Tunisie : de rouge et de blanc (3ème partie)
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Port El Kantaoui : Night & Day
Pour prendre un peu l’air, nous nous sommes rendus au Port El Kantaoui tout proche. Comme à chaque voyage il y a son arnaque alors cette fois nous avons eu droit au taxi voleur : 22 dinars tunisiens pour trois kilomètres au lieu de 2,20 dinars, soit environ 9 € au lieu de 0,90 €. Nous avons retenu la leçon pour le retour à l’hôtel et l’avons négocié à trois dinars… alors que le compteur affichait moins. Après des attractions en toc et avant de prendre un jus de kiwi qui avait le goût de tout sauf du kiwi, nous nous sommes baladés dans un port franchement touristique, de nuit, fort rempli mais quand même loin du béton. Nous cédons au gentil rabattage du bateau pirate pour le lendemain, c'est-à-dire le mardi 9 août pour le mercredi 10 août. Le 10 août, nous avons tout juste le temps de digérer le consommable de l’Espadon et nous sommes attendus, Karima et moi, sans arnaque au taxi, à 13 h 30. Nous rencontrons un couple de franco-tunisiens d’Avignon et leur famille de dix-huit (!) et attendons d’embarquer à l’ombre avec les vingt-quatre autres passagers, surtout algériens et tunisiens. Le bateau revient et nous montons à bord sous les drapeaux de ces deux pays. Nous sortons paisiblement du port, heureux de prendre un peu la mer. Peu à peu, la côte bétonnée se dessine de Sousse jusqu’à Monastir. Les plus intrépides montent à l’avant alors que, alerté par les premières vagues, je reste prudemment au milieu du bateau. Une demi-heure plus tard, le pont a été déserté, car les plus jeunes ont le mal de mer. Les visages se sont fermés et je ressens une sensation d’oppression, entre bruit du moteur, odeurs de mazout et de tabac mêlés. Peu prennent le menu léger proposé (crudités / poisson) car les quelques vagues de la Grande Bleue nous secouent un peu. Enfin, le moteur et la sono qui débitait fortement des chansons arabes énergiques sont coupés ou presque. Après quelques nausées, et une heure et dix minutes de secousses, nous rentrons finalement à (bon) port et retrouvons des couleurs. A quinze dinars tunisiens par personne, repas et vomi inclus, contrairement à Ourika, l’arnaque n’en était pas une. D’autant que les pirates à tête de rappeur, casquette à l’envers, lunettes de soleil et barbe de dix jours, ont reboosté les Algériens revigorés avec une dernière musique tonique… Au retour, à pied, nous avons guetté en vain le taxi voleur de la veille, entre les militaires et un palace cinq étoiles et son golf avec vue sur la mer.
Un autre bateau pirate bondé (Port El Kantaoui)
10 août 2016
Tunis : des traces de mémoire
Le temps est venu pour nous, sans grande nostalgie, de quitter la Russie et l’hôtel El Mouradi. Et en dehors de l’hôtel, point de Russes ! A l’image des Anglais à l’île Maurice, j’ai du mal à comprendre leur auto-condamnation en club après de longues heures de vol… Passons à la capitale. La vue de Sidi Bou Saïd avait donné des aspects prometteurs. Tunis est tentaculaire mais, contrairement à Rabat et Alger surtout qui affrontent l’océan et la mer, la capitale tunisienne est très évasée. En allant vers le centre, l’avenue Habib Bourguiba, il y a quelques pans d’Histoire récente : la statue de Bourguiba et une exposition photo sur le thème des droits de l’Homme, avec des visages, des évènements de nombreux pays du monde, surtout d’Asie (Vietnam, Tiananmen, Hiroshima) et d’Afrique. De nombreuses boutiques sont ouvertes. Je ne ressens pas de menace particulière dans l’atmosphère et le regard des gens qui sont finalement peu braqués vers nous. De l’autre côté de la statue de Bourguiba, l’ambassade de France, à la façade classique et poussiéreuse, ressemble à un bunker. Elle est gardée par deux chars, barrières et barbelés. Les rues adjacentes sont coupées, sans doute pour éviter tout attentat à la voiture piégée et toute photo est interdite. Il paraît que l’ambassade américaine, située sur les Berges du Lac, est encore davantage défendue…
Le tramway ancien de Tunis
13 août 2016
La médina abrite directement les souks. Par rapport à Marrakech, je reste un peu déçu. A Tunis, ils sont très étendus et les vendeurs ne m’attirent que pour des maillots de football à… 5 dinars. A ce tarif-là, sont-ils tombés du camion ? Paris, Barcelone ont la cote. Samedi, il y eut du marchandage sur les parfums alors que nous étions partis pour un tee-shirt que nous ne trouverons pas. Karima est parvenue à casser le prix proposé par six, de 180 dinars (environ 75 €) à 30 dinars (environ 12,50 €) et, à force de descendre, j’ai compris que mon corps de blanc était celui d’un portefeuille sur pattes à déplumer. C’était la troisième fois en trois pays arabes et au Pérou, je n’ai pas eu cette sensation. Au retour à Mornaguia, lieu de résidence des beaux-parents, nous avons pris un taxi et nous sommes tombés dans un carrefour en travaux et totalement paralysé. La banlieue ouest de Tunis donne l’allure de vieux bâtiments décrépis. Chaque foyer a son antenne TV, pour regarder Nessma, Tunisia ou les Jeux Olympiques de Rio. Au pied de la cité, quelques jeunes tapent dans la balle. Si le chauffeur de taxi connaît bien le quartier et se sort de l’impasse, il fume au volant, pianote sur son téléphone et passe le 100 km/h en ville…
Dimanche soir, nous avons retrouvé dans ce quartier un concert animé, populaire, bon enfant et participatif. Je garderai de la Tunisie cette image modeste, jeune et enthousiaste, familiale. Celle d’un pays qui, fier de ses racines et de sa culture, cherche à se relever et à trouver de nouveau sa place dans le concert international.


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