Sur la route de Compostelle - Gironde / Landes à pied et à vélo (2022) - Transfert entre Bordeaux et Mont-de-Marsan
Après deux jours relativement intenses, voici une journée de transition, une vraie, entre Bordeaux et Mont-de-Marsan. Nous guettons toujours la météo, qui en ce jour encore, va promettre beaucoup de changements. Cette fois, nous prenons le temps (enfin) de décoller à l'Ibis Budget de Villenave-d'Ornon et je réserve le billet pour l'après-midi, alors qu'une grève se profile à l'horizon à la SNCF. Annoncée pour le lendemain, elle débute en fait réellement en fin de journée, et il n'y a plus de moyens de transport après 14 h 45 pour rejoindre la préfecture des Landes depuis celle de la Gironde, hormis quelques rares covoiturages.
Nous réfléchissons au train le plus adapté à prendre, et optons finalement pour celui de 12 h 52, qui nous permet d'arriver à bon port presque deux heures plus tard, sans correspondance. Nous prenons le temps de prendre le petit-déjeuner à l'hôtel, et nous délaissons ce secteur que nous aurons bien arpenté pendant notre trajet vers Compostelle. Aujourd'hui, nous pouvons profiter du paysage, bien qu'il soit urbain pendant la première partie de la journée. Nous arrivons à la gare de Saint-Jean et nous choisissons de déjeuner (ou d'acheter à manger pour la première fois cette année pour cuisiner ?) à Mont-de-Marsan. Nous avons l'habitude le week-end des "horaires" décalés. A la gare de Bordeaux, nous nous retrouvons bizarrement dans la file d'un TGV qui part vers Paris et nous sommes agglutinés dans la foule qui attend. Nous passons finalement le passage du contrôle électronique des billets et nous prenons place dans le TER, qui est pour le moment beaucoup plus vide. Nous laissons Bordeaux définitivement derrière nous.
Dans le hall de la gare de Saint-Jean avant le départ pour Mont-de-Marsan
Bordeaux - 28 septembre 2022
Une journée mouvante et des drôles de rencontres
Je me dis que le vide va demeurer pendant le trajet, car nous partons en semaine à une heure de déjeuner mais le train se remplit finalement rapidement, peut-être en raison de la grève prévue le soir. Une dame âgée décide de faire du zèle et vient frapper à la porte de la cabine pour exiger une place assise, car elle prétend l'avoir choisi sur son billet. Ayant l'habitude du Train Express Régional, je m'en étonne mais nous observons calmement la situation se tendre (un peu), avant qu'une âme charitable choisisse de laisser sa place. Une autre personne assise à notre gauche commente ce qu'il se passe, comme s'il connaissait ce qu'il allait se passer. Je retrouverai d'ailleurs cette personne le lendemain, par hasard, à Mont-de-Marsan. Finalement le convoi s'élance, s'arrête fréquemment dans les gares périurbaines du sud de Bordeaux, et chacun va semble-t-il rejoindre son lieu de travail ou d'études, car la clientèle est plutôt jeune. La dame âgée aura pris en tout et pour tout une demie-heure de trajet, avant de descendre elle aussi à son tour, scène qui nous rappelle à tous les deux un instant vécu sept ans auparavant à Lima.
Le train file plein sud désormais, dans la forêt, et sous la pluie. Il ne reste plus que quelques voyageurs et il arrive à Mont-de-Marsan. Nous avons pour objectif le gîte jacquaire mais je propose à Karima de faire quelques provisions tout d'abord au petit magasin près de la place principale. Sauf que je ne sais que choisir... à part le petit-déjeuner du lendemain matin et nous prenons finalement la direction du gîte, sous un ciel qui se couvre. Alors que nous partons chercher la clé du gîte au magasin à proximité, nous croisons une pèlerine en sens inverse, avec un fort accent anglais. Nous la suivons sur quelques dizaines de mètres et entrons ensemble dans le gîte jacquaire. Par magasin je recherchais à ce moment-là un restaurant indien - sur les dires d'une personne bénévole qui viendra nous accueillir le soir et que j'ai eu auparavant au téléphone -, et celui que nous trouvons était fermé...
En réalité, la clé se récupère au Shanghaï Store, effectivement situé tout près. Le gîte est un ancien lieu de Bains Douches, et la rue est actuellement en travaux pour réfection du réseau d'assainissement. Cela a conduit à condamner la moitié du refuge jacquaire mais il y a suffisamment de place pour accueillir tout de même les pèlerins en cette saison. Il s'avère que la première pèlerine que nous rencontrons réellement cette année est australienne et elle s'appelle Janny. Elle a déjà effectué le pèlerinage auparavant mais elle a choisi de prendre la voie de Vézelay cette année. D'après la personne bénévole, nous pensions être trois mais nous nous attendions plutôt à un homme. Quelques dizaines de minutes plus tard, un autrichien, Erwan, arrive, beaucoup moins disert. Et puis Béatrice, une jeune pèlerine arrive aussi un peu plus tard, accompagnée d'un couple d'hollandais plus âgé venu trouver refuge sur place, car madame s'est blessée en cours de route. Arrive alors notre bénévole du jour, qui ouvre finalement la partie condamnée, et autorise le couple de hollandais à rester deux nuits. "Nous ne laissons personne dehors." Il s'agit de notre seul gîte jacquaire pour cette cuvée 2022, alors nous en profitons pour parler chemin avec les pèlerins. C'est un moment que nous apprécions particulièrement, pour des raisons différentes : Karima est toujours heureuse de rencontrer du monde, et de mon côté, je suis toujours heureux de parler du chemin avec d'autres personnes qui sont venues le pratiquer sur la même voie. Mais cette année, notre parcours est étrange et la discussion détonne : nous partirons le lendemain en vélo en remontant le chemin (!) alors que les autres pèlerins, exceptés les hollandais, poursuivrons vers Saint-Sever. Or, nous connaissons Saint-Sever pour avoir repris notre chemin l'an passé à cet endroit, mais nous ne pouvons pas parler pour autant de l'étape à venir car nous l'entreprendrons quatre jours plus tard...
Face à la pluie
La faim nous appelle autant que le soir tombe et nous choisissons de manger réunionnais au Ti Case Papa. Bien nous en prend : même si l'accueil n'est pas aussi chaleureux que la décoration, le repas est copieux et le rapport qualité / prix est correct. L'ambiance, avec la musique créole, les couleurs, contraste avec le ciel gris et la pluie, maintenant permanente, qui s'abat sur Mont-de-Marsan. Cette ambiance nous inquiète pour le lendemain et nous nous interrogeons pour savoir si nous annulons finalement l'aller-retour en vélo jusqu'à Captieux. Nous ne sommes pas équipés intégralement pour le mauvais temps, surtout en bas du corps, et la pluie est annoncée pour toute la journée ou presque, sur un parcours de 65 kilomètres. Une tempête est même annoncée sur le Pays Basque. Pourtant, les prévisions météorologiques ne sont pas unanimes, et le temps pourrait être meilleur en remontant vers le nord. Surtout, nous retrouverions Emmanuelle à Captieux, et le surlendemain promet d'être rayonnant. Que ferions-nous si nous décidons d'annuler car nous devons revenir à Mont-de-Marsan ? Remonterions-nous tout de même sur le chemin, à pied, sous la pluie, pour effectuer une partie de la traversée des Landes ? Ou partirions-nous ailleurs en quête de beau temps...? Aucune option ne nous emballe et nous n'aurons pas à décider.
En effet, notre loueur, Joseph Baul, nous appelle à ce moment-là et nous rassure en nous disant qu'il viendra avec tout l'équipement adéquat. Il a des surchaussures artisanales (voir l'article suivant) et des pantalons imperméables. Je souffle en me disant que le programme sera respecté, mais je m'inquiète de tout ce matériel, moi qui prend vite peur avec toute la technique manuelle... M. Baul, fondateur du Vélo Labastidien à La Bastide d'Armagnac, viendra nous louer deux VAE. Je profite en effet de la discussion pour lui demander de changer ma réservation d'un VTC en VAE, considérant qu'avec l'aller-retour sur un terrain relativement plat (il n'en sera en fait rien), j'aurai bien effectué l'effort méritant de Compostelle. Surtout, le VAE nous permettra d'avancer conjointement à même allure sous la pluie landaise qui, c'est sûr, sera de la partie. Il s'avèrera que ce choix, accepté par le loueur, sera très judicieux.
Dans le gîte, finalement peuplé par sept pèlerins au lieu de trois, nous avions investi l'espace commun dès notre arrivée. Comme personne ne dort dans ce même espace, et sur le lit superposé au-dessus de Karima, nous pouvons nous préparer pour le lendemain au mieux. Les murs sont anciens et il fait humide et frais. A la nuit tombée, et les autres pèlerins avec, nous pouvons donc nous endormir apaisés par rapport au programme à venir. Mais cette fois encore, comme à Villenave d'Ornon et à Saint-André-de-Cubzac, il faudra se lever tôt le lendemain...
Par ici la suite ! 3ème étape : Mont-de-Marsan - Captieux (68 km) 🚴
.jpg)


Commentaires
Enregistrer un commentaire