A toute vitesse
Je suis (déjà) de retour d'Andalousie. Le train, surtout le Train à Grande Vitesse, a parfois des effets pervers. Il vous dépose là où vous devez aller, souvent en coeur de ville, parfois en pleine campagne, surtout ici en Espagne. La valise a pourtant été faite aussi vite qu'elle a été défaite. Le temps a sérieusement manqué, malgré un déplacement de six jours, car ce séminaire d'évaluation intermédiaire avait une horloge présente dans tous les esprits.
Le lundi au soleil à Andaina
Il faut mesurer le temps à plusieurs échelles. Après avoir fêté avec Alice l'anniversaire d'une autre Alice, toute aussi volontaire et italienne, lundi fut un jour particulier. J'ai choisi de ne pas demander un jour de repos, car la valise est assez facile et rapide à faire lorsque l'on est déjà en déplacement (j'ai donc à choisir ce que je vais emporter parmi les affaires que j'ai déjà choisies, aux départs de Saint-Étienne en septembre et en janvier). Lundi fut ainsi une nouvelle fois l'occasion d'écouter de nouveaux moito puré y poca carne au réfectoire, et de valider la théorie de l'influence de la pleine lune sur le comportement des 1° ESO. Ce premier jour de semaine, ils ont en effet été impeccables dans l'atelier de voleibol. Les 3° ESO qui leur ont succédé sont par contre toujours aussi mollassons, à croire que la lune s'éloigne de la Terre pour eux... Le patio a tendance à se vider, au bénéfice des activités extra-scolaires, à moins que certains adolescents ne jouent à cache-cache.
Pas de cours de français pour moi cette semaine, évitant ainsi de prononcer pour la deux cent quarante-cinquième fois le célèbre A ver (qui est bien pratique pour parler pour ne rien dire... du genre "A partir de là, voilà je crois que bon..."). Une semaine aussi pour faire l'économie du couple hombre / joder, le premier étant une manière d'insister sur ce que l'on veut dire (home en galicien), le second étant traduit par "putain" en français (l'expression) ou par "baiser" (l'argot). Ces trois termes ou expressions sont par conséquent le reflet d'une immersion linguistique depuis plus d'un mois en Espagne. Il fallait que je leur rende hommage.
Lundi à 21 h 55, je me retrouve dans une petite cabine sommaire à quatre petits lits. A la différence du Trenhotel La Corogne - Barcelone, le train n'est pas de première jeunesse. Il n'y a aucun contrôle de bagages à l'entrée, ce qui confirme que la Renfe n'est pas cohérente à 100 %. Le 11 mars 2004, des bombes explosaient à Atocha et c'est précisément à Madrid que je devais transiter. Evoquons plutôt les choses positives. Le voyage jusqu'à la gare de Madrid Chamartin dure dix heures et je suis rejoint par deux compagnons de voyage à Ourense, ce qui ne fait qu'accentuer la sensation de petitesse de l'endroit. Après avoir emprunté un train Cercanías avec Alice, pour relier les gares de Chamartín (Madrid Nord) à Atocha (Madrid Sud), j'apprécie de retrouver la grande serre de l'ancienne gare. Il s'agit là d'un des seuls souvenirs que j'ai conservé de mon séjour linguistique de 1995.
De cette époque déjà bien lointaine, je conserve quelques flashes dans ma mémoire, qui évoquent les sites visités : Alcala de Henares, El Escorial, les jardins du Retiro, le stade Santiago Bernabeu, le Palais Royal et la Plaza Mayor, le Corte Inglés où j'avais acheté alors un maillot du Real Madrid que portait en son temps Ivan Zamorano, surnommé l'hélicoptère. A treize ans, ma tête ne dépassait pas le guichet et j'étais tout heureux d'en être ressorti, preuve que j'avais pu aligner deux ou trois phrases dans un castillan hésitant. Mais, à l'inverse de Barcelone où j'ai tout de suite senti une certaine homogénéité (curieux dans le cosmopolitanisme ambiant), la capitale ne m'évoque que peu de choses. J'en avais tout juste le souvenir d'une grande ville, assez haut perchée, perdue au coeur de l'Espagne.
J'étais aussi déçu de ne pas voyager avec les copains de l'année d'avant. Entre mai et décembre 1995, j'étais passé du soleil du printemps catalan à la froideur et à l'humidité castillane. Le voyage avait semblé interminable (dix-huit heures de bus), surtout dans la longue traversée de la Castille. Nous nous étions arrêtés près d'un Arc de Triomphe, en plein désert. J'étais aussi passé du collège au lycée, de la troisième à la seconde, portant toujours deux ans d'avance pris très jeune. Je me retrouvais ainsi avec des camarades de quinze kilos plus lourds, d'une tête plus hauts, qui préféraient rigoler avec le chauffeur, la clope au bec, plutôt que de tenter d'écouter les explications des guides des musées. Quoi de plus normal à quinze ans. Ces mêmes camarades, devenus trentenaires, affichent aujourd'hui leur petit bébé sur leur profil Facebook, et leur photo dans la gare d'Atocha dans leur album. Un clin d'oeil à une autre époque.
Pas de cours de français pour moi cette semaine, évitant ainsi de prononcer pour la deux cent quarante-cinquième fois le célèbre A ver (qui est bien pratique pour parler pour ne rien dire... du genre "A partir de là, voilà je crois que bon..."). Une semaine aussi pour faire l'économie du couple hombre / joder, le premier étant une manière d'insister sur ce que l'on veut dire (home en galicien), le second étant traduit par "putain" en français (l'expression) ou par "baiser" (l'argot). Ces trois termes ou expressions sont par conséquent le reflet d'une immersion linguistique depuis plus d'un mois en Espagne. Il fallait que je leur rende hommage.
Lundi à 21 h 55, je me retrouve dans une petite cabine sommaire à quatre petits lits. A la différence du Trenhotel La Corogne - Barcelone, le train n'est pas de première jeunesse. Il n'y a aucun contrôle de bagages à l'entrée, ce qui confirme que la Renfe n'est pas cohérente à 100 %. Le 11 mars 2004, des bombes explosaient à Atocha et c'est précisément à Madrid que je devais transiter. Evoquons plutôt les choses positives. Le voyage jusqu'à la gare de Madrid Chamartin dure dix heures et je suis rejoint par deux compagnons de voyage à Ourense, ce qui ne fait qu'accentuer la sensation de petitesse de l'endroit. Après avoir emprunté un train Cercanías avec Alice, pour relier les gares de Chamartín (Madrid Nord) à Atocha (Madrid Sud), j'apprécie de retrouver la grande serre de l'ancienne gare. Il s'agit là d'un des seuls souvenirs que j'ai conservé de mon séjour linguistique de 1995.
Souvenirs de 1995, une autre époque
De cette époque déjà bien lointaine, je conserve quelques flashes dans ma mémoire, qui évoquent les sites visités : Alcala de Henares, El Escorial, les jardins du Retiro, le stade Santiago Bernabeu, le Palais Royal et la Plaza Mayor, le Corte Inglés où j'avais acheté alors un maillot du Real Madrid que portait en son temps Ivan Zamorano, surnommé l'hélicoptère. A treize ans, ma tête ne dépassait pas le guichet et j'étais tout heureux d'en être ressorti, preuve que j'avais pu aligner deux ou trois phrases dans un castillan hésitant. Mais, à l'inverse de Barcelone où j'ai tout de suite senti une certaine homogénéité (curieux dans le cosmopolitanisme ambiant), la capitale ne m'évoque que peu de choses. J'en avais tout juste le souvenir d'une grande ville, assez haut perchée, perdue au coeur de l'Espagne.
J'étais aussi déçu de ne pas voyager avec les copains de l'année d'avant. Entre mai et décembre 1995, j'étais passé du soleil du printemps catalan à la froideur et à l'humidité castillane. Le voyage avait semblé interminable (dix-huit heures de bus), surtout dans la longue traversée de la Castille. Nous nous étions arrêtés près d'un Arc de Triomphe, en plein désert. J'étais aussi passé du collège au lycée, de la troisième à la seconde, portant toujours deux ans d'avance pris très jeune. Je me retrouvais ainsi avec des camarades de quinze kilos plus lourds, d'une tête plus hauts, qui préféraient rigoler avec le chauffeur, la clope au bec, plutôt que de tenter d'écouter les explications des guides des musées. Quoi de plus normal à quinze ans. Ces mêmes camarades, devenus trentenaires, affichent aujourd'hui leur petit bébé sur leur profil Facebook, et leur photo dans la gare d'Atocha dans leur album. Un clin d'oeil à une autre époque.
L'AVE, un oiseau rapide et confortable
Retour à mardi dernier. A l'aller, nous n'avons pas eu le temps de profiter du soleil rayonnant madrilène, par seulement 4°C. L'AVE nous a transporté à toute vitesse à la nouvelle gare de Malaga, dénommée Maria Zambrano, où nous avions rendez-vous. Le trajet coûte quatre-vingt cinq euros (cher pour les bourses espagnoles) mais j'ai été agréablement surpris par le TGV espagnol, surnommé El Pato (le canard) pour sa locomotive en forme de bec. C'est peu dire que le TGV d'Alstom, celui qui circule sur le réseau français (+ Bruxelles et désormais Figueras, en Catalogne) a... un train de retard en matière de vitesse, de confort et de modernité. Le personnel de la Renfe, très élégant comme toujours, vous prête gentiment des écouteurs pour visionner un film et un magazine promotionnel Paisaje desde el tren que vous pouvez embarquer. Vous êtes informé de la température extérieure, de votre localisation grâce à un bel écran embarqué. Les fauteuils sont confortables, la visibilité est excellente et ne fatigue pas l'oeil grâce aux vitres légèrement fumées et surtout il y a de la place pour la valise et pour les jambes. De plus, le train ne vibre pas et la ligne AVE Atocha - Malaga est assez horizontale (contrairement à la ligne Lyon - Nîmes par exemple où vous avez parfois l'impression que votre estomac balance). Vous traversez la communauté de Castilla La Mancha et l'Andalousie à parfois trois cents kilomètres par heure, ce qui permet à la fois de découvrir des plateaux et des montagnes tachetés de villages entièrement blancs mais aussi de joindre les deux grandes villes en deux heures et demi. Un contraste frappant avec La Corogne.
Malaga, un concentré de caractère
Nous avions quatre heures pour visiter Malaga, la ville qui a vu naître Pablo Picasso et Antonio Banderas, sur la Costa del Sol méditerranéenne. Le soleil n'était plus au rendez-vous et avec un temps aussi court pour traverser la sixième ville d'Espagne, nous avons choisi de nous concentrer sur le centre. Ce fut suffisant pour nous rendre compte que la ville possède de beaux atouts et paraît par certains côtés à Barcelone, bien plus au nord mais aussi méditerranéenne. Les moyennes montagnes, bien dessinées, encadrent la ville au nord. La petitesse du bassin et le climat, sec mais parfois très agressif, expliquent la largeur et la sécheresse du lit du Río Guadalmedina (fleuve de la ville en arabe). Les avenues sont larges, propres, courbées et conduisent au centre. Le centre historique est fort charmant, avec une population aux tranches d'âge bien mélangées.
Perspectives plongeantes (Malaga)
25 janvier 2011
25 janvier 2011
Il est un plaisir de se perdre dans les petites ruelles peuplées d'orangers (les oranges ne sont pas toutes à manger) et aux maisons blanches, oranges et jaunes. Nous achevons notre visite par le port et une très courte vue sur la Méditerranée et le Gibralfaro, qui domine la ville. Le Paseo del Parque est très agréable, peuplé de petites statues et de grands palmiers, qui rendent probablement le paysage paradisiaque une fois le printemps venu. A 17 heures, nous revenons à la gare où nous apercevons un groupe de jeunes. Nous rejoignons ainsi les autres volontaires, formant un essaim qui ne cessera de grandir jusqu'à l'arrivée des deux bus. Direction Mollina.
Mollina et le CEULAJ, perdus dans le désert andalou, cadre d'un séminaire intermédiaire vivant, interactif, de qualité
Nous franchissons les montagnes au nord pour atteindre le plateau, sec, désert, tacheté de petits villages charmants mais déserts. Mollina est l'un d'entre eux. Nous arrivons au CEULAJ (Centro Eurolatinoamericano de Juventud) après une heure de route et nous prenons le temps de nous installer, dans des chambres assez confortables, dotées de lits dignes. Je doutais un peu de la qualité des installations pour les jeunes en Espagne, après avoir été animateurs d'adolescents déficients mentaux en Catalogne en 2008, et après le séminaire à l'arrivée à Gandario où les chambres étaient petites, avec des lits superposés. Je comprends tout à fait mes collègues volontaires en Afrique, qui ne jouissent pas des mêmes conditions mais il est toujours appréciable de disposer d'un vrai lit après une journée complète de voyage. Nous partons à la rencontre des cent (!) volontaires présents, effectuant tous leur SVE longue durée (six à douze mois) et étant à peu près tous à la moitié de leur mission de volontariat. Tu viens d'où ? Et en Espagne, tu habites où ? Quel est ton projet ? Voici les trois questions principales qui servent d'angle d'attaque pour cette première soirée.
Oliviers sous la grisaille (Mollina)
26 janvier 2011
26 janvier 2011
Nous sommes divisés en six groupes de couleur, pour autant de formateurs. L'équipe de formation a eu la bonne idée de m'inscrire dans le groupe vert, ce qui a fait plaisir au Stéphanois de naissance que je suis et aussi au géographe soucieux des questions liées à l'environnement. Nous avons eu la chance d'être suivi pendant deux jours par un excellent formateur, Jorge, de San Sebastian (Pays basque, donc bilingue euskera / castillan), qui n'a pas étudié la pédagogie pour rien. Extrêmement courtois, toujours à l'écoute sans jamais perdre le fil du temps et de son sujet abordé, Jorge nous a amené à réfléchir sur notre projet, en se remémorant tant le passé que se projetant sur le futur. Je regrette que l'équipe n'ait pas prévu un atelier plus dynamique. Les deux moments forts des deux journées ont été sans conteste la fabrication de l'origami de la rana (la grenouille), censé nous faire réfléchir sur notre processus d'apprentissage, et le dessin silencieux des images défilant dans notre tête au son d'une mélodie arabe. Nous nous sommes sentis transportés ailleurs. J'ai constaté aussi, tout comme Jorge, la qualité de l'espagnol pratiqué au cours de l'atelier. Nous n'avions pas tous le même niveau mais il a été fort agréable de voir comment des volontaires venues d'Ukraine ou de Finlande parviennent à maîtriser sans souci la langue de Cervantes. Avec un tel niveau de pratique, il est très agréable de pouvoir échanger.
Il y eut deux véritables veillées, dignes du monde de l'animation dont je fais partie aussi, malgré des jours de moins bien. La première était une nuit culturo-créative, où chaque communauté autonome était représentée par ses volontaires en mission, chargés de la présenter sans images à l'écran. Nous étions six à venir de Galice, un nombre idéal selon moi, comparé aux vingt-trois "Andalous" et au pauvre Vivian, membre de ce blog que je salue très amicalement, représentant à lui seul La Rioja, chargé de faire oublier qu'il n'y avait pas que le vin dans ce petit pays d'Espagne. J'avais tracé les grandes idées, Saint-Jacques de Compostelle me paraissait indispensable. Nous sommes passés en deuxième (sur dix-sept communautés autonomes), après Extrémadure. J'ai saisi l'occasion pour bafouiller un peu de galicien et je prends toujours autant de plaisir dans le théâtre d'improvisation, surtout devant une belle foule. A la fin, une grande table a réuni les spécialités régionales. Alice a eu la bonne idée d'apporter un peu de liqueur de café, car nous avions tous apporté une pâtisserie, la Tarte de Santiago étant aussi connue que résistante pour une traversée de la péninsule. Les moules corognaises auraient sans doute un peu plus souffert...
En dehors du CEULAJ, nous avons aussi fait la connaissance du petit bar El Paco, avec sa petite piste dansante, qui a fait probablement un gros chiffre d'affaires pendant trois nuits. L'occasion de converser autour d'un verre, avant de se défouler sur quelques Macarena ou tubes internationaux. L'heure a tourné, usant certains volontaires, cuits le derniers jours et du coup plus très... volontaires.
La deuxième veillée, troisième nuit du séminaire intermédiaire, a consisté en la reproduction de la noche de brujas (sorcières) et demonios (démons), qui porte le nom de Noche de Sant Antoni, tradition majorquine. Toni, notre formateur de Gandario (séminaire à l'arrivée), a présenté la soirée, étant originaire des Baléares. C'était l'occasion pour tous les formateurs de se peinturlurer le visage en rouge et de jouer le rôle de démons, et pour les volontaires de se déguiser, de se maquiller, avec les moyens du bord. Il y eut un défilé d'épouvante et une danse où chacun était invité à produire une danse dont il avait le secret. Prudent, je n'ai pas tardé ensuite à rejoindre Morphée et je n'ai ainsi pas aligné un troisième after au Paco. L'expérience malheureuse de nuits difficiles avant le volontariat, marquées par des hypertensions, m'ont conduit à être toujours raisonnable sur ma durée de sommeil. J'ai fait deux ou trois excès post une heure du matin depuis le début du SVE mais pas plus.
Madrid et le Paseo de la Castellana : une artère survolée, le temps d'un crépuscule
Beaucoup de volontaires ont choisi de rester le temps du week-end en Andalousie, dont vingt-trois sont originaires, pour visiter en priorité Cordoba et Granada. Mon budget "argent de poche" étant légèrement déficitaire, mon physique nécessitant une pause, j'ai choisi de ne pas changer mon billet et de rentrer aujourd'hui en Galice (vingt-et-une heures de trajet par l'AVE et le Trenhotel). La programmation retour du voyage, effectuée par la Xunta de Galicia (le gouvernement autonome de Galice), me laissait hier cinq heures à Madrid, puisque je devais passer par la capitale. Avant, j'ai effectué le retour en compagnie de Lena, une volontaire allemande qui effectue son SVE dans la province d'Ourense (Galice). Elle m'a confié qu'elle adorait la France et le français, qu'elle avait étudié pendant 8 ans. Je partage son sentiment mais je suis incapable de dire à quel pourcentage... celui-ci étant variable en fonction du temps. La vidéo que j'ai vue sur les conditions de travail des professeurs stagiaires aujourd'hui et le message discordant de l'administration et du ministre le fait par exemple baisser. Je n'entrerai ni dans la politique, ni dans la polémique car ce n'est en aucun cas l'objet de ce blog. J'ai simplement l'impression que, par choix de carrière, par contrainte, ou pour raison familiale, les frontières françaises sont parfois plus difficilement à franchir qu'elles ne le sont matériellement, y compris pour moi.
Comme à l'aller, mais cette fois sans Alice, ma colocataire italienne ayant fait le choix tout à fait respectable de rester le week-end en Andalousie, je devais relier les gares d'Atocha à Chamartín. Huit kilomètres à pied du sud au nord en cinq heures, la mission n'avait rien de périlleuse. Je sais, j'ai mentionné que je souhaitais me reposer mais j'avais la perspective du lit et de l'appartement au bout. L'occasion était aussi donnée de retrouver cette fois Madrid, plus de quinze ans après, et de traverser la ville par son artère principale, le Paseo de la Castellana. Le nom est fort juste car il s'agit bien d'une promenade en territoire castillan, là où l'espagnol est prononcé très pur, ce qui évidemment facilite grandement sa compréhension. Si je n'ai pas retrouvé le soleil andalou de l'été 2006, les trente-cinq degrés, les ouvriers noirs de Séville, les mariages de Ronda, j'ai bien reconnu l'accent du Sud de l'Espagne, où la moitié des mots sont avalés...
La première image de la sortie d'Atocha est symbolique. Un marché, où se vend de tout et de rien, mais surtout de rien, s'est improvisé sur le trottoir et ne résiste que difficilement à la pluie. Je le traverse avec ma valise et avec l'impression aussi que les gens doivent vendre ce qu'ils ont. Je suis très loin de l'exubérance du marché de La Boqueria à Barcelone. Ce marché-là sent la misère, le quotidien, qui contraste vraiment avec les monuments présents partout, massifs sans être écrasants. Le Prado arrive vite, avec une queue digne de sa réputation. Il fait à peine 2°C mais la capitale espagnole, frénétique, avec une circulation permanente, réchauffe un peu la température. Je sais que je survole l'essentiel, que je ne vais pas percer les mystères de la ville. La ville est résolument différente de Barcelone, sa position centrale au milieu du désert fait qu'elle est inévitable. Elle jouit d'une position étrange et malgré sa taille, on y pénètre et on la quitte rapidement avec l'AVE. Les avenues sont assez larges, bien tracées. Les madrilènes, qui sortent du travail et vont entamer le week-end, ne sont pas stressés. Sur la Castellana, il y a un long passage commun, même s'il y a suffisamment d'originalité pour égayer le décor, contrairement au style moderniste galicien parfois franchement quelconque.
Estadio Santiago Bernabeu - Paseo de la Castellana (Madrid)
28 janvier 2011
28 janvier 2011
D'un coup, sur la droite, le vaisseau du Real Madrid apparaît. Il y a quinze ans, je l'avais vu de jour, j'avais vu l'intérieur. Le football n'avait pas encore pris la dimension économique qu'il a aujourd'hui. Le stade était plus vétuste que le Camp Nou barcelonais, il y avait des petits marchés où se vendaient de faux maillots. De nuit, en 2011, il m'est apparu seulement puissant et il n'y avait personne aux alentours, à part quelques taxis, les seuls véhicules à ne pas aller assez vite. J'avais déjà été frappé par l'absence d'un parking gigantesque aux abords du deuxième plus grand stade d'Espagne. Les drapeaux des clubs de la Liga flottent près du toit, de l'inscription du stade et du logo illuminés. Je n'avais pas encore mentionné que quel que soit le soir, ici en Galice, il y a des papis dans les bars avec un écran vert en toile de fond. Parfois c'est une équipe de football de jeunes, parfois c'est un match de seconde division qui est diffusé. Peu de têtes sont tournées vers l'écran mais le football est bien essentiel en Espagne, quelle que soit la région. J'ai même entonné l'hymne du Barça avec une personne vêtue du maillot des Culés à Mollina (il s'agit là des seuls mots catalans que je connais), sans savoir que cette personne était tuteur d'un volontaire, et profondément catalan ! J'ai ensuite passé une partie de la nuit au Paco avec le maillot de l'USAP sur le dos, ce qui me vaut parfois certaines critiques et interrogations du style : que fais-tu avec ce maillot, tu n'es pas catalan ! Qu'importe, j'apprécie la philosophie de cette équipe et Perpignan tout comme la Catalogne évoquent pour moi (pour le moment) uniquement des bons souvenirs.
Passé le stade, le Paseo s'ouvre jusqu'à la Porte de l'Europe et la Place de la Castille. Le décor alterne entre fontaine éclairées et tours peu illuminées, au style futuriste, élevées et sombres. Avant de rejoindre la gare de Chamartín et ses familles portugaises nombreuses en attente d'un autre Trenhotel pour Lisbonne, je vis un dernier moment furtif.
Je passe à côté d'un distributeur automatique, tout à fait banal. Ici, les distributeurs sont parfois situés à l'intérieur des immeubles, protégeant ainsi le client de la pluie et du vent. C'est le cas du guichet de la Caixa Galicia ici à Perillo. Ce n'est pas ce détail pseudo-culturel, comme celui du compte à rebours pour piétons et automobiles à certains feux tricolores, que je viens vous conter. A l'intérieur de ce distributeur automatique, il y avait deux personnes sans abri qui allaient y passer la nuit. Une autre ressortait, après avoir échangé quelques mots avec elle, sur un ton visiblement chaleureux et motivant. La troisième personne passait ainsi la main sur le bonnet vissé sur la tête d'une des deux personnes SDF, comme un signe amical. Evidemment, en me retournant, je ne pouvais qu'être saisi par la vision de centaines de bureaux vides des grandes tours de ces mêmes banques... Ou comment ne pas pouvoir accéder à l'argent présent de l'autre côté du mur pour survivre. Dans le hall de la gare, comparable à celui de Lyon Part-Dieu, donc assez vaste, des policiers chassaient aussi poliment mais fermement une autre personne SDF qui visiblement était habituée des lieux. Le représentant de l'autorité disait même à celui de la pauvreté : "sabe muy bien que no pueda quedarse aqui. Cuantas veces tendré que decirlo..." La traduction est-elle nécessaire ?
Du Madrid de 1995, j'avais gardé le souvenir d'avoir été accueilli par un jeune trentenaire dynamique, un peu fêtard, dans un appartement sommaire. Il m'avait offert une bière Mahou, avec mes deux camarades de classe, mais je ne pouvais pas supporter le goût de cette bière. Pour ne pas lui montrer, j'avais alors laisser écouler le liquide dans l'évier... ce qui me couvrait de honte aux yeux de mes deux camarades, qui ne voulaient pas eux en boire une deuxième. Le soir, vers 23 heures, ce jeune homme nous emmenait dans les bars de son quartier, après le repas, pour discuter quelques minutes. Il se levait de bonne heure (madrugar) pour prendre les transports en commun, dans un quartier tout aussi commun. J'ai quitté Madrid à 22 h 30 hier soir comme je l'ai quittée quinze ans plus tôt, ayant vu une tonne d'apparences, côtoyé des madrilènes du quotidien, laissant la capitale espagnole pleine de secrets pour moi. Et à 8 heures ce matin, La Corogne s'éveillait paisiblement...
A très bientôt et merci encore pour vos visites toujours aussi nombreuses !
Par ici la suite ! Les mystérieuses cités d'or (13 février 2011)


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