Le Mondial de football masculin vu d'un petit coin du Mexique
Nous sommes le 21 juillet et l'évènement planétaire s'est achevé depuis deux jours. La Coupe du monde de football a eu lieu au Canada, aux États-Unis et au Mexique, avec une cérémonie d'ouverture et un match inaugural au stade Aztèque de Mexico, puis une cérémonie de clôture avant la finale près de New York, aux États-Unis. Je vous propose un retour en arrière sur ce Mondial, avec la manière dont il a été perçu et vécu dans un petit coin du Mexique.
Un évènement d'abord commercial
Autour de Santiago de Querétaro, l'événement est tout d'abord perceptible dans les centres commerciaux, notamment à Plaza Antea, qui voit arriver les collections des tenues officielles à partir de Noël pour certaines, ou plus généralement en cours de printemps, et jusqu'à assez tard dans l'année. Bien sûr, la sélection nationale, "El Tri", a la cote, avec ses tenues à domicile en vert (il reste encore des répliques à la vente à ce jour) et à l'extérieur en blanc, en plus de toute la collection Adidas des maillots d'entraînement, shorts et jusqu'aux chaussures. Mais pour autant, les clients ne se jettent pas sur ces propositions. Il faut dire qu'à 3 000 pesos mexicains le maillot, soit près de 150 euros — ce qui est le cas pour toutes les sélections équipées par Adidas —, les acheteurs ne se bousculent pas. Certes, avec le grand écart que connaît le Mexique en matière de revenus et de classes sociales, les maillots trouvent preneur. Mais ce bout de tissu, qui peut représenter jusqu'à 10 jours de salaire, voit fleurir bon nombre de répliques bien moins chères : il n'y a peut-être que deux bandes au lieu de trois, mais leur prix, lui, est divisé par dix.
Les maillots du Mexique et de l'Allemagne pour la Coupe du Monde de football masculin
Plaza Antea (Santiago de Querétaro) - 29 mars 2026
De l'émotion mais en petit comité
L'ambiance monte crescendo. Je ne suis pas présent à Mexico au moment des festivités, et je ne peux donc témoigner que de ce que je vois à Santiago de Querétaro. Contrairement au Mondial 1986, où le stade de la ville, el Estadio Corregidora, avait accueilli les matchs de poule de la RFA et le huitième de finale entre l'Espagne et le Danemark, aucun match ne se déroule dans l'enceinte cette fois-ci. La ville se situe pourtant à peu près à égale distance entre Guadalajara et Mexico, où se tiennent les rencontres de cette édition 2026.
Petit à petit, le Mondial commence à envahir le petit écran. Il y a de nombreuses publicités pour des produits alimentaires dits de restauration rapide, avec des supporters vêtus de vert, pour consommer des pizzas, des snacks ou des apéritifs en regardant un match en soutenant l'équipe nationale. Une semaine avant l'événement, la Coupe du monde commence à alimenter les conversations, avec des sujets différents entre les hommes et les femmes. Les premiers sont plutôt préoccupés par ce qui va se passer sur le rectangle vert, pendant que les second(e)s attachent davantage d'importance à ce qui se passe en dehors, soit la vie des joueurs les plus connus ou les impacts politiques et sociaux de la compétition, et sur ce qui se passe autour. Mais pour autant, tout le monde ne suit pas que le football : il y a aussi d'autres sports, dont certains diffusés depuis le grand voisin du Nord, qui attirent l'attention des Mexicains.
À une semaine de la compétition, les suiveurs les plus assidus y vont de leur pronostic. Les nations européennes et l'Argentine — aussi pour une affaire de cœur — font partie des favoris. Jesús, le premier Mexicain que j'ai connu ici, deux jours après mon arrivée, veut parier sur la compétition avec moi. Et je me laisse prendre au jeu, pour finalement lui laisser 20 pesos mexicains, soit environ 50 centimes d'euro, suite à la défaite de la France contre l'Angleterre lors du match pour la 3ᵉ place. Jesús a noté tous les groupes et tous les matches à partir des seizièmes de finale, et es bien attentif à l'évolution des résultats.
Une partie du pays s'arrête lors de la cérémonie d'ouverture, où il y a Shakira, déjà très présente lors du Mondial sud-africain en 2010. La présidente de la République, Claudia Sheinbaum, décide que cette journée est fériée, car le Mexique organise l'ouverture du Mondial dans son joyau historique, le Stade Aztèque. Le plus grand stade du pays a été le théâtre de deux finales de Coupe du Monde, celles de 1970 et de 1986, permettant la consécration de Pelé et de Maradona. Les Mexicains, eux, ne se font guère d'illusions sur les chances de leur pays d'aller loin dans le tournoi, mais ils sont tout de même confiants sur la possibilité de passer avec succès le premier tour, et de recevoir ensuite en seizième de finale si l'équipe nationale termine à la première place. Je vois ainsi le match d'ouverture chez des amis mexicains et, étant totalement neutre, je peux prendre la température. Ils portent la tenue extérieure de la sélection et s'enthousiasment logiquement lorsque El Tri ouvre le score, puis marque une seconde fois devant l'Afrique du Sud, avant de regretter qu'ils n'enfoncent pas le clou. Pour les deuxième et troisième rencontres du même groupe, respectivement contre la Corée du Sud et la République tchèque, la tension est tout aussi palpable, bien qu'il n'y ait pas eu d'enjeu pour le dernier match.
Le Mondial, une parenthèse en vert de quelques semaines
Le Mexique est donc le premier qualifié pour les seizièmes de finale face à l'Équateur et, comme il s'agit d'une vitrine ouverte sur le monde, le pays assiste aussi au « spectacle » tout aussi important, sinon plus, des madres buscadoras, qui revendiquent le droit de retrouver le corps de leurs enfants disparus. Un point noir malheureusement bien connu depuis longtemps ici et qui reste toujours en filigrane à la surface, les festivités du Mondial ne constituant qu'une parenthèse dans la vie de la société.
De notre côté, pour la rencontre des seizièmes de finale entre le Mexique et l'Equateur, nous choisissons de nous rendre à... Costco. Ce n'est donc pas pour voir le match, mais pour profiter du fait que les Mexicains vont être scotchés devant l'écran quel qu'il soit pour aller faire les courses dans le plus grand supermarché de la ville. Nous suivons tout de même en ligne les heures qui précèdent l'événement et nous sommes informés que le coup d'envoi est retardé d'une heure car des orages s'abattent sur Mexico City. Cela décale donc le coup d'envoi de 18 h à 19 h et cela va nous être préjudiciable par la suite. Nous partons donc peu avant 19 h, un dimanche soir, mais en premier lieu pour la clinique vétérinaire qui se trouve en direction du centre-ville de Querétaro et il y a tout de même du trafic sur la route.
Le but est de se rendre simplement à la pharmacie de la clinique vétérinaire pour y récupérer quelques médicaments nécessaires. A l'intérieur, la petite salle d'attente est bien remplie et je détone quelque peu dans cette assistance exclusivement féminine. Les hommes sont-ils déjà tous au stade sinon devant leur écran, ou en train de rentrer à la maison ? Toujours est-il que la rencontre entre le Mexique et l'Équateur débute tout juste et la télévision de la clinique vétérinaire retransmet l'événement en direct. Je suis peut-être le seul à être attiré par le rectangle vert mais les patientes détournent la vue d'un oeil lorsque le son des commentaires s'éleve. Le Mexique pousse pour tenter d'ouvrir le score.
Une dizaine de minutes plus tard, nous reprenons la route en direction de Costco, sous un ciel noir tant par la nuit tombée que par les risques qu'il ne s'abatte sur la tête. Nous arrivons sur place et nous rentrons dans un magasin quasiment désert compte tenu de l'affluence habituelle et de la taille de la grande surface. Nous commençons à prendre le temps, suspendu par le match de football qu'Adriana ne veut pas suivre pour éviter une tension démesurée. Nous apprenons donc par Google que la sélection nationale a marqué un premier but puis un deuxième et, alors que nous sommes séparés dans les rayons de quelques dizaines de mètres,nous apprenons aussi que le magasin va fermer ! De mon côté, un employé s'adresse à une cliente près de moi et l'en informe, ce qui ne semble pas la surprendre outre mesure. Je me trouve dans la zone réfrigérée (qui doit être à moins de 10°C en permanence) et je pense que le secteur va être fermé faute de clients. Mais non, Adriana m'informe que cette fermeture va concerner tout le magasin !
Le chariot est à moitié rempli et, contrairement au Carrefour Market où je pouvais me dépêcher pour terminer les courses en quelques minutes à peine lorsque arrivait l'heure de la fermeture, là je me retrouve au milieu d'un géant qui, de plus, a fermé ses rayons frais. Pris par l'horaire du match, nous en avons oublié de vérifier celui de Costco et le dimanche, l'heure de fermeture est à 20 heures, soit une heure plus tôt que le reste de la semaine. Il ne nous reste donc plus qu'à rejoindre la quarantaine d'autres clients qui s'agglutinent aux caisses. Pour nous, c'est comme un arbitre de tennis siffle l'interruption du match car la nuit tombe. Costco n'est pas un terrain de jeu, mais la mariée était trop belle : ce monstre de capitalisme génère autant de stress qu'il attire les foules et, depuis la bulle de El Refugio, il faut compter 30 kilomètres aller-retour pour le rejoindre. Si le passage en caisse ne s'éternise pas, le suspense ne dure plus très longtemps non plus à l'Azteca : le Mexique mène toujours deux buts à zéro face à l'Équateur, qui domine la deuxième période de façon stérile. Pour autant, la partie n'est pas terminée, surtout pour nous : l'orage tropical s'abat sur le centre-ville et il est urgent d'attendre sous le préau d'accueil de Costco avec la majorité des autres clients qui prennent leur mal en patience. Peu s'aventurent jusqu'à leurs voitures, escortés à l'aller par des parapluies bienvenus et délestés du retour de chariot par des employés courageux. Peu également regardent la fin du match sur leur smartphone, mais au moins cela leur permet d'attendre que les éléments aient fini de se déchaîner. Après quelques minutes, la pluie se calme et nous achevons notre parcours habituel, tout comme l'Équateur termine le sien dans l'écrin du stade de la capitale.
Pour les Mexicains, l'essentiel est atteint : ils atteignent les huitièmes de finale et ils vont maintenant se confronter à une sélection majeure : l'Angleterre de Harry Kane et Jude Bellingham. C'est une certitude, cette confrontation marque la fin des rencontres au pays et le Mexique peut estimer quoi qu'il arrive que l'objectif est atteint. D'ailleurs, personne ne se projette sur un éventuel quart de finale contre la Norvège car l'obstacle apparaît difficilement franchissable. De nouveau, le jour du match, la rumeur court. Le match va-t-il cette fois-ci être avancé à 12 h en raison des intempéries annoncées sur Mexico City ? Non, finalement, la partie est maintenue par la FIFA à l'heure prévue, peut-être à cause des difficultés pour le public à venir plus tôt pour assister au match. Cette fois, Adriana se rend seule à Costco, un peu plus tôt et va pouvoir "profiter" du vide relatif lié au match mais malgré cela, elle se tient au courant de l'évolution du score. A la maison, je peux en faire de même car plusieurs voisins sont connectés à leur petit écran et je comprends peu à peu que les Anglais font la différence en première mi-temps en se montrant réalistes. La sélection mexicaine se jette dans la bataille, les deux buts marqués sont accompagnés de cris d'espoir, d'applaudissements nourris et la tension monte en fin de partie où les cris se font plus désespérés.
L'arbitre siffle la fin de la rencontre et, sans briller, l'Angleterre passe et élimine l'un des trois pays organisateurs au stade des huitièmes de finale. Le Mexique referme le chapitre, certes triste d'avoir été éliminé, mais heureux d'avoir suivi son équipe nationale à domicile. Certains regrettent les erreurs commises en défense ayant permis à Bellingham de faire la différence, d'autres se disent que la marche était trop haute. Pour la suite de la compétition, qui réunit des équipes souvent du haut du panier, seule l'Argentine, un cousin hispanophone du sud, les intéresse autant qu'elle les divise : cette équipe autour d'un Messi au crépuscule de sa carrière m'attire pas que des supporters et la suite de la compétition est suivie jusqu'à la finale, comme un divertissement agréable mais sans passion débordante. Pour le dernier match de la compétition, nous choisissons de déjeuner au restaurant Agave, à Lomes del Campanario, dans la périphérie de Santiago de Querétaro, et le repas s'étend sans peine jusqu'aux prolongations et au but décisif de Ferran Torres pour l'Espagne. La fête est finie, la compétition s'arrête, et le Mexique peut revenir à sa réalité quotidienne.



Commentaires
Enregistrer un commentaire