Tunisie : de rouge et de blanc (1ère partie)
(Ecrit à El Mornaguia, Tunisie),
Comme en Algérie deux ans plus tôt, cette escapade nord-africaine est une affaire de famille, de belle-famille cette fois. Mais malgré cette situation forcément intime, je n’en garde pas moins un œil sur ce qui m’entoure, au-delà du cercle et des murs… blancs. Bien sûr j’essaierai de conserver tout au long de cet article, écrit comme parfois au fil de l’eau, un droit de réserve mais je tenterai tout de même de partager ce qui fait le voyage, pour l’occasion en Tunisie, en ce chaud mois d’août 2016.
Karima et moi sommes petit-fils et fille de famille immigrée. Mais la différence de génération n’est pas la même avec nos ascendants. De mon côté le lien avec l’Algérie est mince, il ne tient qu’à mon grand-père et ce ne sont pas six jours passés là-bas en 2014 qui ont permis de le conforter, alors que les parents de Karima sont eux-mêmes tunisiens. Je ne pouvais pas laisser le Maghreb de côté et surtout la famille est un noyau essentiel.
Pour traverser la Méditerranée une troisième fois en trois ans, nous avons opté pour l’avion mais avec un point de départ nouveau : Barcelone. Bien sûr, il y avait des liaisons directes au départ de la France (Tunisair, Nouvelair – que nous avons choisi pour le retour vers Marseille), mais à cette époque de l’année, les tarifs sont relativement élevés, pour deux personnes, aller-retour. Bizarrement, Iberia proposait de nouveau, via sa filiale low-cost Vueling, des tarifs plus abordables à destination de la Tunisie et nous avons de nouveau choisi l’option espagnole.
FLIXBUS > MEGABUS
Il restait dès lors à relier Lyon, où nous résidons temporairement, à Barcelone. Et pour cela, nous avons de nouveau choisi l’option la plus économique, c'est-à-dire le bus, étalé sur deux jours, et presque quatorze heures de trajet. A Lyon, le bus Megabus est arrivé juste à l’heure et jusqu’à Marseille, nous avons déploré un service quelconque et peu attentif pour le client. Payer moins cher ne doit pas impliquer non plus une sécurité moindre et la conduite, sans être réellement dangereuse, n’a pas été non plus franchement rassurante. Nous n’avons pas eu de billet nominatif et les bagages n’avaient pas non plus d’emplacement particulier en fonction des arrêts (sur le trajet retour Marseille – Lyon, le service a cela dit été meilleur malgré de nombreux stops sur aires d’autoroutes et la présence de passagers pour le moins curieux…). Le lendemain, sur le trajet nous conduisant à Barcelone, le service offert par Flixbus était meilleur mais il est vrai aussi un peu plus cher. Chaque client était accueilli, chaque bagage avait sa place et le chauffeur de bus n’a pas manqué de reprendre les voyageurs un peu récalcitrants ou un peu laxistes. Je l’ai appris aussi quand je suis rentré le dernier dans le bus à Perpignan, alors que celui-ci avait déjà commencé à reprendre sa route vers l’Espagne. Alors que chez Megabus, une pause annoncée de dix minutes en dure vingt-cinq. Bon c’est l’art du voyage… En Europe nous fonctionnons souvent avec certaines exigences qui nous amènent à réclamer un certain niveau de confort et de sécurité… Ce long voyage en bus nous a aussi rappelé que moins il y avait de cadre fixé, plus les voyageurs prenaient leurs aises, d’où de nombreux allers-retours aux toilettes et le manque d’hygiène qui va avec.
La chaleur nous a rattrapés dès Montélimar. En allant vers le sud à cette période de l’année, il ne pouvait presque pas en être autrement. A l’exception d’un temps frais hier matin à Nîmes, le soleil de plomb limite les sorties. Heureusement, les connexions à Barcelone sont bonnes et les trains de banlieue sont frais. Nous arrivons finalement à l’aéroport et nous constatons trop tard que l’accès aux galeries principales n’est plus possible, car nous avons passé le contrôle des passeports. L’attente du vol pour Tunis n’est pas si longue et nous en profitons pour faire connaissance avec deux personnes belges, qui viennent de Bruxelles. La Belgique, la France, la Tunisie : l’actualité récente nous rappelle que ces trois nations ont connu des attentats sanglants récemment. Nous en parlons évidemment et nous sentons que la question de la sécurité est juste là, tapie dans l’ombre, ou sous un tapis très fin… A l’aéroport de Barcelone tout comme dans les gares, la présence militaire est censée dissuader et nous protéger. Pourtant, à la vue de ces jeunes soldats armés de longues mitraillettes, nous ne sommes pas toujours rassurés. Rien ne vaut mieux que les locaux pour témoigner de la sécurité régnant dans le pays. Nous y reviendrons.
L’embarquement de Vueling est annoncé pour 20 h 30. La file des embarqués s’allonge, tout comme le temps et, sans annonce du commandant de bord, l’avion rempli s’impatiente rapidement après une demi-heure d’attente. Les avions se succèdent à la chaîne dans la nuit catalane finalement tombée. Avant le décollage, nous avons assisté à un concert de cris de bébés et à une cacophonie arabe. Etions-nous déjà arrivés ? Le vol sans histoire permet de récupérer une demi-heure sur l’horaire prévu. A l’arrivée, nous sommes pris par la chaleur de la nuit. Un autocar un peu crasseux de Tunisair nous attend pour nous emmener au deuxième contrôle de passeports de la journée.
Maghreb puissance 3
Les premières images de la Tunisie sont donc nocturnes. Le visage présenté est celui de l’Algérie deux ans plus tôt mais si je trouve une circulation laxiste, y compris de la part des taxis jaunes impeccables, elle n’est pas pour autant agressive. Les grands boulevards donnent une impression mêlée de saleté et de laisser-aller. Bon, on ne va pas rester sur cette seule impression. Les rues sont animées, vivantes et comme dans les deux autres pays du Maghreb, il y a beaucoup de monde aux échoppes du « café des hommes » au coiffeur, en passant par le marchand ambulant de melons jaunes et de pastèques géantes. Derrière les déchets nombreux, surtout de plastique, la campagne sèche et les chèvres multicolores ne sont pas loin. Cette image des faubourgs de la capitale ressemble aux quartiers des banlieues d’Alger. Dans ce pays instable politiquement, mais initiateur du printemps arabe, un grand point d’interrogation demeure : où va-t-on ?
Deux véhicules, trois générations (Tunis)
13 août 2016
Je n’ai pas particulièrement étudié le voyage ni le pays auparavant. Je viens ainsi avec un œil neuf et bien sûr, dix jours seront insuffisants pour saisir la culture locale, au-delà de la famille. Le passage à Sidi Bou Saïd a tout de même donné quelques indications supplémentaires sur ce pays qui se laisse découvrir. Tunis est blottie au fond de son golfe, large et est encadrée par des moyennes montagnes qui, si elles sont abruptes, n’encerclent pas pour autant la capitale. Tout paraît large, sauf justement dans ce lieu touristique étroit, tout de bleu et de blanc vêtu et aux couleurs impeccables. C’est un souk à ciel ouvert, jusqu’à la vue imprenable du Café des Délices de Bruel. A la différence de Marrakech, l’accueil du touriste, s’il est clairement intéressé, n’est pas du tout agressif. Un refus poli pour une peinture ou un collier est ici accepté sans peine. Il y a les vendeurs de jasmin mais aussi les rabatteurs de rapaces, qui profitent de la moindre occasion comme la présence d’un enfant pour déposer le malheureux volatile sur sa casquette. Ensuite, il faut négocier pour refuser de verser quelques dinars. Les mauvais esprits marrakchis sont proches. Sans être bondé, Sidi Bou Saïd est tout de même bien rempli à tel point que prendre sa place, au café comme sur le parking, est une bataille âpre. Certains n’hésitent pas, comme au parc d’attractions du lac en contrebas, à s’improviser agent de circulation, faisant ainsi tourner l’économie informelle. Mises à part quelques familles françaises, les touristes semblent effectivement avoir déserté les lieux. Cette désertion est peut-être un gage de sécurité. Si les manèges sont plus opérationnels qu’à Pripiat, la mécanique date et dans une attraction qui n’a d’attractif que le nom, une femme finit même par tomber. Il faut dire que les ceintures de sécurité ne sont utilisées qu’au nord de la Méditerranée.
Le Café des Délices et le port (Sidi Bou Saïd)
6 août 2016
Heureusement, dimanche, le barbier d’un quartier populaire a fait preuve de plus de soin à mon égard que cette jeune femme sur le manège. Dans un milieu ouvertement masculin, l’ambiance est paisible. Après une taille gratuite, je n’ai pu que déplorer l’état d’insalubrité dans lequel se trouve cet endroit. Les locaux n’ont l’air de ne plus rien craindre ni espérer. Pourtant, il ne faut guère s’appesantir pour comprendre que la vie ici n’est pas facile, au vu des gueules poussiéreuses, des vitrines closes pas seulement le dimanche, et des visages des enfants marqués par une liberté trompeuse. Cette Tunisie du quotidien offre un visage réel, où le français est la langue n°2, pratiquée à l’occasion. Toute courtoisie est rare mais authentique. Tant mieux, même si l’espoir en des lendemains meilleurs semble avoir quitté chauffeurs de taxi et serveurs.
Le voyage offre toujours quelques moments rares. Comme celui de rouler derrière une voiture dépourvue de phares, de pare-chocs, de plaques d’immatriculation et de capot. Comme celui de partager un thé à la menthe à ½ dinar (environ 0,20 €) à côté d’anciens jouant aux dominos. Des anciens sont d’ailleurs nostalgiques de Ben Ali… La vision tranche avec celle qui nous a été insufflée en France par les médias. Beaucoup regrettent sa fermeté et sa fuite aurait entraîné des grèves, la montée du laxisme, de la saleté, de la délinquance et de l’insécurité.
Par ici la suite ! Tunisie : de rouge et de blanc (2ème partie) (19 août 2016)


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