Barcelona pour toujours
En cette veille de Noël, la capitale catalane, magnifiquement ensoleillée, était un véritable cadeau dont il fallait profiter entre deux trains, l'espace de quatre heures. La cité méditerranéenne, ville que j'ai le plus visitée à ce jour après Lyon, m'accueillait pour la sixième fois. Il importe toutefois de revenir au départ de ce trajet de vingt-huit heures et huit minutes, qui m'a conduit de la pluie corognaise à la neige stéphanoise.
La pluie avant l'hymne, comme un dernier symbole
Au Collège Andaina, tout comme à l'école maternelle et primaire qui y sont adjointes, il est de coutume de fêter Noël lors du dernier jour de travail. L'instituteur et tuteur des 5° EPO (équivalent du CM2), s'est beaucoup donné pour l'organisation. L'institutrice et tutrice des 6° EPO (équivalent de la 6ème), apparaît elle aussi inquiète pour le mercredi. La pression des parents, des enfants, la résistance face à la décompression de la fin d'année empêchent heureusement tout relâchement.
Mercredi vient le grand jour. La météo a décidé de partir en vacances un jour plus tôt et l'on retrouve, le temps d'une matinée, un crachin et une pluie tout galiciens. Les enseignants du secondaire remettent les fameux boletins (bulletins de notes) accompagnés des appréciations. Les élèves protestent et demandent des justifications, malgré les quantités de lignes écrites par les professeurs. Blas et Pablo Caballero, deux élèves de 2° ESO (équivalent de la 4ème), guettent désespérément la météo avec le ballon aux pieds. Le tournoi de football, auquel je m'étais aussi inscrit, et le tournoi de basket-ball sont annulés. La frustration est terrible.
Le gymnase a été transformé en discothèque mais n'est pas forcément très bien équipé pour les ébats musicaux et les projecteurs. Le karaoké fait ainsi furieusement concurrence aux DJ et je m'immisce tranquillement dans un véritable troupeau agglutiné devant le poste de télévision. Deux jeunes sont au micro, marquant des points à chaque fois que leur voix se rapproche le plus de la star pop espagnole qu'ils reprennent passionnément. Les tubes sont repassés, avec l'incontournable Waka Waka de Shakira version originale.
Le même tube qui rend impossible tout cours d'arts plastiques en école primaire. En effet, les enfants connaissent la chanson par coeur et le déhanchement des cuisses succède inévitablement, irrésistiblement aux tracés fins des coups de crayons. D'habitude, seule la petite Rosalía, qui à tout juste dix ans possède déjà un niveau de dessin professionnel, reste immuablement concentrée sur la tâche. Là, elle se lâche. Laissant la pop espagnole des 40 Principales aux adolescents, je vais découvrir le parchis (jeu des petits chevaux) et le futbolin (baby-foot) locaux. Si la base des jeux est commune, les règles sont bien différentes. Anton, que je surnomme habituellement "l'écorché vif", profite de ma méconnaissance des règles ibériques pour me traiter de tramposo (tricheur), ce à quoi je réponds que l'hôpital se moque de la charité... Le futbolin se joue avec 3 défenseurs, 3 milieux et 4 attaquants, ce qui me perturbe quelque peu, d'autant plus qu'aucun contrôle n'est réellement possible. Le plus cocasse est qu'il met aux prises des merengue aux azulgrana (Real Madrid / Barcelona) comme le nôtre oppose verts et blancs aux blancs, bleus et rouges (A.S. Saint-Étienne / Olympique Lyonnais). Ah rivalité, quand tu nous tiens !
Les adolescents ayant eu toute liberté et autonomie dans l'élaboration de leur fête, où les professeurs n'interviennent que très peu, je vais chercher un peu d'esprit de Noël chez les plus jeunes. Ana, de 6° EPO, dirige le spectacle et se retrouve très à l'aise micro en main face aux parents. Je le suis un petit peu moins quand, de manière totalement improvisée, elle me propose de chanter une comptine française, alias "Meunier tu dors".
Le personnel d'Andaina était convié par lui-même à fêter Noël... mais plus sûrement le départ en vacances au cours d'un repas dansant à Cambre (proche banlieue sud-est de La Corogne). L'apéritif était servi à une heure toute espagnole, près de 22 heures, et allait déboucher sur un repas campagnard, fait de petits pains et de charcuteries, accompagné de vin (de la Rioja, évidemment) et de champagne. Il paraît que le vin de Logroño ne se boit que pendant le repas... Je comprends mieux au goût, bien plus puissant qu'un Beaujolais 2010.
Il n'y avait pas d'autre invité que le personnel du centre éducatif, qui a ainsi pu en profiter pour mener la soirée à sa guise, le tout dans une ambiance parfaitement détendue et bon enfant. Nous étions tous placés, les secrétaires mystérieusement situés au centre de la table. Des numéros de danses (cabaret, macarena) se cachaient derrière des petits papiers que nous avions chacun sur notre table, et que nous devions présenter par couples au public. J'en ai profité pour glisser de temps en temps quelques jeux bien français, totalement improvisés. Les secrétaires habituels s'étaient mouvés en jurys, attribuant des notes artistiques délirantes mais finalement réalistes compte tenu de la qualité de la prestation (de 1 à 4). Parfois, les notes étaient un peu exagérées ou connotant un esprit mal placé de la part du jury (69). Ce qui n'empêchait pas de rentrer avec un panier garni de quelques spécialités régionales et de découvrir une face festive des Galiciens, qui appartiennent bel et bien à l'Espagne. Surtout lorsque Xabier, professeur de castillan et d'ordinaire si droit, se déguise pour la cause en vieux heavy-métalleux voûté...
Au bout de cette soirée, qui a largement débordé sur le 23 décembre, je décidai de rentrer avec la professeur d'anglais. C'est alors que, pour mon retour en France à l'occasion des fêtes de fin d'année, l'assemblée décide de m'offrir l'hymne galicien, repris en coeur par l'ensemble des invités (à l'exception de la professeur d'anglais, qui est allemande et du responsable matériel, qui est vénézuélien). Ils sont donc une petite trentaine à chanter à la gloire de la patrie bleue et blanche. La séquence, qui dure bien quatre minutes, est très émouvante et il m'appartient évidemment de répliquer par la Marseillaise, en solitaire, sur un ton tout aussi solennel. Depuis le début du SVE, qui symbolise enfin une longue période de ma vie à l'étranger, j'ai la chance de pouvoir représenter la France, avec tout ce qui la caractérise, aux yeux des Ibères, même si la frontière n'existe plus pour moi. Je n'ai jamais été aussi heureux d'être Français qu'en Espagne, en étant à l'opposé de l'esprit patriotique, en privilégiant le plus possible les apports interculturels. La professeur d'anglais est bien gênée au moment d'interpréter quelconque hymne. Une femme allemande, professeur d'anglais, andalouse, parlant couramment le castillan et vivant en Galice, représente le monde.
Jeudi n'est pas un jour. C'est un sprint, une course pour la préparation d'une valise pour un séjour en France. La nuit a été courte et a pourtant largement débordé sur la matinée. Comment tout faire rentrer dans la valise, avec les cadeaux ?
Pour raisons budgétaires, j’ai opté pour le siège inclinable dans le Trenhotel plus que la couchette. Contrôle des bagages, moins strict qu'à Barcelone. Le train part tranquillement de San Cristobal à 18 heures, au crépuscule. Je ne trouve pas le sommeil facilement même si l’ambiance feutrée et la nuit doivent m'y aider. Il n’y a qu’un seul panneau comme animation. Il indique la vitesse (60 km/h en moyenne, avec des pointes à 200 km/h), la prochaine gare et la température extérieure, qui passe rapidement de 10°C à La Corogne à 1°C près des montagnes. Je m'endors finalement vers Burgos pour me réveiller à l'aube vers Tarragone. En Catalogne, le soleil se lève une heure avant la Galice. Le paysage a changé : il est plus sec, beaucoup plus lumineux. Les maisons sont plus petites, et d'un ton uniforme : le blanc. La Méditerranée apparaît bientôt. Le train arrive à la gare souterraine de Sants, une vraie usine. Il fait 8°C à Barcelone au matin, avec un soleil resplendissant.
Je retrouve Barcelone avec le plus grand plaisir, même si je n'ai que quatre heures devant moi, avant de prendre le train pour Figueres-Vilafant. Je découvre un nouveau parc urbain, ultramoderne et remarquablement aménagé et une atmosphère beaucoup plus sèche qu'en Galice. C'est une ville énorme mais où j'ai tous mes repères visuels, contrairement à Madrid. En six visites, je n'ai jamais eu la liberté de la visiter (séjour scolaire, encadrement de jeunes déficients mentaux, formation Bafa, contraintes horaires). Après la Place d'Espagne, je retrouve finalement le Parc de Montjuic, dont j'entreprends l'ascension à pied.
Très vite, la vue se dégage et je redécouvre des silhouettes familières : la Paroisse du Sacré Coeur de Jésus du Tibidabo, qui domine toute la ville à près de six cents mètres d'altitude, la Tour Jean Nouvel, nouvelle, la Sagrada Familia. S'il y avait un pays, ce serait l'Espagne. S'il y avait un lieu en Espagne, ce serait Barcelone. S'il y avait un lieu à Barcelone, ce serait Montjuic. Il y a tout : l'intellectuel, l'art, le sport, la vue, le mystère. Ses jardins sont féériques. Après un conte de fée de deux heures, où j'ai vu se succéder moult avions sur l'aéroport lointain du Prat, je regagne la ville, qui a de multiples coeurs.

Je retrouve un marché, je passe dans un dédale de rues. Comme dans les parties modernes de la Galice, les rues sont perpendiculaires. Mais les petits appartements de briques, aux minuscules terrasses, baignées de soleil, donnent envie de rester plus longtemps en ce 24 décembre. J'ai "L'Auberge Espagnole" de Klapisch en tête et je la revois bien se dérouler là, ce matin, si je croisais des jeunes étudiants. Barcelone, c'est une rencontre au coin d'une rue, une vie différente à chaque quartier, un symbole perdu dans un océan urbain, où même la mer paraît petite. Alors à chaque fois que j'y passe, j'en mange un bout mais le reste m'échappe. Pourtant j'ai toujours faim. Ferrol n'a peut-être pas d'âme, Santiago en a une, Barcelone en a plusieurs, d'une jeunesse éternelle.
12 h 15. Retour à la gare de Sants, qui a la taille d'une usine. Comme à la gare de Lyon Part-Dieu, il y en a dans tous les sens mais ici, il y a toutes les langues. La nouvelle ligne internationale a été inaugurée le 19 décembre. Le personnel de la Renfe n'est pas encore rôdé et après le désormais contrôle de bagages et de billets (x 2), je trouve enfin mon chemin et me sors d'une queue interminable, composée de nombreux compatriotes de retour comme moi au pays. Le train pour la nouvelle gare de Figueres-Vilafant est étonnamment vide. Je m'assois à côté d'une beauté de Saint-Domingue et près d'une dame de cinquante-six ans, qui a la particularité d'être parfaitement bilingue français - castillan, de vivre dans les deux pays et de posséder un chat de dix kilos ! Je suis par conséquent trop heureux de pouvoir parler castellano une dernière fois en toute sécurité linguistique. Je découvre le chantier de l'AVE, qui permettra en 2020 de relier Paris à Barcelone en 5 heures. Nous survolons le très beau coeur de Girone mais le train, pourtant neuf, prend vingt minutes de retard ! La SNCF nous accueille à la nouvelle gare, où nous avons juste le temps de monter dans le TGV. Terminé la corniche via Portbou, si belle et si lente, place au modernisme fulgurant. Jamais je n'ai franchi les Albères aussi vite (vingt-cinq minutes).
A Perpignan, je découvre un autre visage. Deux policiers tentent de réveiller une personne SDF endormie dans l'indifférence dans l'enceinte même de la gare, que Dali avait autrefois qualifié de "centre du monde". Un panneau traduit l'image de la nouvelle gare colorée : "le centre du nouveau monde". Dans ce nouveau monde, les personnes SDF auront-elles enfin droit de cité ?

Une jeune fille jure et est en sanglots, face au vent du Nord. La première image de la France est glaciale, dans tous les sens du terme. Une personne âgée m'affirme avoir attendu trois heures avant de pouvoir joindre un correspondant... Je lui prête quelques minutes, sans toutefois trouver preneur au bout du fil. Il y a de plus grève et certains trains régionaux sont annulés. Dans le train Narbonne - Lyon, les gens ne se parlent pas et même les annonces de la SNCF sont mécaniques. Elles pourraient au moins annoncer "Joyeux Noël" ! La neige saupoudre la capitale des Gaules mais prend véritablement pied à la sortie de la gare de Saint-Étienne Châteaucreux. Un autre décor féérique m'attend alors après 1 688 minutes de trajet.
Le gymnase a été transformé en discothèque mais n'est pas forcément très bien équipé pour les ébats musicaux et les projecteurs. Le karaoké fait ainsi furieusement concurrence aux DJ et je m'immisce tranquillement dans un véritable troupeau agglutiné devant le poste de télévision. Deux jeunes sont au micro, marquant des points à chaque fois que leur voix se rapproche le plus de la star pop espagnole qu'ils reprennent passionnément. Les tubes sont repassés, avec l'incontournable Waka Waka de Shakira version originale.
Le même tube qui rend impossible tout cours d'arts plastiques en école primaire. En effet, les enfants connaissent la chanson par coeur et le déhanchement des cuisses succède inévitablement, irrésistiblement aux tracés fins des coups de crayons. D'habitude, seule la petite Rosalía, qui à tout juste dix ans possède déjà un niveau de dessin professionnel, reste immuablement concentrée sur la tâche. Là, elle se lâche. Laissant la pop espagnole des 40 Principales aux adolescents, je vais découvrir le parchis (jeu des petits chevaux) et le futbolin (baby-foot) locaux. Si la base des jeux est commune, les règles sont bien différentes. Anton, que je surnomme habituellement "l'écorché vif", profite de ma méconnaissance des règles ibériques pour me traiter de tramposo (tricheur), ce à quoi je réponds que l'hôpital se moque de la charité... Le futbolin se joue avec 3 défenseurs, 3 milieux et 4 attaquants, ce qui me perturbe quelque peu, d'autant plus qu'aucun contrôle n'est réellement possible. Le plus cocasse est qu'il met aux prises des merengue aux azulgrana (Real Madrid / Barcelona) comme le nôtre oppose verts et blancs aux blancs, bleus et rouges (A.S. Saint-Étienne / Olympique Lyonnais). Ah rivalité, quand tu nous tiens !
Les adolescents ayant eu toute liberté et autonomie dans l'élaboration de leur fête, où les professeurs n'interviennent que très peu, je vais chercher un peu d'esprit de Noël chez les plus jeunes. Ana, de 6° EPO, dirige le spectacle et se retrouve très à l'aise micro en main face aux parents. Je le suis un petit peu moins quand, de manière totalement improvisée, elle me propose de chanter une comptine française, alias "Meunier tu dors".
Goûtons voir si le vin est bon
Le personnel d'Andaina était convié par lui-même à fêter Noël... mais plus sûrement le départ en vacances au cours d'un repas dansant à Cambre (proche banlieue sud-est de La Corogne). L'apéritif était servi à une heure toute espagnole, près de 22 heures, et allait déboucher sur un repas campagnard, fait de petits pains et de charcuteries, accompagné de vin (de la Rioja, évidemment) et de champagne. Il paraît que le vin de Logroño ne se boit que pendant le repas... Je comprends mieux au goût, bien plus puissant qu'un Beaujolais 2010.
Il n'y avait pas d'autre invité que le personnel du centre éducatif, qui a ainsi pu en profiter pour mener la soirée à sa guise, le tout dans une ambiance parfaitement détendue et bon enfant. Nous étions tous placés, les secrétaires mystérieusement situés au centre de la table. Des numéros de danses (cabaret, macarena) se cachaient derrière des petits papiers que nous avions chacun sur notre table, et que nous devions présenter par couples au public. J'en ai profité pour glisser de temps en temps quelques jeux bien français, totalement improvisés. Les secrétaires habituels s'étaient mouvés en jurys, attribuant des notes artistiques délirantes mais finalement réalistes compte tenu de la qualité de la prestation (de 1 à 4). Parfois, les notes étaient un peu exagérées ou connotant un esprit mal placé de la part du jury (69). Ce qui n'empêchait pas de rentrer avec un panier garni de quelques spécialités régionales et de découvrir une face festive des Galiciens, qui appartiennent bel et bien à l'Espagne. Surtout lorsque Xabier, professeur de castillan et d'ordinaire si droit, se déguise pour la cause en vieux heavy-métalleux voûté...
Au bout de cette soirée, qui a largement débordé sur le 23 décembre, je décidai de rentrer avec la professeur d'anglais. C'est alors que, pour mon retour en France à l'occasion des fêtes de fin d'année, l'assemblée décide de m'offrir l'hymne galicien, repris en coeur par l'ensemble des invités (à l'exception de la professeur d'anglais, qui est allemande et du responsable matériel, qui est vénézuélien). Ils sont donc une petite trentaine à chanter à la gloire de la patrie bleue et blanche. La séquence, qui dure bien quatre minutes, est très émouvante et il m'appartient évidemment de répliquer par la Marseillaise, en solitaire, sur un ton tout aussi solennel. Depuis le début du SVE, qui symbolise enfin une longue période de ma vie à l'étranger, j'ai la chance de pouvoir représenter la France, avec tout ce qui la caractérise, aux yeux des Ibères, même si la frontière n'existe plus pour moi. Je n'ai jamais été aussi heureux d'être Français qu'en Espagne, en étant à l'opposé de l'esprit patriotique, en privilégiant le plus possible les apports interculturels. La professeur d'anglais est bien gênée au moment d'interpréter quelconque hymne. Une femme allemande, professeur d'anglais, andalouse, parlant couramment le castillan et vivant en Galice, représente le monde.
Jeudi n'est pas un jour. C'est un sprint, une course pour la préparation d'une valise pour un séjour en France. La nuit a été courte et a pourtant largement débordé sur la matinée. Comment tout faire rentrer dans la valise, avec les cadeaux ?
Barcelone pour toujours
Pour raisons budgétaires, j’ai opté pour le siège inclinable dans le Trenhotel plus que la couchette. Contrôle des bagages, moins strict qu'à Barcelone. Le train part tranquillement de San Cristobal à 18 heures, au crépuscule. Je ne trouve pas le sommeil facilement même si l’ambiance feutrée et la nuit doivent m'y aider. Il n’y a qu’un seul panneau comme animation. Il indique la vitesse (60 km/h en moyenne, avec des pointes à 200 km/h), la prochaine gare et la température extérieure, qui passe rapidement de 10°C à La Corogne à 1°C près des montagnes. Je m'endors finalement vers Burgos pour me réveiller à l'aube vers Tarragone. En Catalogne, le soleil se lève une heure avant la Galice. Le paysage a changé : il est plus sec, beaucoup plus lumineux. Les maisons sont plus petites, et d'un ton uniforme : le blanc. La Méditerranée apparaît bientôt. Le train arrive à la gare souterraine de Sants, une vraie usine. Il fait 8°C à Barcelone au matin, avec un soleil resplendissant.
Je retrouve Barcelone avec le plus grand plaisir, même si je n'ai que quatre heures devant moi, avant de prendre le train pour Figueres-Vilafant. Je découvre un nouveau parc urbain, ultramoderne et remarquablement aménagé et une atmosphère beaucoup plus sèche qu'en Galice. C'est une ville énorme mais où j'ai tous mes repères visuels, contrairement à Madrid. En six visites, je n'ai jamais eu la liberté de la visiter (séjour scolaire, encadrement de jeunes déficients mentaux, formation Bafa, contraintes horaires). Après la Place d'Espagne, je retrouve finalement le Parc de Montjuic, dont j'entreprends l'ascension à pied.
Très vite, la vue se dégage et je redécouvre des silhouettes familières : la Paroisse du Sacré Coeur de Jésus du Tibidabo, qui domine toute la ville à près de six cents mètres d'altitude, la Tour Jean Nouvel, nouvelle, la Sagrada Familia. S'il y avait un pays, ce serait l'Espagne. S'il y avait un lieu en Espagne, ce serait Barcelone. S'il y avait un lieu à Barcelone, ce serait Montjuic. Il y a tout : l'intellectuel, l'art, le sport, la vue, le mystère. Ses jardins sont féériques. Après un conte de fée de deux heures, où j'ai vu se succéder moult avions sur l'aéroport lointain du Prat, je regagne la ville, qui a de multiples coeurs.
A Barcelone, l'information est toujours au coin de la rue
24 décembre 2010
24 décembre 2010
Je retrouve un marché, je passe dans un dédale de rues. Comme dans les parties modernes de la Galice, les rues sont perpendiculaires. Mais les petits appartements de briques, aux minuscules terrasses, baignées de soleil, donnent envie de rester plus longtemps en ce 24 décembre. J'ai "L'Auberge Espagnole" de Klapisch en tête et je la revois bien se dérouler là, ce matin, si je croisais des jeunes étudiants. Barcelone, c'est une rencontre au coin d'une rue, une vie différente à chaque quartier, un symbole perdu dans un océan urbain, où même la mer paraît petite. Alors à chaque fois que j'y passe, j'en mange un bout mais le reste m'échappe. Pourtant j'ai toujours faim. Ferrol n'a peut-être pas d'âme, Santiago en a une, Barcelone en a plusieurs, d'une jeunesse éternelle.
12 h 15. Retour à la gare de Sants, qui a la taille d'une usine. Comme à la gare de Lyon Part-Dieu, il y en a dans tous les sens mais ici, il y a toutes les langues. La nouvelle ligne internationale a été inaugurée le 19 décembre. Le personnel de la Renfe n'est pas encore rôdé et après le désormais contrôle de bagages et de billets (x 2), je trouve enfin mon chemin et me sors d'une queue interminable, composée de nombreux compatriotes de retour comme moi au pays. Le train pour la nouvelle gare de Figueres-Vilafant est étonnamment vide. Je m'assois à côté d'une beauté de Saint-Domingue et près d'une dame de cinquante-six ans, qui a la particularité d'être parfaitement bilingue français - castillan, de vivre dans les deux pays et de posséder un chat de dix kilos ! Je suis par conséquent trop heureux de pouvoir parler castellano une dernière fois en toute sécurité linguistique. Je découvre le chantier de l'AVE, qui permettra en 2020 de relier Paris à Barcelone en 5 heures. Nous survolons le très beau coeur de Girone mais le train, pourtant neuf, prend vingt minutes de retard ! La SNCF nous accueille à la nouvelle gare, où nous avons juste le temps de monter dans le TGV. Terminé la corniche via Portbou, si belle et si lente, place au modernisme fulgurant. Jamais je n'ai franchi les Albères aussi vite (vingt-cinq minutes).
Il y aura de la neige à Noël
A Perpignan, je découvre un autre visage. Deux policiers tentent de réveiller une personne SDF endormie dans l'indifférence dans l'enceinte même de la gare, que Dali avait autrefois qualifié de "centre du monde". Un panneau traduit l'image de la nouvelle gare colorée : "le centre du nouveau monde". Dans ce nouveau monde, les personnes SDF auront-elles enfin droit de cité ?
Hall de la gare de Perpignan
24 décembre 2010
24 décembre 2010
Une jeune fille jure et est en sanglots, face au vent du Nord. La première image de la France est glaciale, dans tous les sens du terme. Une personne âgée m'affirme avoir attendu trois heures avant de pouvoir joindre un correspondant... Je lui prête quelques minutes, sans toutefois trouver preneur au bout du fil. Il y a de plus grève et certains trains régionaux sont annulés. Dans le train Narbonne - Lyon, les gens ne se parlent pas et même les annonces de la SNCF sont mécaniques. Elles pourraient au moins annoncer "Joyeux Noël" ! La neige saupoudre la capitale des Gaules mais prend véritablement pied à la sortie de la gare de Saint-Étienne Châteaucreux. Un autre décor féérique m'attend alors après 1 688 minutes de trajet.
¡ Felices fiestas para todos !
Par ici la suite ! Revenir (8 janvier 2011)


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