit il y a des années auparavant que de toute la série des AVE c'était le moins confortable. La plus longue conversation sera avec une Française qui a elle aussi laissé l'Espagne et ses parents pour un temps, et poursuivre ainsi ses études à Montpellier. Autre séquence nostalgique.
Comme pour le Primitivo, le trajet retour est une suite de retrouvailles. Je passe dans des endroits déjà connus par le passé, que j’ai déjà tous visités à l'exception de Saragosse. L'enfilade des gares me rappelle donc une autre époque. Le temps défile aussi plus lentement une fois arrivé en France puisque l'aménagement pour les trains à grande vitesse s'arrête à Perpignan. Le jour est encore suffisamment clair pour que j'apprécie le joli passage sur les étangs de l'Aude. Je passe Narbonne, Montpellier et j’arrive enfin à Nîmes. Je suis enfin debout pour descendre, lorsqu’à la vue de la coquille Saint-Jacques que je porte encore sur le sac, l’un des contrôleurs évoque son souhait d’effectuer l'année prochaine le Camino Primitivo. Il me demande comment j’ai vécu l'expérience. J'ai peut-être tout au plus trente secondes pour le lui la raconter alors qu'il était là depuis le départ à Madrid et j'ai aussi conscience que ce sont mes derniers mots en espagnol oral. Je descends sur le quai pour la dernière fois de la journée et pose le pied de nouveau sur le sol français.
Trouver la bonne formule
Avant de partir de Saint-Jacques, et à côté des indications pour me rendre à la gare d'Atocha, j'avais gribouillé un plan artisanal pour me rendre à l'hôtel Formule 1 Nîmes Ouest depuis la gare. Contrairement au mois d'avril à Saint-Sébastien, je ne souhaitais pas m’arrêter dans une auberge, d’autant qu’il était plus de 20 h 30 et que je savais que le trajet allait générer de la fatigue. J’avais donc opté pour cette autre solution économique. Toujours est-il qu'il fallait parcourir ces trois kilomètres à pied. Après 308, ou 1 217, cette distance pourrait paraître ridicule, pourtant elle va bien me faire suer.
Je tourne tout de suite à gauche en sortant de la gare de Nîmes. La première partie du trajet à pied se déroule comme prévu. Je me dis que je vais retrouver à la vue des panneaux des indications suffisantes pour me rendre jusqu’à l'hôtel, mais après un bon quart d'heure de marche je m'aperçois que je quitte le centre-ville de Nîmes et je commence à comprendre que je vais me lancer sur une rocade. Comme je sais que l'hôtel se trouve au sud-ouest de ma position, je pars donc de nouveau à gauche et après peut-être deux cents mètres, je me trouve dans un quartier peu éclairé qui ne m'inspire guère confiance. Je décide donc de faire demi-tour, de revenir sur le boulevard principal et d'aller chercher plus loin un carrefour plus lumineux où je pourrais tourner à gauche avec plus de confiance. C'est ce que je fais mais je me rends compte que je pénètre peu à peu dans le même quartier, cette fois sur des allées plus larges et mieux éclairées. Toujours avec ma protection fluo sur le sac à dos, je suis extrêmement visible en ce jour de semaine parfaitement banal. Je ne passe pas du tout inaperçu.
Une bonne vingtaine de minutes s’écoulent et je n'ai toujours pas de trace d'un rond-point majeur où je pourrais trouver mon hôtel. Les seuls points publics ouverts sont les restaurants mais je me dis que si je n'arrive pas à percevoir la destination avec certitude je vais demander mon chemin. Je vois au loin un panneau indiquant un McDonald's et comme je vais dormir dans un Formule 1 je pense que j'arrive dans la bonne zone. J'effectue donc 500 mètres plus en avant et je me rends compte que la destination n'est pas claire. Je décide donc de m'arrêter à un Domino's Pizza et de demander mon chemin à l'employé qui prend visiblement sa pause à l'extérieur.
Celui-ci n'en sait rien mais je sais qu'il n'est pas seul. Je monte donc dans l'établissement, pose la question à un autre employé qui se tourne vers son équipe. Après quelques instants de réflexion, plusieurs d'entre eux se souviennent de la bonne route à prendre. Ils me l’indiquent avec certitude. Je ressens de la confiance envers cette équipe et je pense qu’elle me donne effectivement la bonne direction. Alors je leur demande quelle est la distance à parcourir à pied pour rejoindre cet hôtel et j'obtiens plusieurs réponses : un kilomètre, sept kilomètres… J’en déduits que les employés du Domino's Pizza ne viennent pas à pied dans cet établissement et je le comprends tout à fait parce que la zone n'est pas vraiment faite pour des déplacements pédestres…
Je suis donc la direction donnée qui consiste à faire demi-tour, à traverser ces trois ronds-points toujours tout droit et à tomber alors sur une zone commerciale où il y aura bien un McDonald's. Un des employés le plus au courant de la localisation n'avait dit de laisser le McDonald's sur la gauche et de partir sur la droite pour trouver l'hôtel. Je cherche donc un panneau informatif de cette zone d'activité et repère l'hôtel qui, le moins cher oblige, est bien sûr le plus loin de ma localisation actuelle. Entre temps, la pluie s'est mise à tomber, certes assez faiblement mais, 14 heures après mon départ de Saint-Jacques de Compostelle je suis tout de même content d'arriver à bon port.
Sans la précieuse indication des employés du Domino’s Pizza je n'aurais eu que 2 alternatives : héler un taxi ou revenir vers la gare et prendre une chambre dans un des hôtels situés à proximité. Je ne me voyais en fait en effet pas parcourir le secteur tard dans la soirée, en tout cas passé 22 heures ou 22 heures 30. Depuis que mon téléphone a cessé de fonctionner sur l’étape de Tineo, j'ai une inquiétude précisément pour ce soir-là : vais-je trouver quelqu'un à la réception à une heure d’arrivée aussi tardive ? Je sais par expérience que les hôtels Formule 1 sont ouverts 24 h sur 24, et pour y avoir déjà séjourné dans le passé j'ai pu réserver directement à la borne d'entrée et quitter l'hôtel le lendemain matin sans avoir rencontré âme qui vive.
Un petit groupe de jeunes est là à l'entrée et fait du bruit. Je passe la porte de la réception et par chance un monsieur est à l'accueil. Toujours par chance, il retrouve ma réservation alors que je sais que j'avais fait une erreur de jour sur une autre réservation pour un autre hôtel à Nîmes. Les inquiétudes sont donc dissipées, en tout cas celles du jour. Je règle avec lui les formalités d'entrée et, alors qu'il souhaite me diriger vers la chambre où je vais passer la nuit j'insiste auprès de lui pour prendre le plan de Nîmes, à la fois des environs et du centre-ville, au cas où je ne parviendrai pas à retrouver le chemin de la gare le lendemain matin. Le réceptionniste m'a dit qu’il y avait un Carrefour Market à proximité et que je n'avais qu'à faire le tour du magasin pour tomber sur une rue qui, plus ou moins, me mènerait à la gare. Attentif avant d'arriver, je n'ai pas vu de Carrefour Market, mais un LIDL et dans mon esprit je pense alors suivre mon plan qui est tout simplement le plan qu’il me remet à ce moment-là.
Le réceptionniste est très agréable et constitue en lui-même la meilleure expérience de cette courte nuit. Dans un hôtel Formule 1, la douche est bien sûr sur le palier, la population est jeune et bruyante. Les sanitaires ne sont pas les plus propres mais ceci est sans doute plus du fait de la clientèle que du personnel de l'établissement. La chambre est originale avec un mur entièrement constitué d'anciennes affiches de voyage, ce qui me rend encore plus nostalgique. Pour le reste, j'essaie surtout de récupérer… et ça ne va pas être facile.
Par ici la suite ! Voyage retour (2ème partie)


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