Sur la route de Compostelle - Charente / Pays Basque à pied (2021) - 9ème étape : Bazas - Captieux (19 km)
Nous nous réveillons au Château Saint-Vincent de Bazas. Nous ne savons pas si nous avons enfin pu récupérer un peu des étapes précédentes mais après concertation, nous prenons la décision de poursuivre notre chemin jusqu'à Captieux. Nous sommes loin de la préparation d'avant-voyage, loin des épopées charentaises, et nous prenons le soin à ce moment-là d'écouter les moindres manifestations suspectes de notre corps. Celui-ci dicte alors notre chemin.
Héridiane a emporté avec elle une feuille A4 recto-verso des hébergements disponibles sur la voie de Vézelay. Il y en a deux ou trois en moyenne par point d'arrivée et pour le coup, à Captieux, nous allons de nouveau faire "chambre commune" ou plutôt hébergement commun avec elle et Christophe. Plus nous avançons vers le sud, plus les villages se raréfient et les services avec eux. Et, en chats échaudés qui craignons l'eau froide (surtout que le chauffage n'est pas encore de mise dans les hébergements en cette fin de saison jacquaire), nous prenons désormais le soin de ne pas partir à l'aventure les mains vides. A Bazas, nous avions réservé le petit-déjeuner au Château (!) et en arrivant sur place, nous découvrons nos hôtes (ou plutôt seulement la dame, puisque son mari s'est éclipsé, et l'échange sera minimaliste jusqu'au moment du règlement !). Nous découvrons aussi deux touristes néerlandais, habillés comme s'ils partaient au bureau, qui dépareillaient avec notre tenue de pèlerin. Il a fallu cinq bonnes minutes avant de briser la glace et avant de comprendre que ces deux personnes se rendaient aux Picos de Europa en Espagne. Enfin, pour le coup, seul le monsieur a été bavard. A l'intérieur, ce fut la seule fois où nous avons dû nous limiter sur le petit-déjeuner, qui était plutôt chiche et plutôt industriel. C'est dommage, nous aurions aimé en savoir plus sur ce lieu qui est probablement chargé d'histoire, et sur cette ville de 4 800 habitants qui ne manque pas de charme.
Nous prenons tout de même notre temps ce matin pour passer à l'étape des soins, devenue quotidienne mais cette fois, nous décidons vraiment d'alléger nos pieds des bandages, compresses et pansements superflus. Nous allons les laisser respirer le plus possible. Au moins, le départ est moins douloureux. Comme notre hôte a accepté de tamponner la créanciale au moment du règlement, sans un moindre mot, nous n'avons plus qu'à passer à la double halte boulangerie - pharmacie (encore !) pour s'approvisionner pour la journée, et éventuellement les jours à venir. Nous repartons finalement avec des pansements anti-ampoules, faute de mieux, pour protéger les parties douloureuses. Nous prenons du temps non pas parce qu'il y a foule aux magasins mais parce qu'entre le Château Saint-Vincent et le centre de Bazas, il y a un bon kilomètre aller-retour et nous atteignons finalement le GR 654 / Voie de Vézelay à 11 h 15, assez près du château. Ce sera notre départ le plus tardif du périple, mais nous partons pour une étape plus courte que le jour précédent, de 19 kilomètres.
A première vue, cette neuvième étape est la petite soeur de la huitième, et comme la huitième a été très difficile à supporter, la neuvième n'augure rien de bon. Nous étions partis en avant toute sur la Voie de Tours à Pons, sous l'arche, nous partons sur la Voie de Vézelay avec toutes les précautions possibles. Mais à bien y regarder, le profil de cette étape est différent. Plus prudents qu'hier, nous ne forçons pas et prenons le temps de nous arrêter assez fréquemment, tous les 4 ou 5 kilomètres. J'ai pris le soin de vérifier le kilométrage pour ne pas avoir de mauvaise surprise et cette fois, même si les panneaux sont rares, ils semblent être fidèles à la réalité. La première partie du parcours est assez vallonnée et nous avançons tranquillement jusqu'à Beaulac, extrémité de la commune de Bernos-Beaulac. Dans une longue ligne droite, nous commençons à fatiguer. Si Karima va un peu mieux que la veille (heureusement !), de mon côté, le parcours du jour est plus délicat. Je paie peut-être les allers-retours tardifs de la soirée. Comme dans un désert, nous voyons presque des mirages et nous sommes simplement en quête d'un banc pour pouvoir s'asseoir ! Après un pont au loin, nous apercevons une zone habitée (il s'agit de Beaulac), mais à la vue d'un banc beaucoup plus proche, nous en profitons pour nous arrêter et nous restaurer.
Nous reprenons la route, avec toujours la chanson Léa en tête pour nous donner du rythme et franchissons le pont, qui passe sur la rivière Ciron. Il s'agit de la rivière dont Fabrice nous avait parlé à Langon, et qui est responsable de la fameuse humidité. Il y a d'ailleurs des panneaux explicatifs sur ce cours d'eau au niveau du pont, et cette rivière d'apparence paisible n'offre pas de points d'accès facile. Ce n'est pas notre objectif et nous nous approchons maintenant de la zone habitée. Un chien aux allures de colosse sort alors de nulle part et vient rapidement vers nous. Manifestement, ce chien devrait porter une muselière et ce n'est pas le cas. Heureusement, il est simplement curieux et avance d'un air même plutôt débonnaire. Mon inquiétude passe du toutou en lui-même au fait qu'il puisse nous accompagner, comme ça a été le cas il y a longtemps dans le Pilat, où un chien m'avait suivi pendant 4 kilomètres jusqu'à mon véhicule ! Puis des marginaux occupés à bricoler à droite et à gauche défilent dans ce quartier de la probable ancienne gare, en bout de village. Après cet instant plutôt insolite, nous franchissons la N 524 et nous arrivons à mi-étape.
Après ce carrefour, la voie prend une direction plein sud, et ne va aborder en fin d'étape qu'une seule courbe. Nous sommes presque seuls, toujours sous un beau soleil, toujours sous une forêt de pins rarement défigurée par des coupes forestières qui ouvrent des plaies béantes, laissant entrevoir un horizon lointain toujours vert. Les vignes de la Charente et du Bordelais sont désormais loin derrière nous. Il y a moins de circulation que la veille sur cet espace éloigné de tout ou presque et le moindre passage se fait remarquer. Un cycliste s'arrête alors et remarque notre coquille, ce qui signifie que nous marchons vers Compostelle. Il s'appelle Alan et vient de Lancaster, en Grande-Bretagne. Dans un accent british facilement reconnaissable, Alan nous signifie qu'on va probablement le recroiser, car il se rend au village suivant et fera l'aller-retour. Nous ne savons pas d'où il est parti et nous ne savons pas où il va non plus, même si j'essaie de le deviner sur la carte. Alan est arrivé tel un papillon et s'est envolé aussitôt après nous avoir parlé. Mais ce petit vent de fraîcheur nous a fait du bien dans cette journée ensoleillée et plutôt chaude pour la saison. Désormais, la route est toute rectiligne et nous imaginons sans peine des trains passer là autrefois. Le train, c'est pas mal, il va plus vite que nous ! Après 10 kilomètres, les pieds chauffent de nouveau du côté de Karima et de mon côté, les difficultés arrivent également. Heureusement que nous sommes sur une étape relativement courte. Nous recroisons Alan comme il l'avait prévu et il nous affirme alors qu'il est parti du village suivant il y a une demi-heure, estimant notre temps restant à deux heures à pied ! Car ce village suivant, c'est Captieux, là où nous allons nous arrêter pour la journée...
Il reste alors 7 kilomètres à effectuer à pied, avec une seule courbe lointaine à l'horizon. C'est le moment du "moment spécial". J'avais tenu à nous arrêter après 200 kilomètres d'efforts pédestres. Je pense alors en être à 198, et il est finalement possible que nous ayons passé ce cap plus tôt dans cette étape. De toute façon, avec les nombreuses haltes en dehors du chemin pour nous équiper ou nous alimenter, il est probable que nous ayons franchi cette barre symbolique plus tôt. Nous avançons avec les douleurs, dans un effort solitaire. Le soleil décline comme à son habitude et prévoyant, j'ai rassuré Karima auparavant en lui disant que je pouvais effectuer 3 kilomètres seul avant l'arrivée et revenir la chercher pour porter son sac si nécessaire pour finir l'étape. Mais aujourd'hui, je vais moins bien, mais suffisamment tout de même pour que nous puissions terminer ce parcours ensemble. Sur cette fin de trajet, nous discutons de la suite du parcours et pensons que poursuivre à vélo sur ces Landes presque plates serait une bonne idée. Mais comment rallier Mont-de-Marsan pour s'engager ensuite sur le chemin vers le Béarn ?
A quelques hectomètres avant le gîte, nous arrivons à Captieux et retrouvons un peu de monde. Captieux est beaucoup plus petit que Bazas (mille trois cents habitants) mais je sais qu'il y a les services nécessaires - la boulangerie et la pharmacie ! - pour pouvoir continuer le chemin. Karima retrouve Héridiane sur la place principale du village et a le temps d'aller faire quelques emplettes pour acheter de quoi préparer à manger pour un soir (pour changer de la pizza, et pas pour le soir même car nous sommes en demi-pension). Fatigués, surtout de mon côté, il nous reste à entrer dans le gîte (nous y retrouvons également Christophe), et à rencontrer notre hôte du soir, Emmanuelle, dans ce gîte d'Aydistos.
Nous nous installons dans notre chambre et rejoignons Emmanuelle pour un repas à cinq. Le chemin, c'est aussi un temps de rencontre, de soi-même, des autres pèlerins, mais aussi des hôtes et de la culture locale. Ce soir-là, nous sommes servis. Une bonne soupe de légumes, bien chaude, un plat de haricots / viande et une belle tarte prune / pomme (!) nous y attend, avec des boissons du cru. Emmanuelle nous raconte son dévouement pour la préparation du spectacle de ses petits-enfants, sur les échasses, qui est la tradition landaise (bien que, à son grand désespoir, nous nous trouvons pour quelques kilomètres encore en Gironde). Nous avions été surpris de trouver également quelques oiseaux peu farouches sur le chemin et Emmanuelle nous explique qu'il s'agit de palombes (ou pigeons ramiers), et que la chasse est une tradition landaise ! Nous découvrons aussi que Captieux signifie "la tête de la forêt", annonçant le programme à suivre, que je n'ai pas le droit de qualifier l'endroit de "désertique" et que nous nous y prenons au dernier moment puisque certains réservent leur hébergement jusqu'à six mois à l'avance ! Surtout que la pèlerine la plus âgée accueillie par notre hôte était âgée de 83 ans... Enfin, Emmanuelle nous fait une autre proposition : elle peut déposer Karima en voiture au point suivant, à Bourriot-Bergonce, le lendemain pendant que je réaliserais l'étape. Cette idée trotte dans mon esprit, d'autant plus qu'il n'y a que 9 kilomètres ensuite jusqu'à Roquefort, et que, requinqués, nous pourrions donner un dernier coup de collier sur une étape plus longue avant d'arriver à Saint-Avit, où j'ai envisagé passer une vraie journée de repos. Nous allons donc nous endormir avec cette hypothèse, contradictoire avec ce que nous avions discuté ensemble avant d'arriver, et sans chauffage, alors que le gel menace dehors...
Le profil de l'étape : Nous retrouvons le chemin de Compostelle à Bazas, mais cette fois sur la voie de Vézelay, confondue sur cette étape avec la Scandibérique. Le parcours est proche de l'étape de Langon à Bazas, dans sa première partie, toujours relativement vallonnée, bien que le relief ne se fasse pas vraiment sentir du fait des changements de direction quasiment inexistants. Sur 19 km, le dénivelé est relativement faible. Après Beaulac, le chemin traverse quasiment intégralement la forêt, sur une longue ligne droite de 7 kilomètres, avant d'en sortir uniquement à l'arrivée à Captieux. Agréable à pied, le parcours est très bien adapté au cyclo-tourisme.







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