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Tunisie : de rouge et de blanc (2ème partie)

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Bons baisers de Russie


Lundi 8 août, nous avons ouvert le deuxième chapitre de notre séjour tunisien. Nous avons quitté pour quatre jours les faubourgs de Tunis pour l’Hôtel El Mouradi Club Kantaoui, près de Sousse et du Port El Kantaoui, à cent cinquante kilomètres au sud. La route est relativement chargée même si nous ne sommes pas un jour de grand départ en vacances. Cette autoroute Nord-Sud semble une artère essentielle en Tunisie, un peu à l’image de l’autoroute Est-Ouest en Algérie. Sur l’autoroute, à l’image de l’Algérie, nous retrouvons quelques surprises. Le plus étonnant est ces quelques vendeurs de petits poissons ou ces jeunes qui font du stop. La route est limitée à 110 km/h mais de toute façon, le revêtement, bien que correct, ne permet pas d’élever la vitesse à 130 km/h, comme en France, en toute sécurité. Au péage, nous croisons un car d’Algériens en fête qui nous suivra presque jusqu’au bout. Le car semble un peu faire fi des limitations de vitesse et des voies… Je découvre au passage un visage légèrement différent de la Tunisie, franchement rural mais toujours méditerranéen, propre, couvert d’oliviers et sur les quelques montagnes, de garrigues. La mer n’est pas loin. Nous arrivons au Port El Kantaoui et le paysage change rapidement et devient franchement artificiel. Il est moins facile de se repérer, sous un soleil de plomb, dans cette jungle d’hôtels et d’enseignes à touristes à tout va. Après une demi-heure de recherche, nous arrivons à destination. L’hôtel est annoncé quatre étoiles avec une formule tout inclus, ce qui nous rappelle l’Hôtel Ambre de l’île Maurice. La comparaison entre les deux hôtels s’est arrêtée à 12 h. A partir de là, la prestation proposée s’est avérée moins bonne à beaucoup plus médiocre et la liste des couacs s’est allongée au fur et à mesure des quatre jours. Il n’y eut pas d’aspect dramatique mais une liste d’avatars plus ou moins désagréables. Bien sûr, il faut toujours garder une part d’humilité par rapport à la pauvreté qui n’est pas si loin en Tunisie et les points noirs relevés ne seront que des griefs envers l’hôtel.

Plutôt que de passer et défiler une chronologie de quatre jours qui n’aurait peu d’intérêt, je vais passer en revue les différents secteurs qui permettront de comprendre un peu une réalité économique du tourisme balnéaire tunisien.

Belle vue sur la piscine principale (Hôtel El Mouradi Club Kantaoui)

Belle vue sur la piscine principale (Hôtel El Mouradi Club Kantaoui)
9 août 2016

Les points positifs :

Le meilleur de l’hôtel est la ou les piscines, sans discussion possible. Il y a quatre choix avec des hauteurs progressives, en tout de 50 cm à 1,90 m. Tout le monde peut y trouver son compte, d’autant plus que, de l’extérieur ou de la plage, l’accès est facile et rapide. Avec une eau propre, autour de 23°C, les quatre piscines qui occupent une position centrale permettent d’en profiter aisément. La surveillance par contre semble plus légère.
L’allée qui mène à la mer est elle aussi bien pensée. A l’ombre, odorante, elle permet de connecter plage, piscines et bungalows. La plage de sable fin donne un aspect caribéen à l’environnement.
Dernier élèment apprécié : il y a une salle « pizzeria » qui permet de prendre le petit-déjeuner à l’écart, avec l’essentiel, façon continentale, entre 10 h et 11 h, pour ceux qui tarderaient un peu au lit le matin.

Les points intermédiaires :

L’hôtel a une réelle volonté de faire vivre sa clientèle mais n’y parvient pas toujours. Le programme d’animation affiché est copieux mais la qualité ne suit pas complètement, parfois par manque d’entente dans l’équipe. Mercredi soir, il y eut presque ainsi deux heures où la sono crachait pendant qu’une bonne vingtaine de gosses se couraient après sur le podium.

Les points négatifs :

Les deux gros points noirs se situent au restaurant, « L’Espadon » et au niveau de l’hébergement, ce qui est particulièrement gênant pour un hôtel.
Avec près deux mille couverts, le restaurant annonce la couleur. A l’image de l’hôtel et de nombreux écriteaux multilingues, la couleur jaune pâle / blanc / marron paraît passée. Il y a un service à midi (12 h 30 / 13 h 30) et deux le soir (18 h 30 / 19 h 30 et 20 h / 21 h). Là où l’hôtel Ambre accueillait trois restaurants, à équidistance, plus petits et différents, et surtout un service snack à volonté, le restaurant « L’Espadon » de l’hôtel El Mouradi concentre tout en un seul pôle, mis à part un service à table overbooké et un restaurant à l’extérieur payant. La conséquence est que toute la clientèle affamée s’agglutine derrière les portes vitrées, surtout à 12 h 30. C’est insécurisant au possible. Il y a alors deux solutions : soit venir à 12 h pour attendre l’ouverture des portes devant, soit venir plus librement vers 12 h 30. Mais dans les deux cas, il y a des effets secondaires.

J’ai opté pour la première solution mercredi à 12 h. Je me suis retrouvé derrière un petit garçon en tenue orange et peu à peu pris dans la foule. J’ai conservé ma place derrière la vitre. Les serveurs, ou plutôt le personnel du restaurant, avaient fermé les portes à clé. Comment se seraient comportés les clients si les portes étaient restées ouvertes ? Je l’ignore mais il est possible que les plus affamés se seraient rués sur la nourriture. En tout cas, en attendant 12 h 30, la température est montée sérieusement. Finalement, un employé a ouvert la porte aux fauves et j’ai assisté, comme lors d’une période de soldes, a une ruée extraordinaire, vers les buffets. Je reparlerai de la clientèle plus tard mais celle-ci n’est pas aidée par l’organisation ratée des lieux.

Il y a plusieurs comptoirs : entrées, plats chauds, sauces, desserts (gâteaux et fruits), pain et sodas. Ceux-ci sont tous groupés à vingt mètres à gauche du restaurant, alors que les tables les plus éloignées sont situées en face de l’entrée, à cinquante mètres au fond. Il est donc difficile, compte tenu des distances mais surtout de l’affluence, de partager un repas. La solution est dès lors de charger les plats ou de ramener un cumul de desserts. Dans un tel espace, les employés sont dépassés. Le temps du repas n’est ainsi pas une partie de plaisir et si vous arrivez à 12 h 30, il faut alors faire une grande queue pour accéder aux plats.

La qualité de la nourriture ne suit pas. Seuls le riz et les pâtes paraissent cuits correctement parfois. Le poisson et la viande sont bas de gamme et surtout riches en arêtes et en os. Les sauces sentent la boîte de conserve. Les fruits sont mal conditionnés et les gâteaux sont sans saveur. Les repas, en plus d’être considérablement rallongés par l’affluence et la distance, sont en plus peu ragoûtants. Se restaurer devient une épreuve. Le restaurant près de la piscine est complet pour deux jours et celui situé sur la plage est payant même pour nous, disposant d’une formule tout compris. Par deux fois, ce fut la croix et la bannière simplement pour y boire un verre ou s’asseoir sous un parasol... payant. Craignant le soleil, je n’ai pas pu rester sur la plage bien longtemps car dans les deux cas, nous n’avons pas été les bienvenus… La restauration nous a donc laissé sur notre faim, d’autant plus que le pays est producteur d’excellents fruits (melons et pastèques notamment) et que cette qualité ne se retrouve pas sur les étalages.

La mer, au bout de la Tunisie (Hôtel El Mouradi Club Kantaoui)

La mer, au bout de la Tunisie (Hôtel El Mouradi Club Kantaoui)
9 août 2016

Le deuxième point noir est l’hébergement. Les soucis ont duré tout au long du séjour. Cela a commencé dès lundi où notre chambre a été prête avec 3 h 30 de retard. Nous avons croisé une femme de ménage (une pour tout un étage !) qui nous a dit avoir beaucoup de travail… Nous avons ainsi attendu dans la chambre des beaux-parents et constaté un certain nombre de… manques : la moquette usée et tachée, la prise murale décrochée, le meuble de la télévision cassé, les vitres sales, la TV qui ne fonctionne pas… Nous récupérons finalement une chambre dont le lit ne correspond pas à la commande. Devant la liste de dysfonctionnements, je suis allé à la réception pour expliquer en anglais ce qui ne tournait pas rond. Là, j’ai découvert la liste des réparations de toutes les chambres et la réceptionniste m’a dit que rien ne fonctionnait ! Entre temps, nous avions récupéré une autre chambre, au-dessus de la piscine. Dans ce labyrinthe, nous avons eu quelques difficultés à la trouver. Il est évident que le directeur a mis la pression sur le personnel de service pour obtenir un service optimum pour nous, clients. Lorsque nous avons pris possession de cette nouvelle chambre, la n°572, nous avions bien un lit de la dimension convenue mais la douche tombait en ruines et la climatisation a rendu l’âme… Lorsqu’elle a été réparée, c’est l’eau qui a été coupée.

Enfin, il y a des aspects particuliers à mentionner à propos du personnel de l’hôtel et de la clientèle. Dire qu’il y a peu de salariés est un doux euphémisme. C’est le cas partout : la réception est débordée et dit ouvertement qu’elle n’a que faire des protestations des clients (!), le service de table est dépassé, le personnel autour de la piscine est quasiment inexistant et les femmes de ménage se chiffonnent entre elles, jusqu'à en venir aux mains devant les clients ! La rumeur a couru que l’hôtel était en faillite et qu’il allait fermer l’an prochain, d’où un laisser-aller généralisé. Je ne vais pas verser dans le catastrophisme car c’est une somme de détails. A sa décharge, l’hôtel n’est pas aidé par une clientèle, à grande majorité russe (!), franchement individualiste et particulièrement sale : des mégots dans les éviers, des excréments dans les escaliers, des gobelets (toujours bon pour la planète !) jetés dans la piscine ; sans parler de la barbarie au restaurant, du « vol » de transats et de la main mise des Blancs sur tous les lieux alimentaires. Ecœurant. J’ai demandé à un vendeur désabusé les raisons de cet afflux massif des russes et la raison est simple : à la suite des attentats de 2015, l’Europe a boudé la Tunisie et, avec les évènements en Turquie et en Egypte, les Russes se sont « rabattus » sur les hôtels tunisiens : il y aurait déjà quatre cents mille Russes en 2016 en Tunisie contre cent quatre-vingts mille habituellement, soit 80 % de la clientèle et chaque jour, dix-huit avions pleins décollent de toute la Russie pour l’île de Djerba. Il n’est alors pas étonnant d’avoir perdu au Bingo et d’avoir subi quantité de musiques qui s’accélèrent à la fin.

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