Sur la route de Compostelle - France / Espagne à pied (2024) - 8ème étape : Puente la Reina - Estella (22 km)
Nous sommes le 14 avril. Mon sommeil s’arrête d’un coup et je suis réveillé naturellement, les yeux grands ouverts dans la chambre silencieuse toujours peuplée de coréens. A l’extérieur, j’entends du bruit dans la cuisine, mais un bruit quasiment unique. Je ressens qu’une seule personne est debout. Que fais-je puisque tout mon corps est réveillé ? Mon sac à dos est à l’extérieur et m’attend, je n’ai qu’à défaire la taie d’oreiller et le drap housse et m’éclipser directement. Après quelques temps de réflexion, je sors de la chambre pour ne plus y revenir. Je prends toujours un peu de temps pour vérifier que je ne laisse rien en route (j’oublierai seulement mon savon le lendemain soir à Los Arcos).
Il n’y a qu’une seule personne debout, et bien sûr il s’agit d’un coréen. En même temps j’avais cinq chances sur six de ne pas me tromper. Nous nous saluons poliment, je pense qu’il prépare le pique-nique pour tout un groupe. J’en profite pour prendre mon petit-déjeuner, et je ne vais regarder l’heure qu’après, surtout pour savoir quand partir. Pendant ce temps, les autres coréens et coréennes se réveillent, et au moment où un petit groupe s’affaire, j’en profite pour sortir prendre l’air du côté du jardin où il y a l’étendage. La nuit est toujours noire et étoilée, le ciel est très frais, pas suffisamment pour m’empêcher de me détendre et de faire quelques étirements au niveau des bras. L’aube ne se manifeste toujours pas, mais petit à petit l’auberge se transforme en cocotte-minute et les pèlerins se préparent. Certaines coréennes font des va-et-vient en ramenant ici du linge, là une brosse à dents. C’en est trop pour moi, je vérifie une dernière fois mes affaires et quitte les lieux, en me disant qu’il y aura certainement moins de monde dans la rue, et qu’avec trois mille habitants, je trouverai probablement un endroit où attendre avec l’éclairage public.
Un dimanche matin très silencieux
Puente la Reina - 14 avril 2024
Le silence est d’or
J’avance sur la rue principale, en direction du fameux pont. Un pèlerin est passé devant moi et poursuit son chemin. Il disparaît ensuite au bout de la Calle Mayor. La boulangerie ouvre à peine mais déjà, elle dégage ses odeurs parfumées de pain et de sucre. J’aurais vraiment pu être tenté si je n’avais pas déjà… du pain et du sucre dans le ventre, surtout qu’évidemment, ce qui se trouve dans la boulangerie est plus savoureux. Je m’arrête alors sur la Plaza Julián Mena, qui fait office de Plaza Mayor, pour apprécier l’instant en silence. Je n’ose pas faire le moindre bruit dans cette place rectangulaire car je sens bien que derrière les rideaux, le sommeil est roi… Je poursuis donc sur la rue et celle-ci débouche sous une voûte, légèrement éclairée, puis sur le fameux pont médiéval, construit par la Reine pour les pèlerins il y a plus de mille ans. Bien sûr, l’Arga est ici plus large qu’à Zubiri et je vais quitter là définitivement cette rivière qui m’accompagne, parfois à distance, depuis les Pyrénées. Mais à 6 h 15, l’aube ne se montre toujours pas, ou si peu, en tout cas pas suffisamment pour entamer l’étape sans frontale, ce qui ne m’aurait de toute façon pas intéressé.
Deux françaises franchissent à leur tour le pont. L’une cherche l’autre et pense que je suis l’autre. Je lui réponds directement (oui, quand même, de temps en temps, le français est aussi utile) que je ne suis pas la personne recherchée et l’une poursuit son chemin à la frontale pour retrouver l’autre. A 6 h 45, et compte tenu de la partie encore bitumée que j’ai à parcourir, je pars enfin sur cette étape. Dans un premier temps, le chemin suit plus ou moins encore la rivière à quelques dizaines de mètres. Je suis seul et je profite de la fraîcheur ambiante pour trouver mon rythme de marche. Vers 7 h 30, après avoir croisé un véhicule dédié à la protection du milieu (un dimanche, est-ce sérieux ?), je ne m’attarde pas et entame l’ascension de la seule difficulté véritablement marquée de la journée (environ 125 mètres de dénivelé). Celle-ci n’est pas facile, avec un revêtement sableux et caillouteux, mais elle n’entame pas mon moral et débouche finalement sans trop tarder sur la sortie de la forêt et le village de Mañeru. Celui-ci se trouve à proximité de l’autoroute A 12 qui relie Pampelune à Logroño, et globalement jusqu’à Burgos, le chemin se situera assez souvent à proximité des autoroutes, le rendant plus monotone, plus bruyant… et donc plus propice à une certaine forme de robotisation de la marche. Les Espagnols commencent à se faire également plus nombreux sur le chemin. Leur Camino est différent. Le couple barcelonais a effectué plusieurs tronçons déjà jusqu’à Saint-Jacques-de-Compostelle et ils étaient là pour en effectuer un autre entre deux villes principales. D’autres démarrent de Pampelune, ou de chez eux. Un Espagnol rencontre un Coréen (sans le savoir à ce moment-là, je dormirai avec ce Coréen ce soir et je le retrouverai ensuite pour un autre épisode plus tard). Le Coréen lui dit alors : « Bien Camino », ce que l’Espagnol ne comprend pas puisque les mots employés ne sont pas les bons. L’Ibérique finit pas s’énerver et lui dire « Buen Camino » mais il n’y a rien à faire. Après plusieurs tentatives, l’Espagnol tend la main et veut serrer la main du Coréen, qui refuse et éclate de rire. J’observe la scène une dizaine de mètres en retrait et je la garde en mémoire, sans savoir que je serai plus tard après Logroño moi-même confronté au Coréen pour une tout autre raison.
Le Camino francés sinueux avance vers Cirauqui
14 avril 2024
Le paysage vallonné, les couleurs variant entre le jaune du colza et le vert des autres cultures, les reliefs en toile de fond donnent ensuite beaucoup de charme et de caractère au village de Cirauqui, perché sur son promontoire rocheux. Je « bois » littéralement le paysage, typiquement castillan, jusqu’à la traversée de ce village. Je suis séduit par la carte postale qui s’ouvre sous mes yeux. Cirauqui, avec ses ruelles escarpées, son relief, son architecture, fait sans conteste des plus beaux villages que j’ai traversés en Espagne dans ma vie, en tout cas l’un des plus beaux rencontrés jusque là sur le Camino.
Une étape de transition, vers une autre région, vers d’autres pèlerins aussi
Après la traversée du village, le chemin traverse l’autoroute et part au nord vers des contrées plus arides. Nous commençons à rencontrer des vignes, et celles-ci annoncent La Rioja, puisque nous ne sommes plus très loin désormais de l’entrée dans la communauté autonome. Il y a là un jardin qui n’est pas sans rappeler la Rue des Fleurs de Bourg-Charente, avec un petit côté babacool, et invitant le pèlerin à déposer quelques pièces pour l’entretien. Dans cette étape qui se normalise, le spectacle est toujours là, contrariant l’ennui qui pourrait parfois s’installer. Quelques kilomètres plus loin, je traverse le village de Lorca, et j’ai de nouveau une pensée pour les trois vendéens, qui doivent aussi s’arrêter là après le départ d’Uterga. Ils avaient choisi de ne pas respecter les étapes conventionnellement découpées. Les villages « intermédiaires » ont l’avantage de disposer d’auberges suffisamment grandes sur le Camino Francés, peu courues tant que la saison du pèlerinage n’a pas complètement commencé, et de toute manière non réservées par les coréens. En contrepartie, l’offre de service est limitée et il faut souvent anticiper, au moins pour se ravitailler si la prestation d’ordre alimentaire n’est pas proposée à l’auberge, ce qui est souvent le cas dans les auberges municipales.
Sur cette étape, je rencontre Claire, une jeune Canadienne qui voyage avec d’autres copains rencontrés sur le chemin. Elle a tout juste 19 ans et est ravie de rencontrer quelqu’un qui parle français, d’autant plus que, native de l’Ontario, il ne s’agit pas de sa langue natale. Comme la veille j’ai vécu la situation inverse en espagnol, j’accepte bien évidemment l’échange. Claire adore sa ville d’Ottawa, et trouve Toronto trop grand (!), ce qui me permet de me remémorer d’autres très bons souvenirs de 2017. Je sais simplement qu’elle est d’abord venue en France passer quelques semaines en wwoofing, avant de faire le chemin. Claire apporte la fraîcheur, l’insouciance et la légèreté de la jeunesse, et je la recroiserai avec plaisir sur d’autres étapes. Mais quel que soit le relief rencontré, je suis incapable de la suivre sur la durée et nos conversations se limitent souvent à quelques minutes.
Je rencontre aussi Sandrine, une Caladoise, plus âgée que Claire (et peut-être aussi que moi !), et nous échangeons sur un autre épisode de ma vie, professionnel celui-là, en 2016, puisque j’étais alors formateur dans le Beaujolais. Nous nous disons que le monde est petit. Sandrine voyage seule, tout en étant ouverte aux rencontres, mais comme pour Claire, j’éprouve aussi quelques difficultés à suivre son rythme et là aussi, nos conversations se limitent souvent à quelques minutes. Je retrouverai Sandrine avec plaisir le lendemain après-midi à l’auberge de Los Arcos.
Un jardin atypique sur le chemin
14 avril 2024
Ces rencontres animent cette étape, moins spectaculaire que la veille, surtout sur sa deuxième partie qui s’étire en longueur. Je commence à payer les efforts cumulés, les ascensions répétitives et les descentes où il faut toujours rester attentif, les réveils assez tôt (surtout ce jour-là). Surtout, la chaleur, malgré un départ le plus tôt possible, commence à se faire sentir. D’autres pèlerins sont bien plus en difficulté et, à ce moment du chemin, les pèlerins qui m’accompagnaient depuis les Pyrénées se trouvent désormais en ordre dispersé pour de multiples raisons. Il y a ceux qui découvrent les exigences physiques et psychologiques de Compostelle, parfois après un long voyage d’approche et de multiples moyens de transport utilisés. Les couchettes des auberges, si elles ont l’avantage d’être économiques et favorisent les échanges et les rencontres, ne sont pas les plus adaptées pour l’intimité ou la récupération. Il y a aussi les pèlerins qui ont des contraintes professionnelles, familiales, ou qui choisissent de s’arrêter pour retrouver des amis dans les quatre grandes villes du Camino Francés (Pampelune, Logroño, Burgos et León). Après dix-huit kilomètres casse-pattes, je retrouve Daniela et Gerd, les deux allemands avec qui j’avais dîné la veille, qui me rattrapent. Daniela a besoin d’une pause, et dans la grande ligne droite descendant vers Villatuerta, nous trouvons un petit recoin sous quelques arbres pour une pause pique-nique. Gerd, toujours aussi généreux, n’hésite pas à partager pain et fromage. Je comprends alors que nous logeons tous les trois à la même auberge (mais c’est faux et je le saurai deux jours plus tard). Comme je n’ai pas étudié spécifiquement la fin de l’étape (je sais seulement que l’auberge Alda Estella se trouve sur la Plaza Santiago), je décide de les accompagner au départ, puis finalement de les suivre compte tenu de leur rythme de croisière. Après tout j’ai encore des jambes pour quatre kilomètres.
Mais autant j’étais en forme la veille dans la montée de l’Alto del Perdón, autant je surestime ce jour-là mes capacités physiques du moment. Gerd et Daniela prennent plusieurs mètres d’avance, puis des décamètres, enfin des hectomètres. Gerd se retourne de temps en temps, et je ne les perds pas de vue. Je suis tout de même attentif à une pèlerine asiatique blessée au pied et en sang à la sortie de Villatuerta, et lorsqu’une autre pèlerine toute proche vient la dépanner – en anglais, elles ne sont donc pas du même pays – je peux continuer mon chemin à la poursuite du duo germanique lancé vers Estella. Je tombe sur un couple d’Espagnols retraités, originaires de Murcie, ce qui me ramène une troisième fois en arrière, à un séjour d’encadrement de jeunes stagiaires que j’avais effectué avec Karima en 2015. Le temps de parler - littéralement - du pays avec le couple, les Allemands m’ont mis deux cents mètres dans la vue et je perds leur trace, définitivement ce jour, à la sortie du polygone industriel San Miguel.
J’avais changé de rythme trois fois pour les rattraper mais j’étais dans l’incapacité de fournir un effort supplémentaire, d’autant que la ville d’Estella, qui compte tout de même plus de dix mille habitants, se cache toujours à ma vue. Dans un parc, je croise même deux panneaux contradictoires puisque le chemin indique visiblement une direction et le parcours de l’EuroVélo une autre. Tous deux mènent à Estella. Je suis dans un état de fatigue assez conséquent, et, c’est là, à un bon kilomètre de la fin de l’étape, que je suis le plus entamé depuis le départ de Saint-Palais. Les pieds frottent, chauffent, le corps aussi, mais la situation n’est pas alarmante. Je finis par rentrer dans la ville par un virage et par une rue, la Calle Curtidores (Rue des Tanneurs), qui annonce donc la présence de la rivière Ega, que je retrouve après le virage.
La vie à l’auberge : A ce moment-là, je boîte assez sérieusement (j’ai été opéré d’une double fracture-malléole gauche il y a vingt ans), preuve de l’état de fatigue dans lequel je suis, d’autant plus que les 29°C s’abattent sur la ville à ce moment. La chaleur n’est pas extrême, mais suffisante pour que je recherche sans tarder l’auberge. Je sais pourtant que je ne suis pas dans une situation alarmante, j’ai simplement besoin de repos après avoir enchaîné plusieurs nuits où les auberges étaient bien remplies.
C’est rare sur Compostelle mais à cet instant je ne souhaite parler à personne. Je fuis tous les regards de la ville, et il y a du passage dans la rue principale d’Estella. J’essaie de ne pas perdre le chemin de vue parce que si la place où se situe l’auberge s’appelle « Saint-Jacques », c’est que le chemin doit passer par là. Bien vu. J’arrive sans le savoir sur la place en question, sans reconnaître le nom « Santiago » et, comme je ne retrouve pas l’auberge, je lance mon GPS. Elle est là, toute proche, à 150 mètres. Je me sens bien seul. Qui a réservé la même auberge ? La solitude, je vais la ressentir jusqu’au lendemain, mais ce soir-là, elle sera très bénéfique pour le repos du corps.
La réception est tout à fait cordiale. Il n’y a personne, et je remplis les formalités sans peine avec le réceptionniste. Je refuse même l’ascenseur et avec humour, le réceptionniste me dit que le chemin est bientôt terminé, que j’ai fait l’essentiel de l’étape et qu’il m’en reste peu. J’arrive alors au premier étage de cette auberge privée et découvre la modernité des lieux, en tous points, mais la quantité de portes présentes me fait penser à un hôtel. Ce que l’auberge gagne en aspects pratiques, en espaces compartimentés, elle le perd en convivialité. Je dispose d’un lit en bas (ouf) avec une structure en bois (ouf), et comme les grandes baies vitrées donnent directement sur la place ensoleillée, je ferme les rideaux et débute mon triptyque habituel. Les douches sont chaudes, je lave discrètement le linge dans la salle de bains et l’étend bien sûr sur le lit, car nous sommes en ville et qu’il n’y a pas d’autre espace réellement prévu pour l’étendage.
Je dispose d’une chambre numérotée, d’un casier avec une lettre, et il y a une prise avec une petite lumière accolée à la couchette. La chambre est silencieuse et le restera toute la nuit. Plusieurs pèlerins que je ne connais pas rentrent, dont mon fameux Coréen à qui je n’ai pas adressé la parole pour le moment, et le Taïwanais silencieux que j’ai rencontré à Burguete. J’appelle pour effectuer la réservation de Logroño et, comme j’ai dîner au restaurant la veille, qu’il fait chaud, que la ville est assez grande et que je suis plutôt là pour me reposer, je pars au supermarché. Mais une question me taraude : vais-je trouver un établissement ouvert en ce dimanche après-midi qui tire vers le soir ? Je suis pessimiste et je sais que les chaînes espagnoles où je me rends habituellement (Día, Eroski) sont fermées. Mais, en me rapprochant de la place principale (Plaza de los Fueros), je suis agréablement surpris de l’animation qui y règne. En Espagne, dès qu’il faut beau et chaud, les terrasses sont ouvertes et les gens sortent, quelque soit leur âge. Heureusement, je peux encore faire affaire chez les Chinois. Dans le premier magasin, je ne trouve que des sucreries, à la limite bonnes pour le petit-déjeuner que je n’ai pas réservé à l’auberge. Je ne suis pas satisfait, alors je me dirige vers un deuxième, où j’ai le choix entre boîtes de conserves et plats préparés. Cela fera l’affaire. La gérante a laissé sa petite fille jouer dans le dernier rayon et la petite semble si occupée qu’elle ne me remarque pas. Je suis assez fasciné par la capacité de la gérante à parler un espagnol de qualité, avec une fluidité impressionnante, en étant capable de comprendre toutes les questions de ses clients.
Je repars en direction de l’auberge, en profitant du soleil déclinant pour découvrir un petit peu les berges de la rivière Ega. Je prends mon repas dans la cuisine, qui ne forme qu’un seul espace avec la salle à manger, tout en faisant attention d’emporter systématiquement la carte digitale d’accès à la chambre, car les pèlerins la ferment systématiquement en sortant. Je rejoins ensuite mon lit et m’endors paisiblement, profitant de la quiétude et du confort des lieux à défaut d’avoir pu converser avec d’autres pèlerins. Mais ce n’est que partie remise au lendemain…
De Puente la Reina à Cirauqui (Google Earth)
De Cirauqui à Villatuerta (Google Earth)
De Villatuerta à Estella (Google Earth)
Profil de l'étape : La sortie de Puente la Reina s'effectue évidemment par le pont médiéval sur l'Arga. Ensuite, le chemin quitte rapidement la petite ville pour s'approcher d'un relief d'une bonne centaine de mètres de dénivelé. Il vaut donc mieux débuter l'étape par temps frais et au petit matin, pour éviter de prendre un coup de chaud à cet endroit. Si aucune ascension n'est comparable avec celle de l'étape précédente, le parcours casse-pattes, passant d'un versant à l'autre de la rivière Salado, est loin d'être de tout repos. Le village perché de Cirauqui est l'un des plus beaux du chemin et après avoir passé Villatuerta, Estella se laisse difficilement approcher, au détour d'un virage et d'une rue qui amène à la jolie rivière Ega. Attention sur la partie finale à bien suivre le Camino Francés et éviter ainsi de prendre le sentier cycliste de l'EuroVélo.
Le jour se lève sur Puente la Reina
Par ici la suite ! 9ème étape : Estella - Los Arcos (22 km)









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