Haut de page

Sur la route de Compostelle - Camino Primitivo (2024) - 13ème étape : Ferreira - Boente (26 km)

Nous sommes vendredi et il nous ne reste plus que quatre jours à vivre en commun. Nous ne le réalisons pas encore complètement parce que ce matin-là, au départ de l'auberge A Nave de Ferreira, il reste encore 73 kilomètres à vivre sur le chemin de Compostelle. Fidèles à notre habitude, nous nous sommes préparés rapidement, d'autant plus que nous savions que nous n'allions pas prendre le petit-déjeuner à l'auberge. Nous sortons de la chambre, empruntons le couloir que nous n'avions pas vu depuis la veille. Nous sortons de l’auberge pour effectuer notre premier pas sur cette dernière étape du Camino Primitivo proprement dit. Je n'ai plus l'usage de mon téléphone depuis plus d'une semaine, mais grâce aux nombreuses bornes postées çà et là le long de la route et à une énorme indication sur une façade d'une maison indiquant le chiffre 73, je sais exactement quelle est la distance qu’il nous reste à parcourir si tant est que celle-ci soit exacte.

Le temps est couvert, il fait 7°C et la météo annoncée est encore variable. Cela dit, la luminosité présente ce matin et qui va aller bien sûr crescendo laisse donc entrevoir de belles perspectives. Nous sommes en pleine campagne et nous partons tous les deux, toujours en suivant la petite flèche jaune. Nous allons en direction de l'auberge A Ponte de Ferreira, où a dormi Christine. Elle s’était donc arrêté 800 mètres plus loin. Nous passons devant son auberge sans la voir, pour autant nous la retrouverons un petit peu plus tard sur l'étape aux abords de Melide. Seule, un peu à distance, nous n’entrerons pas de nouveau en conversation avec elle.

Ce matin, nous ne forçons pas le rythme. Nous n'avons pas de raison particulière de le faire puisque le climat ne nous presse pas particulièrement, puisque l'étape relativement longue est loin d'être plate (même si elle n'est pas du même calibre que les étapes asturiennes) et puisqu’en fin de chemin nous sommes naturellement fatigués. Toutefois, à deux nous allons toujours plus vite qu'à douze et c'est ainsi qu’au cours d'une montée toujours sur le bitume nous rattrapons un groupe de douze personnes donc deux d’origine asiatique. Autant les (Sud-)Coréens avaient été en nombre sur le Camino Francés (mais ils n'étaient pas les seuls représentants de leur continent puisqu'il y avait aussi des Japonais et des Taïwanais), autant cette fois-ci sur le Primitivo les pèlerins d’origine asiatique sont beaucoup moins nombreux même si au cours de cette étape nous allons en rencontrer plusieurs.

Nous dépassons ce petit groupe d'humeur visiblement bon enfant et je fais remarquer à Adriana que l'aube ce matin est particulièrement belle et spectaculaire. Nous nous retournons donc pour admirer le paysage et au-delà de ces reliefs mous depuis quelques jours, la forêt apparaît au loin comme en feu. En réalité, bien évidemment, il s'agit du lever du soleil qui, Galice oblige, n'est pas complètement franc. Cette petite pause improvisée le confirme. Le groupe de douze nous repasse devant, nous les dépassons à nouveau et comme nous sommes toujours plus rapides qu’eux, nous les laissons derrière une fois pour toutes sur cette étape.

L'aube au départ de Ferreira

L'aube au départ de Ferreira
11 octobre 2024 (Photo d'Adriana)

Café à point nommé

Tout au long de ce parcours plus ou moins vallonné, nous quittons parfois le bitume au plus grand soulagement de nos pieds. Mais, à l'instar des dernières étapes, il n'y a pas d'instant particulièrement émouvant à raconter tout au long des 7,2 premiers kilomètres. Toutefois, sur le Camino Primitivo et jusqu'à la dernière étape, il n'y a pas de répit pour les jambes. Nous adoptons maintenant un rythme à peu près fidèle à celui que nous espérions, c'est-à-dire environ 4 km/h et c'est donc naturellement au bout d'une heure et demie que nous avons effectué notre première halte au café de Casacamiño. Il est donc un peu plus de 10 heures et à cette heure-là les pèlerins ne semblent pas être encore arrivés en masse. La serveuse, elle, est attablée avec un pèlerin solitaire et à ma grande surprise j'entends parler en galicien. Mais rapidement la langue va changer pour passer à l'espagnol.

Nous avons vu ce café ouvert sur notre chemin, un des rares sur cette portion de route alors il ne faut pas nous faire prier plus longtemps pour que nous nous y arrêtions. Dans cette ambiance fraîche je me sens plutôt bien, pas pressé par le temps ni par les personnes. Nous sommes tous les deux heureux de voir que nous pourrons commander un café au lait, un Colacao et surtout deux grands bizcochos. Cela me rappelle des vieux souvenirs. Nous pouvons nous attabler. Nous ne sommes pas trempés, contrairement à certains arrêts précédents, même si, toutefois, la pluie avait commencé à faire son apparition juste avant notre arrivée dans ce café. Cet endroit tombe donc à point nommé. Certes, ce n’était pas une grosse pluie. Quelques gouttes s'étaient abattues sur nous mais pas de quoi être inondés. Nous prenons vraiment le temps de déguster notre petit-déjeuner car depuis la Cantina de Ferreira nous n’avions rien pris de vraiment consistant ; tout juste la tortilla nous avait légèrement accompagnés dans notre appétit du soir.

Nous voilà donc ragaillardis pour effectuer les 19 kilomètres restants de cette étape. De toute façon, je n'ai pas entamé mes réserves de bananes sèches et de raisins secs. Il est donc toujours possible de faire face à la moindre fringale mais je commence à avoir à l’esprit que, pour profiter au mieux des deux dernières étapes, je devrais peut-être alléger encore un petit peu plus mon sac. En réalité, il n'en sera rien et je ne terminerai mes provisions qu’à Nîmes, au retour en France ! Le café commence à progressivement à se remplir et la serveuse a vite fait de quitter la table où elle se trouvait et conversait pour reprendre sa fonction officielle. Les cafés s'enchaînent à bon train et les conversations fusent, au fur et à mesure que les aliments passent du comptoir à la table. Nous retrouvons d'ailleurs là trois pèlerins, donc un père et son fils, que nous avions connus à l’Hostal Portón de Lugo.

Avec eux nous évoquons les difficultés rencontrées sur ce Camino Primitivo ; principalement bien sûr dans les Asturies avec la descente du Puerto del Palo qui était annoncée comme redoutable. Nous insistons sur le fait qu’un bon accompagnement médical est nécessaire et qu'un entraînement avant le chemin est obligatoire pour pouvoir le vivre dans les meilleures conditions et éviter ainsi les blessures, tout en sachant bien sûr que tout est possible sur le chemin de Compostelle. Cette étape présente même quelques pièges et il nous faut donc rester vigilants.

À la sortie de cette pause bienvenue, le démarrage est difficile. Je sens les jambes lourdes, les muscles peinent à se remettre en chauffe et j'ai peut-être ce matin-là sous-estimé l'échauffement que je réalise habituellement avant les étapes difficiles ou présentant un relief escarpé. A partir de Casacamiño le décor change un peu et le Camino Primitivo nous offre ses derniers instants de rudesse, de rusticité et d’authenticité. Nous quittons l'ambiance bucolique qui nous avait accompagnés depuis plusieurs étapes pour rentrer une dernière fois dans un univers un peu plus minéral, apercevoir quelques crêtes rocheuses qui cela dit culminent en-deçà de 800 mètres d’altitude. Nous arrivons dans la Serra do Careón, un peu en altitude. Le vent se fait un peu plus sentir, le silence devient prégnant et nous apprécions ce moment que nous n'avions pas visualisé complètement sur la carte auparavant. Ce passage semi-montagneux se poursuit un temps, jusqu’à ce que nous franchissions un petit col. Nous basculons rapidement de l’autre côté et c'est là que démarre la deuxième partie de cette étape, celle qui va nous conduire jusqu'à la fin du Camino Primitivo.

Le dernier col du Camino Primitivo

Le dernier col du Camino Primitivo
Serra do Careón - 11 octobre 2024 (Photo d'Adriana)

Adieu le Primitivo… et merci pour ce moment

A partir de ce passage nous avons vue sur Melide. Du moins je suppose qu'il s'agit bien de Melide puisque j’aperçois au loin, à 10 kilomètres une ville relativement étendue, un petit peu comme cela avait été le cas pour A Fonsagrada lorsque nous avions terminé notre ascension après Grandas de Salime. La vue ne me fait pas défaut et après vérification il s'agit bien de la ville de Melide et de ses 7 500 habitants. Melide, c'est la fin du Camino Primitivo, en tout cas c'est comme cela que le chemin se vit. C’est là la jonction avec le Camino Francés et nous nous attendons donc à retrouver davantage de massification, même si nous savons que nous sommes en fin de saison. Nous sommes dans les hauteurs de la vallée de la rivière Furelos, que nous pouvons encore qualifier à ce moment-là de torrent. Ce cours d’eau va nous accompagner pendant toute la partie rurale jusqu'aux abords de Melide. Nous rejoignons alors un petit groupe de Barcelonais, avec Carmen, célibataire, à qui Adriana raconte l’histoire de notre rencontre et pour qui il y aurait de quoi tourner un film…

Voilà un petit moment que nous n'avions pas effectué de drôle de rencontre sur le chemin et Carmen nous paraît à ce moment-là comme un personnage un peu atypique. Le groupe ne nous accompagne pas vraiment, entendu qu'il est un peu plus rapide que nous. Nous le laissons filer mais de temps en temps, à la lumière d'un petit hameau traversé qui a son charme ou même d’un lézard mort laissé là sur un poteau, ce petit groupe s'arrête, pour échanger, prendre une photo et nous finissons donc par nous retrouver plus ou moins ensemble. Cela dit, avant d'arriver dans les faubourgs de Melide, nous perdons la trace du groupe. Le chemin sur cette dernière portion de dix kilomètres traverse par moments la rivière Furelos, sur des petits ponts, passerelles ou quelques passages empierrés. Nous profitons des derniers instants où nous écoutons le bruit de la nature avant de retrouver celui de la ville, et, après une petite pause pour nous désaltérer, nous repartons en direction de Melide.

Peu à peu le chemin laisse place de nouveau à l'asphalte. La descente, si elle est très progressive et potentiellement qualifiable de faux-plat descendant, n'est pas des plus agréables et il nous est bien difficile, non pas d'éviter le trafic qui petit à petit s’intensifie gentiment mais surtout de trouver une bande de terre où poser nos pieds. C'est notamment compliqué pour Adriana qui, à l'approche de la barre des vingt kilomètres, ressent la fatigue liée au nombre de pas effectués sur le chemin. Adriana avait choisi de ne pas terminer l'étape à Melide, comme elle l'avait fait lors de son premier parcours sur le Camino Francés et elle m'avait précisé que la ville était particulièrement moche, qu'il n'y avait rien de spécial à voir et un arrêt pour dormir à cet endroit n’en valait pas la peine. C'est ainsi qu'elle avait suggéré de poursuivre le chemin plus en avant et de s'arrêter donc à Boente.

Il est vrai que les abords de la ville ne sont pas particulièrement spectaculaires. La première auberge que nous longeons, visiblement là où elle a dormi en avril, ne donne effectivement pas envie de s'y arrêter une seconde fois. Nous craignons d'autant plus la présence de nombreux pèlerins que nous sommes maintenant sur le Francés. Si nous nous arrêtons là, une seconde fois sur cette journée, c’est à un café. Je ressens davantage le besoin de reprendre des forces pour les quelques kilomètres qu'il reste (environ six) plus que de manger. Nous allons donc pour un Sprite et pour un jus d'orange, détail qui, je vous l’accorde, n’intéresse que nous et nos propres souvenirs !

Alors que nous sortons maintenant progressivement de la ville, nous sentons effectivement que le nombre de pèlerins a augmenté. Il y a une petite descente qui mène à un ruisseau en sortie de Melide. Je n'ai pas trouvé la ville moche mais il est vrai qu'elle n'est pas particulièrement attractive non plus, en tout cas pas de quoi en faire un site inoubliable sur notre chemin. Nous ne nous sommes pas arrêtés non plus à la Pulpería (pour déguster le poulpe, visible dans toutes les vidéos sur le Camino Primitivo ou presque) et nous choisissons finalement de nous orienter davantage vers un dîner que nous prendrons directement à l'auberge.

La forêt en automne, un paysage commun avant d'arriver à Saint-Jacques-de-Compostelle

La forêt en automne, un paysage commun avant d'arriver à Saint-Jacques-de-Compostelle
En amont de Melide - 11 octobre 2024 (Photo d'Adriana)

Road to Santiago

La descente ne dure pas très longtemps puisque le ruisseau est à proximité et Adriana passe naturellement devant moi pour mener le rythme jusqu'à l'auberge El Alemán. Le ciel, qui avait été couvert et frais jusque-là, parfois avec quelques brefs passages de soleil, devient maintenant un peu menaçant. Il n'est pas très tard mais nous nous rendons compte que la luminosité diminue et que la couleur des nuages vire clairement au gris. La pluie n'est pas très loin, quelques souvenirs délicats reviennent à ma mémoire. En réalité, depuis Melide nous sommes maintenant dans les cinquante derniers kilomètres et le visage que va présenter le Camino ne va pas vraiment varier jusqu'à Saint-Jacques-de-Compostelle. Nous allons alterner entre portion entre campagnes relatives et route avec quelques retours dans des bois un peu plus importants mais l’odeur du tombeau de l'apôtre se fait déjà sentir.

Nous avançons donc en compagnie d'autres pèlerins. Certains sont plus jeunes et marchent plus vite. Beaucoup sont moins équipés que nous, en tout cas plus légers mais avancent d'un bon pas. Au vu de leur allure nous n’entrons évidemment pas en conversation et même si nous pouvons faire connaissance avec d'autres pèlerins il y a beaucoup plus de chances désormais que nous le fassions à l'auberge. Il ne nous en reste plus que deux à connaître.

Le tonnerre gronde. J'aperçois même quelques éclairs au loin qui ne sont pas rassurants. Nous avançons sur cette portion de bitume et sur ces trois derniers kilomètres je cherche du regard quelques abris potentiels qui pourraient nous protéger, le temps que l'averse éventuelle s’estompe, le temps que la foudre s’abatte si tel doit être le cas.

La vie à l’auberge : Boente n'est pas une destination que l'on aperçoit de loin et Adriana sait que l’auberge El Alemán se trouve au bord du parcours. Elle avait repéré l'arrivée mais quant à moi je me suis laissé complètement guider par le chemin. Je la découvre donc presque au détour d'un virage et c'est précisément à l'arrivée que la pluie commence à tomber avec une certaine intensité. Ce jour-là, il m'incombe d'effectuer les formalités administratives d'entrée et face à un Allemand, non loin des stéréotypes, je vais me retrouver dans ce que Adriana appelle le caractère européen. C'est-à-dire que nous sommes plus « directs », nous ne passons pas par quatre chemins (sauf pour rejoindre le kilomètre zéro) et lorsqu'il s'agit de réaliser quelque chose les tâches s'effectuent sans sentiment. C'est donc bien El Alemán qui nous reçoit et derrière une façade tranquille, nous allons découvrir au fil de la soirée mais de manière très discrète un homme des plus méthodiques dans sa gestion de son auberge et de son personnel. En tout cas nous allons le ressentir assez nettement.

Il y a tout d'abord un détail particulier dans cette auberge, c'est que le pèlerin ne dispose pas de cuisine. Les pèlerins ne peuvent donc pas vraiment cuisiner ou préparer un repas comme ils pourraient le faire dans d’autres auberges. Cela pousse donc les pèlerins à consommer sur place, dans une sorte de petite cafétéria qui dispose à la fois de boissons pour boire un coup rapide et d'un menu un peu plus élaboré. Il est possible de prendre sa collation à l'extérieur et l'auberge - excellente idée par ailleurs - dispose d'un abri où nous déposons d'ailleurs nos imperméables et bâtons de marche. C'est la première fois en 53 étapes que je dispose d'un espace extérieur. Pour cela nous allons laisser sécher les imperméables pendant plusieurs heures avant de les récupérer en fin de journée.

A l'entrée je suis quelque peu confus et je n'ai pas encore compris que nous allons repasser par l'extérieur pour accéder à nos chambres. Je me presse donc inutilement et Adriana par son regard me le fait remarquer. En effet l'entrée s'effectue au comptoir de la cafétéria (!) et ensuite une employée, visiblement très au fait de son texte nous accueille dans la partie commune, nous montre les sanitaires et notre dortoir car, une fois n'est pas coutume, nous retrouvons là nos bonnes vieilles couchettes.

Il y a trois employés et les cuisiniers dans l'auberge. Nous sommes frappés par l'état de propreté, de salubrité et par la manière dont l'auberge est ordonnée. Pas une poussière ne traîne, il n’y a pas une parole en l’air de la part du personnel. Il est difficile de dire que j'apprécie l'auberge, en tout cas j'apprécie l'expérience car le confort que nous vivons là en tout point est indiscutable. Le dortoir est bien organisé avec une grande vue sur l'extérieur. Contrairement à Tineo, il n’est pas difficile de sortir du dortoir (juste de trouver l’interrupteur général, inconnu à ce jour). Seule la proximité des sanitaires avec le dortoir, pouvant laisser échapper quelques odeurs, me pose légèrement question mais c'est un point de détail.

Tout est ici fait pour la prise en charge du pèlerin. Une employée qui travaille du matin au soir, visiblement sans demander son dû, prépare les paniers pour laver le linge et le mettre à disposition, sec, pour les pèlerins. C'est un point d'attention très spécial et apprécié, surtout en fin de chemin. Au vu du temps et des possibilités offertes aux alentours nous en profitons pour manger à la cafétéria. Adriana passe commande d'un pain au saumon en entrée, et tous deux de macaroni sauce bolognaise, avant de terminer notre repas par une tarte au fromage et une tarte de Santiago (plus nous nous rapprochons du kilomètre zéro, plus il y a de tartes de Santiago…). Nous n’avons pas dévoré notre repas même si nous avions faim et nous ne nous sommes pas attardés non plus. « El Alemán » nous fera discrètement comprendre qu'il faut laisser la place à d'autres pèlerins (parce que le commerce doit tourner). Pour moi, cela rien n'a rien de surprenant et indique tout de l'état d'esprit qui est insufflé là.

Nous retrouvons cet esprit dans le vaste salon. Même en l’absence de cuisine, les tables ne sont pas vraiment faites non plus pour partager un repas. Ici, nous sommes dans une ambiance complètement inverse que celle de ce que nous avions connu tous les deux à Los Arcos, dans la première auberge que nous avions partagée ensemble. Je sens bien qu'il manque un ingrédient à cet endroit : la chaleur humaine. Sans téléphone je suis bien placé pour m'apercevoir que tous les pèlerins sont dessus et, un temps solitaire, je consulte seul quelques ouvrages mais traitant plutôt de l'architecture de la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle que du chemin en lui-même. Sommes-nous dans une auberge d'affaires ?

Heureusement, un peu plus tard dans la soirée, nous allons converser avec un petit groupe de pèlerins plus âgés, qui échangent entre eux sur leur parcours. Nous apprenons qu'ils ont effectué le Camino del Salvador, c'est-à-dire celui qui traverse les Asturies du Nord au Sud et, curieux d'en savoir plus, naturellement nous nous délectons des quelques photos qu'ils ont prises et de leur aventure. Nous nous amusons à découvrir que la mémoire leur joue aussi les tours, qu'après des dizaines de jours passés sur le chemin de Saint-Jacques et plusieurs centaines de kilomètres parcourus il est parfois difficile de se rappeler où l’on s’est arrêté, où l’on a mangé, où l’on a connu la chaleur (pas en octobre), la pluie et la boue, où l’on a rencontré un tel ou un tel. En tout cas, peut-être pour moi, ce petit groupe de pèlerins a préparé le terrain pour mon cinquième et dernier épisode. Ils affirment sans contestation que le Camino del Salvador, qui avoisine les 1 800 mètres d’altitude mais qui ne s'effectue généralement qu’en six étapes est plus difficile que… la plus difficile des étapes du Camino Primitivo. Ceci d'autant plus que le mauvais temps ne les a pas épargnés non plus ! Nous retrouverons avec parcimonie et avec plaisir ce petit groupe sur les deux dernières étapes.

Avec 52 kilomètres effectués en deux jours et en vue d’une distance quasiment comparable qu'il nous reste à accomplir avant d'arriver au kilomètre zéro, nous ne nous éternisons pas dans cette soirée et regagnons notre dortoir tout équipé. Nous veillons toujours l’un sur l’autre mais, alors que le dortoir s’est bien rempli (cent derniers kilomètres obligent), nous nous interrogeons pour savoir si (et comment) nous allons affronter une dernière fois les ronflements…


De Ferreira à la Serra do Careón (Google Earth)


De la Serra do Careón à Boente (Google Earth)

Profil de l'étape : Le parcours est à considérer en trois parties, avec l'ascension de la Serra do Careón depuis Ferreira, ou plutôt depuis As Seixas. La montée ne présente pas de difficultés, tout juste demande-t-elle quelques forces dans la partie finale, d'où l'intérêt d'en prendre un peu avant et de profiter de la pause au café. La descente sur Melide, de dix kilomètres, est assez lente, et une deuxième pause est bénéfique dans la ville, avant de rejoindre le Camino Francés. La dernière partie alterne passages au bord de la route et d'autres en sous-bois, pour terminer à Melide. Après une longue étape la veille, il faut encore compter sur un kilométrage supérieur à vingt-cinq kilomètres ce jour.




Par ici la suite ! 14ème étape : Boente - Santa Irene (25 km)

Commentaires

Articles les plus consultés