Questions de sécurité (2ème partie)
Suite de l'article...
A Santiago de Querétaro, la situation est complètement différente. Le niveau de sécurité ressenti s'évalue complètement dans l'espace, et en tant que géographe de formation et de profession, je retrouve des repères beaucoup plus classiques. Le centre-ville historique se visite sans souci mais, de l'avis même des locaux, il faut garder les ouverts surtout la nuit, et encore davantage dans les rues sombres ou mal éclairées. La ville cache assez mal ses quartiers populaires, avec ses ́ombreux fils électriques suspendus ou à flanc de colline, souvent privés de fenêtre et de crépi. Le niveau de sécurité est relatif, mais suffisamment important pour attirer une population qui a grandi a l'échelle exponentielle au cours des dernières décennies. El Refugio est sorti de terre en 2010, Zakia est encore en construction, Zibata a encore des appartements à vendre. Pour Adriana, El Refugio est une bulle. Et a l'intérieur de ce genre de bulles, où la population recherche avant tout à vivre en paix, il y a encore un niveau de sécurité supplémentaire avec les fraccionamientos (sorte de lotissements) et leurs casetas (sortes de péages gardés) à l'entrée. La sécurité a un prix, celui de l'entretien et du salaire de tous les travailleurs du quartier, mais c'est ici que vit la classe aisée mexicaine, sans être millionnaire.
Où sont les risques ? Il faut pouvoir lire entre les lignes. Par exemple, l'autoroute entre Santiago de Querétaro et Celaya ne présente pas de risque particulier. Il y a bien quelques boutiques populaires ça et là sur le bas côté, qui ne donnent envie de s'arrêter que quand le ventre crie famine, après avoir traversé un bas-côté informel et poussiéreux. Et comme entre Mexico City et Cuernavaca, le risque de se faire attaquer existe beaucoup plus sur la libre que sur la cuota (l'autoroute à péage). L'odeur du blé repousserait-elle les bandits ? Il y a peut-être une autre explication.
La Plaza de Armas de Cuernavaca, zone touristique considérée comme plutôt sûre
6 février 2026
Cuernavaca et Guanajuato capitale m'ont présenté deux visages totalement différents, deux énergies complètement variables. Je me suis senti davantage en sécurité à Guanajuato, peut-être du fait de me trouver dans une ville davantage touristique, mais aucune des deux ne semble avoir présenté de coupes-gorges inquiétants. L'Etat de Morelos est déconseillé par l'Ambassade de France mais de l'avis des régionaux de l'étape, les risques se situent plus en avant vers l'Etat de Guerrero et le Pacifique, en direction d'Acapulco.
Mexico City, comme toute grande capitale, qui plus est de la taille de celle-ci, présente ses zones chaudes. A mon arrivée, j'ai veillé avec le peu de sommeil que j'avais à rester vigilant, du fait du très nombreux passage, même si Polanco, le quartier de l'Office des Migrations, est a priori plutôt sécurisé. Il y a des "zones d'ombre", clairement visibles depuis l'autobus, sur les bidonvilles gagnant les montagnes environnantes, notamment au nord-ouest. Mais au-delà de l'insécurité dans la capitale, ce qui inquiète plutôt les Mexicains, ce sont les risques de tremblements de terre, jusqu'à ce que certains refusent de déménager et de s'installer dans le "monstre" aux 25 millions d'habitants, malgré les opportunités économiques qu'il peut y avoir.
Après la mort de "El Mencho"
Le 22 février, j'ai appris le décès de Nemesio Rubén Oseguera Cervantes, alias "El Mencho", chef du cartel de Jalisco Nueva Generación, par le biais des réseaux sociaux. En une après-midi, qui plus est un dimanche, le pays semble s'être arrêté au bruit de la nouvelle. Nous avons passé la soirée dans l'incertitude, et je pensais que les Mexicains étaient malheureusement davantage coutumiers de ce genre de situations. Très vite, l'information (et la désinformation) s'est répandue, mais toutes les compagnies de bus nationales se sont mises à l'arrêt, suite aux débordements constatés dans les habituels points chauds du pays. Nous avons reçu des consignes en tant qu'expatriés qui ont mis quelques heures à se clarifier, de la part de l'ambassade de France, puis le lundi, alors que tous les établissements scolaires étaient fermés, l'activité a peu à peu repris son cours. Les magasins ont rouvert leurs portes, et, dès le lendemain, les écoliers retournaient à leur dur labeur... Guadalajara, capitale de l'Etat de Jalisco, semblait (à distance) plus impactée, mais, dans la semaine, les activités économiques sont reparties de l'avant. Au Mexique, tout compte, et la vie prend toujours le dessus sur le crime.
Qu'en conclure ? Il semble clairement y avoir plusieurs niveaux de sécurité. Les Mexicains vivent avec un sentiment de tranquillité relatif, mais il est bien sûr totalement différent en fonction de la situation locale, des moyens économiques et de la réalité de chacun. En tant qu'expatrié, la meilleure stratégie à mon sens reste dans la vigilance, l'attention, l'écoute et la discrétion.



Commentaires
Enregistrer un commentaire