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Sur la route de Compostelle - Gironde / Landes à pied et à vélo (2022) - 5ème étape : Mont-de-Marsan - Saint-Sever (23 km)

Nous avions ainsi choisi de rallier Captieux en aller-retour à vélo depuis Mont-de-Marsan. Pourquoi ce choix ? Nous avons essayé d’observer toutes les possibilités pour un aller simple depuis Captieux, mais il fallait de toute façon rapporter les vélos au point de départ. Bordeaux apparaissait trop loin et nous ne savions pas à ce moment-là que Joseph Baul aurait pu livrer les vélos à Captieux. Nous l’avons découvert sur site, en conversant avec lui.

A Mont-de-Marsan, nous étions maintenant délestés de notre attelage. Il ne nous restait qu’une seule étape à effectuer, à pied, pour atteindre Saint-Sever, où nous avions entamé l’année dernière la troisième et dernière partie de notre parcours. Si Karima a récupéré physiquement des efforts, la journée de repos (un samedi) a consisté pour moi à rechercher une laverie où je pourrais laver et sécher le linge, comme à Villenave-d’Ornon. Je n’étais pas parti pour traverser toute la ville, mais à force de constater que toutes les laveries sur mon chemin étaient bien remplies, j’ai fini par atterrir à Intermarché, en plein air, où j’ai pris le temps de converser avec Josseline. C’est tout simplement une habitante locale qui m’a permis de me reconnecter durant une heure et demie (!) avec la vie quotidienne. Sur le chemin, j’avais rencontré de nouveau et par hasard la personne bénévole qui nous avait accueillis trois jours plus tôt, et qui s’est étonnée de me trouver là. Elle m’a dit à juste titre, en cette milieu d’après-midi, qu’il était trop tard pour rejoindre Saint-Sever, et en même temps que le gîte jacquaire était bien rempli. Je l’ai rassurée en lui disant que nous n’avions pas à nous préoccuper de l’hébergement.

J’ai pris le temps pendant cette mini-étape, sur la voie de Vézelay, de prendre mes repères pour le lendemain et de faire tourner les jambes, pour ne pas perdre de rythme. Car une dernière étape de 23 kilomètres nous attendait le lendemain.

Après avoir rendu les clés de la chambre d’hôtel, un Fast Hôtel qui ne laissera pas de trace indélébile dans nos mémoires, nous nous sommes mis une dernière fois en route. Une nouvelle fois, nous avons choisi sur la longue ligne droite de départ de ne pas nous arrêter pour emporter de ravitaillement. Nous l’avons choisi en toute connaissance de cause : nous ne nous attendons pas à trouver à manger sur la route, au seul village intermédiaire, Benquet. Nous franchissons peu après le pont sur le Midouze, sous un temps frais et brumeux. Le soleil peine à sortir. Après le fond de vallée, il nous faut maintenant remonter. Nous passons un dernier rond-point, puis la voie ferrée, et Intermarché. Jusque-là, le parcours est donc pour moi identique à la veille. Nous poursuivons sans histoire jusqu’à Mont Alma dans une assez longue zone d’activités. C’est un environnement du quotidien, comme à Bordeaux, que nous laissons là pour retrouver enfin une campagne paisible. Le chemin reprend ses droits et j’apprécie ces derniers instants.

Karima à la poursuite d'un cycliste dans la forêt de Caillibet

Karima à la poursuite d'un cycliste dans la forêt de Caillibet
2 octobre 2022

Pas de banquet à Benquet


Nous retrouvons la forêt et le silence, pendant plusieurs dizaines de minutes. Nous sommes dans un paysage changeant, entre les bois des Landes typiques et un décor sableux qui annonce déjà la Chalosse. Nous passons un certain nombre de hameaux et arrivons à Benquet. Le village, paisible et désert, ne propose effectivement quasiment aucun commerce. En tout cas, aucun n’est ouvert au moment où nous passons, en tout début d’après-midi. Jusque-là, l’étape s’est déroulée tranquillement. Nous marquons une pause à peu près à mi-parcours devant l’église et j’ai du mal à accepter qu’il faut égrener petit à petit les kilomètres. Il faut déjà mettre fin, six jours après, à cette édition. Pour nous mettre un peu de baume au cœur, nous retrouvons là une vraie étape de Compostelle : nous faisons face à une première statue de Jésus, et nous savons que ce n’est pas la dernière dans cette direction ; puis les panneaux et les coquilles sont aussi de retour pour nous rappeler que nous sommes sur la voie de Vézelay.

Compostelle, c’est aussi l’effort. Après une première pente dans la zone d’activités, nous avons droit à un long passage à pied jusqu’à rentrer dans Bas-Mauco. Le chemin passe d’une petite route à un sentier, et les kilomètres commencent à se faire sentir. Mais, comme un clin d’œil, les Pyrénées au loin se déroulent sous nos yeux dès le premier point de vue. 23 kilomètres, cela se mérite et cette étape est bien digne du chemin. Le ciel brumeux a laissé la place à de belles éclaircies. Les montagnes disparaissent peu à peu devant le relief de Saint-Sever et nous devinons sur la crête l’église qui domine la vallée de l’Adour. Nous arrivons petit à petit à Miegeborde, où nous nous rapprochons de la route principale qui mène à Saint-Sever depuis Mont-de-Marsan.

Nous nous arrêtons devant l’église de Sainte-Eulalie et cet arrêt n’est pas sans rappeler celui de Salha, en octobre dernier, à 3 kilomètres avant notre arrivée finale à Saint-Palais. Oh, il y a moins d’émotion, moins d’ampoules aussi mais ce petit arrêt sanitaire, où tout nous est encore offert comme au Pays Basque est à ce moment-là le bienvenu. Il nous reste à reprendre quelques forces car nous savons qu’une dernière bosse finale nous attend avant de franchir la ligne d’arrivée virtuelle. Après Sainte-Eulalie, nous longeons pendant un bon moment le fleuve Adour, dans un espace dédié à la détente et aux activités sportives. En ce beau dimanche du début d’automne, jeunes et moins jeunes profitent du lieu pour se balader, avec ou sans chien, et faire un footing. Le temps est idéal pour être dehors, et de l’autre côté de la rive, nous entendons la clameur de la foule dans un stade, dont nous mettons un temps à distinguer les poteaux sur le terrain. Ils ont la hauteur suffisante pour nous faire comprendre que le ballon est ovale.

Un match de rugby sur l'autre rive de l'Adour

Un match de rugby sur l'autre rive de l'Adour
2 octobre 2022

Nous franchissons le pont sur l’Adour et, comme le matin à Mont-de-Marsan, la route s’élève immédiatement. Tout d’abord, il s’agit d’un faux plat montant, et au pied de la butte, nous avons le choix pour atteindre le centre-ville. Nous tergiversons un moment et choisissons finalement d’entamer l’ascension à travers la butte, par le chemin de Compostelle, par la partie la plus pentue. Cette pente est idéale pour moi mais à neuf cents mètres de l’arrivée, les jambes répondent moins bien. La vue des maisons situées au sommet permet de nous tirer psychologiquement vers le haut. Après 230 kilomètres, dont cent quatre-vingts à vélo, nous arrivons au terme de cette édition.

Il nous reste à boucler la boucle. Nous essayons tout d’abord de nous arrêter pour nous restaurer mais nous ne croisons que des passants qui semblent eux aussi rechercher un endroit pour boire un verre, en attendant qu’il soit l’heure de dîner. Aucun bar ou café n’est ouvert. Nous en profitons alors pour rechercher notre lieu d’hébergement, que nous ne trouvons pas au premier abord. La gérante m’appelle et me donne les indications pour le trouver, mais sans succès. Elle vient alors à notre rencontre et nous accompagne jusqu’à la chambre d’hôtes La Roseraie. Après une très brève découverte des lieux (la maison date de 1780 !) avec notre hôte du soir, nous découvrons notre lieu d’hébergement complètement atypique. Nous nous ferons d’ailleurs surprendre, à tour de rôle, par le grand miroir dans un ambiance qui oscille entre le temps des rois et L’Exorciste…

A l’extérieur, nous optons pour le seul « restaurant » semble-t-il ouvert à ce moment-là : L’Oasis. Cet établissement n’a pour autant pas grand-chose de rafraichissant et le repas que nous y prenons n’a pour seul objectif que de satisfaire notre faim. Notre hôte nous a appris entre temps qu’une fête avait lieu en bas mais nous n’avons pas la force de redescendre. Le lendemain, nous avons le plaisir de partager une dernière fois un petit-déjeuner avec d’autres pèlerins (ouf, nous ne sommes pas seuls dans cet endroit !) et nous repartons ensuite, en bus, vers d’autres aventures…

Pour nous, cette édition Compostelle 2022 s’arrête là, à Saint-Sever, après avoir débuté dans les vignes girondines de Gauriac. Plus courte que la précédente, surtout en jours, elle nous aura permis d’aborder le chemin de Compostelle sous un autre angle ; car l’essentiel du trajet aura été effectué en vélo. Avec beaucoup d’inconnues sur notre niveau physique au départ, nous nous sommes retrouvés dans un parcours mieux préparé, donc plus rassurant, même si l’aspect aventureux de 2021 s’était quelque peu dilué. Alors, les blessures au pied ont laissé la place aux douleurs musculaires et aux courbatures, mais nous avons déjà hâte de poursuivre notre chemin et d’affronter, quelques jours plus tard, l’étape transfrontalière entre Saint-Jean-Pied-de-Port et Roncevaux…


Profil de l'étape : Avec l'entrée en Chalosse, la voie de Vézelay délaisse derrière elle les grandes forêts landaises et s'attaque aux premières bosses. L'altitude n'a toutefois rien de bien significatif, avec 104 mètres à l'arrivée, et l'étape est plutôt plane, à l'exception de la sortie de Mont-de-Marsan et, bien sûr, de la montée finale sur la petite ville de Saint-Sever. C'est plutôt dans les changements de paysages que le parcours sera apprécié, entre deux villes à taille (très) humaine, la vallée du fleuve Adour qu'il faut traverser, et quelques au-revoirs aux pins des Landes avant de retrouver une campagne qui annonce déjà le Béarn.


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