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Sur la route de Compostelle - Gironde / Landes à pied et à vélo (2022) - 2ème étape : Bordeaux - Langon (50 km)

Bordeaux - Langon. Cette deuxième étape est née dans mon esprit il y a un an, lorsque nous sommes montés dans le train à Cadaujac, alors que nous étions partis à l'aventure. Nous allions d'ailleurs reconnaître, de nouveau à Villenave d'Ornon cette année, que cette aventure était une erreur. Le chemin de Compostelle, qui était à la fois un peu loin derrière nous mais surtout loin devant nous, nous avait appelé mais les corps étaient trop entamés pour pouvoir aller plus loin. Nous nous étions alors résolus à prendre le train pour nous avancer.

Nous devions ainsi repartir de Bordeaux, pour une étape beaucoup mieux taillée pour le vélo, d'autant plus que, nous le savions, les hébergements n'étaient pas à profusion sur cette portion remontant la Garonne. Au cours de l'été, nous nous sommes mis en quête d'une location de vélo (traditionnel pour moi, à assistance électrique pour Karima) et, après plusieurs recherches, nous avions abouti à une location par Internet chez Pierre qui Roule, dans le centre de Bordeaux. Une fois la réservation effectuée, il me restait, profession oblige, à plancher sur le tracé le plus adapté. Je savais qu'avec le sac, et avec les 25 kilomètres de la veille, je devais m'assurer à ce que le dénivelé soit relativement faible, tout en sachant que nous allions longer le fleuve en allant vers l'amont. Il nous fallait dès lors grimper, assurer le coup sur des faux plats montants, et éviter aussi tant que possible les portions à circulation importante.

Nous avions tout de même l'avantage de connaître un peu le terrain, erreur d'octobre 2021, pour me conseiller de ne pas prévoir un tracé identique, car nous avions dû faire face précisément au trafic au départ de Villenave d'Ornon, vers le sud-est. Je tentais l'application Komoot, pour un tracé "touristique", et j'ajustais ensuite le dénivelé en "tirant" le tracé au plus près de la Garonne. Le résultat devait donner un mix entre découverte et difficulté physique relative. Et pour nous, c'était une première puisque nous n'avions pas roulé jusque-là sur deux machines alimentées différemment. Il faut dire que, sur cette portion unique, je tenais à réaliser le parcours de mes propres forces.

J'avais opté cette fois pour un passage le plus rapidement possible en rive droite, nous permettant de rejoindre la voie cyclable vers le sud-est. Ce matin-là, le réveil sonnait à 6 h 50, soit à peine vingt minutes plus tard que la veille. J'avais encore l'histoire du chéquier oublié en tête, et il allait falloir trouver un plan B, au cas où notre unique loueur de vélos landais en restait à son plan annoncé. J'essayais de me reconcentrer sur l'étape, que le réveil matinal et la pluie, qui s'était abattue toute la nuit sur la patrie de Maïté, pouvait rendre laborieuse. Et dire que nous étions enfin en vacances... L'heure tournait, nous poussant à aller de l'avant. Maïté nous offrait un petit-déjeuner copieux, et nous la remercions ensuite pour son accueil. Nous avions apprécié le temps d'échange que nous avions eu la veille, et le plaisir de se retrouver un an après, les ampoules (presque) en moins ! Cette fois, nous allions reprendre directement le train pour un nouveau passage à Bordeaux.

Nous allions arriver ce mardi matin, en plein horaire d'embauche, en pleine ville, et avec un peu d'avance, puisque Pierre qui Roule n'ouvrait qu'à dix heures. Une fois débarqués du train, nous nous interrogions pour savoir si nous allions en profiter pour acheter notre casse-croûte, mais Karima optait plus sûrement pour les fruits secs qu'elle avait emportés avec elle. Finalement, nous allions en rester avec ces provisions jusqu'à notre retour.

Un départ un peu trop rapide et une nouvelle montée d’adrénaline


Du coup, nous sommes arrivés avec un peu d'avance à hauteur du magasin. Nous croisons alors le gérant, avec son associée dans le magasin, qui nous dit tout d'abord d'attendre un peu, le temps qu'il prépare les vélos pour un groupe beaucoup plus important que nous. Puis, quelques minutes plus tard, il nous fait signe de rentrer, nous confie les casques, pendant que Karima dépose ses bâtons de marche, et, visiblement un peu pressé, il prend avec courtoisie certes mais plutôt rapidement congés de nous. Nous avons tout juste le temps d'essayer nos montures que nous voilà sur le chemin. J’étais à la fois excité par cette nouvelle aventure et en même temps un peu stressé de devoir affronter la ville à vélo, dans un environnement assez inconnu et devant me repérer tout au long du tracé avec une application, OsmAnd, que j’avais testé une seule fois auparavant.

Le stress n’allait pas baisser tout de suite. J’avais tracé de la gare de Saint-Jean, point que nous avions atteint au bout de l’étape pédestre de Saint-André-de-Cubzac à Bordeaux l’année dernière, mais fallait-il encore retourner à la gare, soit 3 bons kilomètres de trafic. Google Maps était donc la seule option, dans une ville où il nous avait fait prendre à pied une route pour automobiles…, le tout sous un ciel très couvert. Il fallait tout d’abord me repérer au tout premier virage, et je pris la bonne route, avant de me retrouver face à une zone de travaux. De plus, j’avais un œil constant sur Karima en arrière, qui était elle aussi un peu stressée par la situation. Le convoi exceptionnel était prometteur !

Face aux travaux, je me dis qu’il fallait que je réagisse comme dans une voiture, et que j’essaie de trouver une autre route, en pensant que Maps allait me remettre forcément dans le bon chemin. C’était chose faite. J’avançais bon train, content de ma machine, et enfin en ligne droite vers la gare. J’avais voulu éviter les quais, et la traversée des artères principales, quitte à me retrouver en pleine ville. Oui mais voilà, réagir comme en voiture me conduit parfois à freiner et à m’arrêter au feu orange. Sachant Karima derrière puisque disposant du GPS, je choisis de m’arrêter et nous nous sommes alors retrouvés à quelques encablures de finir tous les deux au sol. Plus de peur que de mal, il s’agit de nos premiers hectomètres et il faut arriver à adopter le bon rythme. Nous arrivons à la gare et je vais maintenant passer de Google Maps à OsmAid. Karima suit sans peine derrière moi. Il y a toujours du monde sur les quais du tramway, et j’ai même l’impression d’être l’évènement. Je cherche la bonne route à suivre, en sachant que partir à gauche nous ramènerait vers le centre-ville et que partir à droite, nous amènerait comme au premier jour vers les quais, mais en rive gauche. Alors que je suis en réflexion sur la bonne route, la roue avant se plante dans les rails et je manque de chavirer avec ma monture. Il vaut mieux m’arrêter pour y voir plus clair. Je trouve finalement la bonne rue, sans voiture, et avec la piste cyclable, qui part en face. Mais quelques centaines de mètres plus tard, une nouvelle énigme se pose : comment allons-nous traverser le fleuve alors que tout le pont est en travaux. Je m’arrête une nouvelle fois et Karima commence à désespérer, mais le tableau devant nos yeux saute à l’évidence : il va falloir passer de l’autre côté ! Finalement, à bien observer, Karima se rend compte qu'un cycliste redescend du pont via une voie cyclable provisoire. Celle-ci a été tracée et optimiste, je l’emprunte. Bien vu : elle nous mène au pont et nous passons au-dessus de la Garonne. Enfin, nous nous retrouvons de l’autre côté, bien plus au calme, et l’application commence à montrer le décompte kilométrique qui s’égrène. Il reste désormais moins de 45 kilomètres.

Karima dos à la Garonne

Karima dos à la Garonne 
Langoiran - 27 septembre 2022

Un cache-cache permanent avec la pluie


Je suis soulagé de longer l’eau pendant un bon moment, mais je ne connais pas la route par cœur. L’inquiétude revient vite car je me rends compte que, un peu dans la précipitation de Pierre qui Roule, nous sommes partis sans kit anti-crevaison ! Nous délaissons les magasins à gauche avec inquiétude et choisissons de poursuivre, toujours sans halte « achat du casse-croûte ». Nous arrivons à Latresne, une demie-heure plus tard, et devons quitter temporairement les berges paisibles du fleuve, alors que nous avons uniquement croisé dans l’autre sens des cyclistes qui prenaient leur temps. Nous suivons alors la D10 pendant un bon moment. Je me sens bien et, sur cette route plate, j’avance plutôt bon train malgré le sac. Karima suit également sans peine à l’arrière. Nous passons la banderole virtuelle des 30 kilomètres avant l’arrivée et nous en sommes encore au matin, il est temps de marquer une pause. Je profite du décor paisible de Langoiran pour faire signe d’un arrêt et nous en profitons pour nous désaltérer et pour nous restaurer, sur la rive droite de la Garonne. Avant de stopper mon effort, j’ai marqué un temps d’hésitation. Allais-je pouvoir reprendre un bon rythme après cet arrêt ? Un bon quart d’heure après, nous reprenons la route, car la pluie semble s’approcher depuis l’ouest, comme nous le craignons. La suite du parcours est plus vallonnée et je suis alors contraint à des variations de vitesse, sans baisser en-dessous d’une moyenne raisonnable. Nous avançons au plus lentement à 12 km/h, ce qui nous permettrait de toute façon d’arriver sans peine à Langon et bien à temps pour reprendre le train peu après 17 heures. La pluie me préoccupe davantage que le temps que nous mettons pour avancer. Nous passons Lestiac-sur-Garonne, puis Paillet avant de tourner sur un chemin, en bas, à hauteur du Cap Horn, à moins de 18 kilomètres de l’arrivée. Il était temps, la route commençait doucement à s’élever et la différence se faisait de plus en plus sentir entre nous deux. Même si j’avais minimisé au maximum le parcours sur route principale, le parcours ne se prêtait pas aux incartades prévues car le tracé devait nous mener sur les coteaux. Lorsque vous êtes sur votre écran et dans votre fauteuil, vous n’imaginez pas qu’un dénivelé de vingt mètres, à ce moment de l’étape, sous ce ciel menaçant, avec 32 kilomètres dans les jambes et sept kilogrammes sur le dos puissent autant vous ramener à la raison. Karima me demande alors de changer ma monture pour l’aller-retour de Captieux à Mont-de-Marsan, car elle se sent ralentie. Le chemin à droite, qui mène à une île en contrebas, est vraiment le bienvenu pour souffler un peu. Nous nous arrêtons quelques minutes, le temps pour moi de me détendre les jambes et pour nous de nous désaltérer un peu. La pluie suit visiblement notre cadence. Nous nous remettons alors en route et je sens peu à peu la fatigue venir. Nous passons Rions et je me retrouve face à une patte d’oie. Le chemin tracé m’indique de continuer en contrebas, mon instinct me propose le contraire. Pour trancher, nous nous arrêtons donc une nouvelle fois et, prudents, nous choisissons de reprendre notre périple sur la D 10, notre fil de vie pour la journée. Bien nous a pris de consulter le Géoportail, car le chemin en contrebas aboutissait à un cul-de-sac. Cette fois, la pluie s’annonce clairement, et nous choisissons de nous arrêter, à peine un kilomètre après la dernière pause, pour passer en mode « pluie ». Les nuages gris défilent, avec de timides éclaircies entre eux. L’averse semble passer, et nous reprenons cette fois la D10 pour presque ne plus la quitter.

Mais nous partons trop tôt, sur la longue courbe entre Béguey et Cadillac, nous rattrapons l’averse. Nous choisissons de continuer, sans plaisir, sous l’eau qui tombe désormais assez fort. J’ai même rangé le support étanche pour la carte car je sais que nous n’allons pas quitter la route départementale. Nous dépassons le premier panneau indiquant « Langon 14 », non sans un doute de mon côté : suis-je bien sûr que la D10 y mène ? Je choisis de faire confiance au tracé initial, qui nous propose de repasser en rive gauche au dernier moment. A 7 kilomètres de l’arrivée, toujours dans un faux plat montant assez éreintant sur la longueur, nous marquons une dernière pause. Le soleil revient et il faut en profiter car cette étape ressemble maintenant davantage à un contre-la-montre ou plutôt à un contre-la-pluie. Nous savons alors que nous allons rejoindre Langon qui s’est rapprochée et profitons un peu de la météo enfin clémente. L’endroit, au bord d’un terrain de sports, est d’ailleurs surprenant et à l’allure d’un petit camp abandonné. Il y a tout pour un pique-nique que nous n’avons pas même si nous ne sommes pas les premiers invités à table : les punaises y ont élu domicile… Il nous en faut quand même plus pour renoncer à cet arrêt qui nous permet de souffler un peu.

« L’effort avant le réconfort »


Les derniers kilomètres ne sont pas les plus faciles. Si la pluie ne nous posera plus problème aujourd’hui, il nous faut encore rouler bon train car nous retrouvons une circulation plus importante. Nous abordons le dernier rond-point et j’avais conservé suffisamment de forces pour passer de nouveau sur le pont, alors que la route passe temporairement en deux fois deux voies. Je me retrouve dans une étonnante situation sur cette route qui s’est subitement élargie, en pleine montée du pont, et en jetant les dernières forces. Karima dispose toujours d’une bonne autonomie d’assistance électrique. Je sais que la partie est gagnée une fois arrivé au faîte du pont, car j’ai en mémoire une gare située tout près, de l’autre côté. Enfin presque. Nous nous arrêtons une dernière fois pour la rechercher, et nous nous rendons compte qu’il faut grimper une dernière fois sur l’avenue du 8 mai 1945 plutôt que d’emprunter la route de Bordeaux. Finalement, je préfère cette courte montée raide à tous ces faux plats montants de la journée. Nous arrivons enfin à la gare, là où nous avions repris notre chemin l’an passé, tout d’abord pour arriver au gîte de la Châtaigneraie, et ensuite pour prendre la direction de Bazas, sur la fameuse voie verte.

Nous devons revenir à Bordeaux pour la dernière fois et le voyage retour se fera par le train. Soulagé d’avoir réussi cette étape, je rentre dans la gare à la recherche du prochain train pour Bordeaux. Le prochain train passe dans un quart d’heure, et cela nous donne le temps idéal pour acheter le billet retour. Je ressors sans avoir consulté la voie. Karima m’y invite et je constate alors que la voie à prendre est la dernière. Par où allons-nous passer, surtout avec le VAE de vingt-cinq kilogrammes ? Je demande à un agent de gare qui me répond qu’il n’y a pas d’ascenseur, tout en me faisant comprendre que nous devrons nous débrouiller seuls pour descendre l’escalier et le remonter. La descente est évidemment plus périlleuse mais Karima s’élance confiante mais énervée logiquement par la non-assistance de l’agent de gare. Au pied de l’escalier, nous inversons les machines et j’ai encore assez d’énergie pour porter le VAE au sommet.

Nous montons dans le train et rentrons à Bordeaux. Mais la partie n’est pas terminée : il reste à rentrer au magasin et à effectuer le trajet retour depuis la gare Saint-Jean. Heureusement, nous arrivons à une heure plutôt creuse, contrairement à ce que j’avais initialement prévu et nous rencontrons un trafic un peu moindre que le matin. Nous retrouvons finalement le magasin sans trop de difficultés, même si je me rends compte un peu tard qu’il faut tourner à gauche Place Gambetta. Finalement, nous laissons nos vélos à Pierre qui Roule, qui s’est aussi rendu compte que nous étions partis sans kit. Mais le sort nous a heureusement été favorable au cours de cette étape.

Karima se fraie un passage fleuri au milieu des travaux

Karima se fraie un passage fleuri au milieu des travaux
Bordeaux - 27 septembre 2022

Nous sommes affamés et partons à la recherche d’un restaurant, sachant que si le trafic est moins dense à cette heure, nous savons aussi que les cuisines ne tournent plus… ou pas encore. Nous retrouvons la rue Sainte-Catherine, où nous avions acheté nos grands sacs à dos l’an passé, et tentons notre chance. Finalement, après avoir croisé des étudiants recueillant des engagements au service d’une ONG, non loin d’une personne SDF semblant endormie près de son chien en pleine rue, nous trouvons notre bonheur dans un petit bar-restaurant qui propose encore salade et croque-monsieur. Cela fera l’affaire. Avant de regagner notre hôtel, l’Ibis Budget de Villenave d’Ornon, cette fois bien près du tramway, nous avons à cœur de retrouver notre pharmacienne fétiche, Fanny. Google Maps, qui conserve mes trajets jour après jour (cela a bien son utilité ici), me permet de retrouver la bonne rue et la pharmacie. Après un trajet en bus et à pied, au milieu des innombrables chantiers de la ville, nous parvenons à la pharmacie et y retrouvons Fanny avec plaisir.

Après un échange bien plus bref que l’an passé, certainement dû à notre meilleur état physique général (!), nous rentrons à l’hôtel, une autre retrouvaille aussi de l’année dernière. L’heure a tourné et coup de chance, une laverie est disponible et totalement libre à proximité. Elle tombe bien, même si elle fermera cinq minutes après mon départ. Il est temps pour nous de nous reposer enfin, sachant que cette fois, nous n’aurons pas besoin de réveil le lendemain matin, car il s’agira uniquement d’une journée de transit vers Mont-de-Marsan.


Profil de l'étape : Pour relier Bordeaux, sur la voie de Tours, à Langon, près de la voie de Vézelay, l'itinéraire de 50 km ne présente pas de difficultés particulières. Le parcours longe la Garonne la plupart du temps, en la remontant, avant de la traverser juste avant d'arriver à Langon. La première partie du parcours, une fois le quartier de Saint-Jean traversé (gare et pont) est la plus agréable à vélo et pour cause, il s'agit d'une piste cyclable. La partie suivante s'effectue quasiment en intégralité sur la D 10, dont le flot de voitures reste supportable, avec des échappées potentielles sur le fleuve pour s'arrêter et respirer un peu au bord de l'eau. Sortir de cette départementale pour rejoindre Langon est possible par le nord, mais avec un profil plus accidenté (les coteaux sont là tout près) ou sur la rive gauche du fleuve, mais avec le trafic routier qui va avec. 



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