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Voir plus loin

Voir 2011. Avec la visite de Lugo hier, c'est le premier acte de ce Service Volontaire Européen qui s'est achevé. Le retour en France, bien sûr très provisoire et à l'occasion des fêtes de fin d'année, est prévu pour le 23 décembre prochain, à 18 heures en gare de La Corogne San Cristobal.

Je ne vais pas en détailler ici les raisons, purement personnelles, qui n'ont rien à voir avec le contexte du SVE, le projet à Andaina ou l'Espagne, dont je n'ai pas changé d'avis ni de sentiments depuis septembre. J'ai simplement pris conscience, après quatre-vingt-quatre jours, que la base familiale, le socle était le plus important, au-delà des connaissances que l'on peut faire ici et du risque relatif de couper le projet en deux. Quelques camarades volontaires restent pendant cette période de Noël et du Jour de l'an.

J'ai désormais une vision extérieure assez claire de la Galice, après un certain nombre de visites (La Corogne, Betanzos, Ferrol, Pontevedra, Saint-Jacques-de-Compostelle et Lugo), même si ce furent des déplacements de relative proximité (à l'exception peut-être de Pontevedra). Parmi les villes d'importance, il ne manque plus que Vigo (la plus grande) et Ourense (la plus éloignée). Je profiterai ainsi de 2011 pour voir plus loin, jusqu'à León, Salamanque et Porto, avec le séminaire d'évaluation intermédiaire probablement à Malaga (Andalousie).

Quinze ans d'Espagne, quinze jours de Galice avant la France


Il y a plusieurs points communs qui fondent un autre socle : l'amabilité, la simplicité et la tranquillité du peuple, à toute occasion. Il y a une revendication identitaire réelle mais jamais contestataire. De ce point de vue, je n'ai pour l'instant jamais été bouleversé par la question, que ce soit en Galice ou en Catalogne. Quatre mois passés en Espagne depuis quinze ans, en Catalogne, à Madrid, en Andalousie et en Galice sont insuffisants pour s'en rendre compte, pour rentrer suffisamment dans la culture populaire. Je ne fais encore pour l'instant que la découvrir, que l'effleurer, avec un regard toujours d'expatrié. S'il faut un an pour acquérir la nationalité espagnole, en étant marié, il en faut dix en étant célibataire. Se marier fait-il accélérer les choses ? Mesurant le temps qui passe, j'ai l'impression que l'été 2011 arrivera plus vite que l'immersion complète dans la société espagnole.

D'un point de vue plus matériel, je n'ai rien relevé de franchement répugnant ni de réellement enthousiasmant depuis mon arrivée en septembre. Si un site se dégagerait, ce serait bien sûr Saint-Jacques-de-Compostelle, qui a tout lieu d'être réputée, même pour sa pluviométrie. Cette ville n'a pas de réel défaut en apparence mais est diablement sérieuse ! C'est mal connaître les nuits estudiantines sans doute, au détour de quelques bars, cafés et restaurants. Est-ce si différent d'ailleurs, de La Corogne ou de Lugo ?

Que se cache-t-il derrière les images de la Galice actuelles qui sont :
- des rías échancrées aux plages improbables de sable fin ?
- des ports avec tous les bateaux imaginables ?
- des bars à tapas, perdus dans le centre ou logés derrière les bateaux ?
- des villes aux artères interminables, où luttent bars et banques - qui colonisent parfois des centres historiques plus ou moins mis en valeur ?
- une campagne multicolore, avec des maisons à l'état parfois surprenant et des dédales de sentiers labyrintheux ?
- des cornemuses automnales ?
- des montagnes étranges perdues au loin ?
- de l'eau !

Non, ce n'est pas encore tout à fait Noël. Il reste à réaliser les recettes qu'ont préparées les élèves de 3° ESO (équivalent de la 3ème). Il reste aussi à vous conter une dernière sortie, la course aux cadeaux dans les callejones corognais. Et à relater le Río Mero, Mera et Lugo, à l'heure où d'autres ont choisi Porto et Barcelone, plus chics, plus chers, plus loin. Non, ne jalousez pas le Super Puente, qui a démarré vendredi dernier, pour se prolonger jusqu'à ce jour, avec les fêtes de la Constitution lundi et de l'Immaculée Conception aujourd'hui.

Retrouver le goût de la nature


Il y a dix jours, j'étais parti chercher un peu de nature, en remontant le Río Mero, qui forme la Ría do Burgo. Une ría, c'est un bras de mer qui s'avance dans la terre, ensablant parfois certains ports (Betanzos, Pontevedra), qui permet aussi à des municipalités ambitieuses (Oleiros) appelées ici concellos de construire de beaux paseos (qui contournent la ría). Je me suis enfoncé dans la campagne, profitant d'une accalmie du ciel et j'ai enfin pu profiter d'un paysage hyper reposant, sans âme qui vive. Le barrage de Cecebre, tout au bout de la balade, était inaccessible compte tenu de la durée mais j'ai pu apprécier le contact avec une nature, certes transformée et ai pu profiter des choses simples. Le parcours est très agréable, jalonné de cyclistes et de joggers, et très peu vallonné. Il se poursuit peut-être jusqu'à Betanzos, à vingt-huit kilomètres de La Corogne. Il conte l'histoire de la Galice, au travers des activités anciennes jouxtant le fleuve. Le Río Mero n'a rien d'effrayant, même s'il a inondé quelques usines par le passé. Il est large comme un gros Furan (rivière stéphanoise), ou comme l'Arve à Chamonix, et franchement paisible. La balade n'est pas terminée mais je profiterai peut-être d'un arrêt du train Media Distancia à Cambre pour en réaliser la deuxième partie.

L'océan


Toujours à pied, je me suis rendu à Mera, la pointe nord de la Ría de La Corogne, qui constitue encore une sorte de bout du monde. Entre Mera et Perillo, il y a neuf km, avec des vues excellentes sur la mer, des accès sur les plages les plus petites du monde, et La Corogne toujours en toile de fond, avec les montagnes qui constituent le socle galicien. De là, j'ai très bien compris pourquoi il pleuvait beaucoup plus sur le continent que sur la côte, souvent à l'abri. Mera bénéficie d'un paseo très agréable, qui contourne des villas splendides et permet d'admirer toute la ría.

Chemin d'accès à une plage sauvage, Camposeiras
Chemin d'accès à une plage sauvage, Camposeiras
6 décembre 2010

La balade se poursuit après le phare mais devient beaucoup plus sauvage, avec l'envie de voir toujours plus loin. Il n'y a plus de route mais un sentier, qui n'est bientôt plus carrossable. L'infinité de l'océan s'ouvre devant vos yeux. La Corogne est sous la pluie, à quelques kilomètres, mais vous pouvez admirer le bleu du ciel et le bleu de l'océan, sous le soleil. Avec quelques inquiétudes pour le retour et la distance qui reste à parcourir... Le balisage est à parfaire mais globalement, la municipalité d'Oleiros réalise des prouesses en termes écologiques : un parc urbain complètement vert, une plage assez propre, des panneaux traitant de la faune et de la flore locale. Encore faut-il s'approcher des falaises pour découvrir cette avifaune. Le site est superbe, très sauvage, évidemment dangereux par jour de grand vent, ce qui n'était pas le cas. Il y règne une ambiance étrange, avec une vue sur l'embouchure de la Ría de Ferrol. Le coucher de soleil vous apaise, tandis que les nuages sombres sur les montagnes et la hauteur des falaises (environ trente mètres) vous inquiètent. Les rues sont mal éclairées et je n'ai pas retrouvé mon chemin pour le retour... rajoutant à la distance environ deux kilomètres.

Voir au-delà de la muraille


Difficile par conséquent d'enchaîner sur un troisième décor totalement différent, à Lugo, du fait de la quantité de kilomètres parcourus et donc de la fatigue, mais surtout des horaires peu adaptés de la Renfe ! Quatre trains par jour seulement joignent La Corogne à Lugo, villes pourtant peuplées de plus de cent mille habitants... Réveil programmé à 6 h 45 pour un retour à Perillo à 22 h, avec neuf heures passées à visiter l'ancienne capitale de la Galice. Un poil long, surtout quand la météo annoncée est parfaitement respectée : temps rayonnant le matin, pluvieux l'après-midi. Dans le train, j'ai été à moitié surpris de la non-maîtrise de l'anglais par les contrôleurs locaux, même un anglais des plus basiques. Une cliente recherchait un train pour rejoindre Bilbao. Je me suis fait une joie de traduire, même si je reconnais que la première langue qui me vient en tête après le français est le castillan...

Mini-pèlerinage entre murailles (Lugo)
Mini-pèlerinage entre murailles (Lugo)
7 décembre 2010

Lugo et sa muraille sont indissociables. Elle n'a jamais été attaquée (comme le coeur de la Galice, éloigné de l'océan, protégé par la Cordillère Cantabrique et ses prolongements) et a complètement changé de fonction. Non pas qu'elle soit devenue offensive (!) mais furieusement touristique, ce qui a le mérite de la protéger.

C'est la muraille romaine la mieux conservée d'Europe. Avec dix mètres de hauteur en moyenne, elle est impressionnante (avec des passages à trois-quatre mètres ou à quinze mètres). Fait le plus agréable, son chemin de ronde est directement accessible depuis la Puerta de la Estación, la bien nommée. Les joggers peuvent alors s'adonner au tour de deux mille cent mètres, qui enserre la ville historique. Contrairement à Cambre et au Río Mero, on comprend aisément qu'il n'y ait pas de cyclistes. Lugo, construite sur une colline, bénéficie d'un parc remarquable au nord et la muraille, bien qu'assez large et bien emmurée pour éviter le vertige, serait dangereuse en cas de cohabitation cyclistes - joggers - touristes. De là-haut, on ne voit pas tout (hauteur insuffisante oblige) mais assez pour jauger le coeur historique et ce qui le sépare du reste de la ville. Contrairement à Saint-Jacques-de-Compostelle et à Pontevedra, le quartier historique est beaucoup plus pénétré par la civilisation moderne et ses avatars (perte de cachet de l'architecture, présence de l'automobile assez importante) même si le quartier de la cathédrale est mieux respecté.

L'intérieur de la cathédrale est beaucoup plus simple qu'à Saint-Jacques-de-Compostelle, même si elle est plus petite, et dotée d'une architecture similaire. J'ai apprécié la messe quelques minutes, avec un public d'un autre âge que le mien. Pauvres façades, rongées par la végétation, qui profite des innombrables litres d'eau qui tombent du ciel.

A la sortie nord-ouest de Lugo, après m'être échappé de l'interminable marché, il y a un sympathique quartier prévu pour les activités juvéniles (piscine, musique, terrain de football stabilisé, parc urbain, circuit de voitures téléguidées). Deux papis ont profité du jardin d'enfants pour s'exercer musculairement.

De Lugo, je retiendrai aussi le musée provincial, gratuit, où les photos ne sont malheureusement autorisées qu'au niveau du cloître. Le musée propose plusieurs collections. On commence la visite par une exposition de photos de personnes déficientes, dans toute l'Espagne, en situation d'activité. Des sourires donc. On poursuit ensuite la visite par le cloître justement, avec une remarquable exposition de cadrans solaires d'origine romaine. Une vidéo retrace le thème de la muraille, et à l'étage, il y a une très belle collection de portraits, même réalisés au crayon de papier (!), de tableaux de villes galiciennes, et une galerie d'art surprenante. Mon coup de coeur va pour ce flot d'eau coulant du robinet, immortalisé au plafond, et surtout pour ces trois cochons à taille humaine, ainsi juchés sur leur deux pattes, qui ligottent deux fermiers, sans doute à titre de revanche. Rassurez-vous, la présentation est tellement bon enfant que ce n'est en rien cruel...

Il ne me restait plus qu'à ramener au pays corognais le lait le moins cher de Galice (0,48 € le litre) trouvé dans un petit supermarché de l'Avenue de La Corogne... que j'ai finalement suivi dans toute sa longueur, pour voir plus loin.

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