Morelos, le chemin initiatique (2ème partie)
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Cuernavaca, c'est presque un autre pays. Jusque-là, les frontières franchies entre Etats n'avaient consisté qu'en un simple passage routier de banderoles. Cette fois, la donne change. La ville est assez bruyante et les rues sont empreintes d'une couleur grisâtre qui sent les passages multiples de véhicules en tous genres, un mélange d'histoire que retrace le palais d'Hernan Cortés. Dans cette visite libre et gratuite, nous passons tout d'abord dans des galeries d'art variées où chaque region est représentée. Des panneaux explicatifs racontent l'histoire de chaque lieu avec un ou plusieurs objets emblématiques, avant que l'histoire de la colonisation espagnole soit (dé)peinte pour un joli travail artistique et de mémoire. Les épisodes de soumission du peuple sont décrits par la peinture, l'art sait se substituer là à des mots qui seraient bien inutiles.
La cité offre un nouveau changement de perspectives, que je découvre donc au palais. Elle m'était apparue lumineuse et presque illuminée depuis les hauteurs, elle se montre désormais sous d'autres couleurs dans une végétation luxuriante. Pour ce grand week-end, Cuernavaca offre donc plusieurs visages et la cité se laisse visiter, malgré le fait qu'elle soit classée en orange (déconseillée) par les services de l'ambassade de France au Mexique, comme tout l'Etat de Morelos d'ailleurs.
La capitale de cet Etat est inclinée davantage que perchée. Tout ici est pente, et donc à pied, tout ou presque demande un effort puisque malgré son passé colonial, aucune rue n'est vraiment plane. Cuernavaca a un côté fascinant puisque, d'après Azúl, il est possible d'observer le Popo (nom familier du volcan Popocatepetl, ou "montagne qui fume" en nahuatl). Les 5 400 mètres d'altitude du géant ne se distinguent pas, pas plus que le Pacifique, situé à une distance Lyon-Marseille. Pour autant, je devine et ressens assez aisément le côté montagne, imposant au nord, et la lumière sur le vert, au sud. Nous sommes sur une drôle de planche, globalement à l'abri des tremblements de terre, qui ont déjà secoué deux fois le territoire mexicain de manière significative depuis que je suis arrivé.
Dans cette ambiance plus humide que sur le plateau central (ce n'était pas très difficile), nous découvrons cette ville qui se cache sous ses arbres, comme Guanajuato se devine une fois ces tunnels franchis. Cette nouvelle personnalité me plaît, Cuernavaca renvoie de bonnes énergies, que ce soit à la cathédrale, sur la Plaza de Armas ou au Centre Culturel Teopanzolco. Le Centre Culturel, dont l'architecture me rappelle le musée LUM à Lima, nous transporte avec son Gramo intégré loin du Mexique. Il règne une certaine douceur, amplifiée par les degrés supplémentaires, jusqu'à 27 degrés et un soleil toujours dominant. Il est agréable de découvrir le centre-ville et la Plaza de Armas, façon Zócalo, où chacun semble déambuler en prenant son temps.
Une tlayuda végétarienne, composée de fromage, de tomate et de maïs, spécialité de l'Etat d'Oaxaca
Restaurant Las Calaquitas à Tepoztlán - 7 février 2026
Tepoztlán, le village magique
Je poursuis ma découverte gastronomique jusqu'à Tepoztlán, le village magique. Nous nous y rendons le samedi soir en empruntant une partie de l'autoroute qui va à Mexico City. Le péage ne se paie qu'à l'arrivée, et, après un rond-point et quelques rues passées, nous nous retrouvons dans un labyrinthe colonial perpendiculaire aux rues pavées. Les pentes sont fortes et "Tepoz", encore plus pentu que Cuernavaca, semble plus accroché à la montagne. Azúl va fêter son anniversaire au restaurant Las Calaquitas mais cette petite ville d'un peu plus de 14 000 habitants (un pueblo au Mexique, vu la taille des mégapoles) a son centre fermé aux voitures en ce samedi soir, pour protéger en quelque sorte l'activité touristique. Evidemment, le restaurant en question se trouve au centre et c'est donc un défi supplémentaire pour notre chauffeur, Gabriel, le mari d'Azúl, pour trouver une place dans ce dédale labyrintheux. En bon connaisseur du coin, il y parvient, aidé par son véhicule tout terrain, et il ne nous reste donc plus qu'à nous orienter avec Google Maps pour arriver à bon port. Il a d'autant plus de mérite que le village est surtout éclairé par les phares des autres voitures et les échoppes, les lampadaires se faisant visiblement rares. Nous partons en petit groupe, dans une direction donnée où nous pensons qu'il s'agit de la bonne, avant de finalement nous rendre compte qu'il s'agit de la direction opposée ! Tout n'est que magasins ouverts, avec leurs odeurs pour ceux qui vendent de la nourriture, phares de voitures, et touristes. Bizarremement, contrairement à d'autres endroits que j'ai visités par le passé (Québec, Guanajuato), je ressens ici une âme. Il y a des habitants qui vivent là en permanence et tirent peut-être profit du tourisme.
Nous arrivons au restaurant et il y a de la vie. La salle qui nous est affectée semble se trouver tout au bout du restaurant et elle est confinée dans un espace rectangulaire avec une petite entrée. Le bruit résonne assez fort, alors les convives font de la surenchère vocale. Il y a du monde, ce qui rajoute du temps d'attente après les commandes. Finalement, nos plats arrivent. Je découvre certaines personnes assez excentriques, venant de Tijuana, à la frontière avec l'Oncle Sam, et nous faisons un peu plus connaissance avant de terminer la soirée, ou de débuter la nuit (!) au bar El Bicho, toujours à Tepoztlán.
Vue sur les falaises à la sortie d'Amatlán
8 février 2026
Amatlán, le village mythique
Après être redescendu à Cuernavaca autour de 1 heure du matin, nous reprenons la route le lendemain en direction d'Amatlán, en réalité Amatlán de Quetzalcóatl, véritable dieu au Mexique et personnifié sur une fresque murale. Le lieu n'avait rien de secret pour mes compagnons. Pour atteindre ce village il faut traverser Tepoztlán (de nouveau) et aller un peu plus loin. Il s'agit bien d'un village, avec ses maisons éparpillées à flanc de montagne, et son gros millier d'habitants. Nous le découvrons peu à peu, ou le redécouvrons car Adriana est saisie par l'émotion de revenir dans un endroit où elle a vécu et qui lui est familier. Je ne ressens pour ma part pas d'émotion particulière là-bas, simplement celle d'arriver en paix dans un endroit qui me renvoie la même sensation. Avant ce court séjour, j'avais opté pour la randonnée (quelle surprise !) au lieu d'activités aquatiques (tentantes aussi), alors Gabriel et Azúl ont opté pour un chemin qui me rapproche des dieux... et du mirador. Nous traversons le village, un dimanche, peu animé en apparence, en tout cas beaucoup moins que le village magique la veille, à proximité. Quelques chiens errants, petits restaurants de campagne, modestes échoppes ou vendeurs ambulants de glaces donnent un peu de vie à l'endroit. Arrivé à la dernière maison, dont certaines sont bien modestes, nous entrons dans une place terreuse, rectangulaire, délimitée par des murs de pierre. Au-delà, un espace cultivé, et la suite du chemin qui s'enfonce vers le relief.
Gabriel, médecin spécialisé dans les traitements alternatifs notamment à base de plantes, m'enseigne l'authentique plante de café et d'arnica, car sans application, je suis bien incapable de reconnaître ces deux plantes essentielles. Nous poursuivons en avant, sur un sentier qui peu à peu se cabre, sans que ce ne soit une randonnée de montagne pour autant. Nous arrivons à un endroit où deux immenses rochers se rejoignent, et où les arbres épousent parfaitement les créations de la nature. Ceci crée un endroit de pause à l'ombre idéale, alors que la température doit avoisiner là les 25°C (début février !). Une dame d'un certain âge est tirée par un groupe plus jeune (de la même famille ?) et arrive là à son Everest. Gabriel et Azúl, qui savent ce qu'il y a plus haut, ne vont pas plus loin non plus. Nous nous retrouvons alors à deux, comme du temps de Compostelle. Cette fois, je suis mieux équipé qu'à Amealco de Bonfil, et j'ai retrouvé bâtons et chaussures de randonnée technique. Nous continuons notre marche en avant, et la vallée se resserre. L'ambiance finalement assez sèche me donne l'impression d'être quelque part en Provence et en Catalogne. Adriana se remémore des instants simples, puis, au pied d'une montée, le pourcentage est trop fort pour que nous allions plus loin. Je fais face à un défi technique qui me ferait passer de la randonnée à l'escalade, et je sais que mon niveau de compétences et d'équipement ne me garantirait pas une descente assurée.
Nous rebroussons alors chemin et quelques dizaines de minutes plus tard, nous retrouvons nos hôtes du week-end. Je ne sais pas encore comment le reste de la journée va se dérouler, mais mes amis argentin et mexicaines m'ont parlé du temazcal. Je ne sais pas si je vais me laisser tenter par l'expérience. Je fais part de mon hésitation à Gabriel, qui a la sagesse de me laisser du temps pour choisir. Porté par le mouvement (lent), je les accompagne, passe la porte d'une clôture et découvre une population hétéroclite. Amatlán semble s'être concentré en une dizaine d'âmes autour d'un petit dôme élargi qui attire rapidement mon attention. Le couple en dispose d'un (en ciment ?) à domicile, et en voici un de toile, probablement préparé par la communauté pour l'occasion. Le feu est alimenté devant l'ouvrage par un homme tatoué, qui me salue. Je suis rapidement identifié comme novice dans l'expérience et étranger, mais ceci ne pose aucun problème ici. Nous sommes invités à nous préparer un peu plus loin. Il y a des vestiaires "nature" pour se changer et des toilettes sèches pour... (dois-je le préciser ?). Le mode de préparation des membres de cette communauté d'un jour ou de toujours varie : un jeune homme (en tout cas, plus jeune que moi) allume un... alors qu'il flottait déjà une odeur de... Un autre jeune homme (en tout cas, plus jeune que moi aussi), vénézuélien, commente les récentes actualités de son pays (l'arrestation de Nicolas M.) à Gabriel. Puis, quelques minutes plus tard, nous entrons dans me temazcal.
C'est un rite de purification typique de l'Amérique Centrale. Adriana m'avait avisé que j'allais découvrir là le Mexique profond et authentique. Les femmes sont invitées à rentrer d'abord, non sans avoir auparavant déposé un peu de tabac dans le feu comme offrante. Les hommes rentrent ensuite, puis, alors que nous sommes tous installés sous le dôme haut de moins d'un mètre, les premières pierres chaudes rentrent à leur tour au centre. Une fois que le foyer est reconstitué, la porte de toile se ferme (la première des quatre portes, en fait la même porte mais qui est ouverte et refermée - pour respiration - quatre fois) et la maîtresse de cérémonie arrose les pierres brûlantes. Immédiatement, nous rentrons dans une sueur intense. Dans cette nuit noire, artificielle, les incantations sont légion, les râles masculins aussi, et l'énergie se dégage. J'ai bien sûr très vite très chaud, mais je résiste jusqu'à l'ouverture de la porte. Je passerai les trois sessions suivantes, d'une durée d'environ vingt à vingt-cinq minutes, allongé comme je le peux, entre des jambes dégoulinantes, la terre poussiéreuse malgré quelques tapis sommaires assemblées mais dans une fraîcheur relative. A l'ouverture de la quatrième porte, les femmes sont invitées de nouveau à sortir en premier, puis les hommes. Ce "sauna" naturel m'a purifié et de retour à Querétaro, j'ai découvert que toutes les plaques de psoriasis sur le cuir chevelu avaient disparu ! Pour l'heure, nous sommes conviés à déposer un donativo pour la construction de l'ouvrage et l'animation de la cérémonie, et à nous rafraîchir ! Le soleil a décliné sur l'horizon et nous passons un dernier temps ensemble dans un dernier restaurant tout près du bar El Bicho, l'Alquimista Café.
Nous repartons le lendemain vers Querétaro, après une nuit assez courte. Nous prenons un Uber, puis nous montons dans un bus à un seul étage, toujours de la compagnie ETN. Je somnole sur la première partie du trajet, avant de découvrir à travers la fenêtre Mexico City et son ampleur qui semble infinie, tout juste limitée par les montagnes à l'ouest. Après plus d'une heure de traversée, en passant par l'aéroport, nous quittons la ville par le nord et arrivons au coeur de l'après-midi à Santiago de Querétaro. Adria, notre voisine, nous attend pour nous ramener à bon port depuis la gare routière.
Morelos, avec Cuernavaca, Tepoztlán et Amatlán, m'a montré une autre visage du Mexique, plus humide, plus vert, mais tout aussi animé et coloré. Une dégustation de saveurs, que je raconte(rai) davantage dans un article consacré aux bonnes adresses, un plongeon dans l'histoire tourmentée du pays, et une initiation à la découverte des mythes et légendes des terres ancestrales et précolombiennes. Une manière de rentrer peu à peu dans la culture d'un pays si riche et qui, à mes yeux, trois mois après mon arrivée, conserve encore tous ses mystères...




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