Los Alcázares / Murcie : le séjour d'après
(Ecrit à Marrakech, Maroc).
Treize. Je ne savais pas quand j'allais retourner en Espagne. J'avais quitté le pays il y a presque trois ans, au cours d'un long voyage en train depuis La Corogne. Là, le contexte était totalement différent. Avec ma fiancée, Karima, nous devions accompagner pendant quinze jours deux classes de la Maison Familiale et Rurale de Saint-Laurent-de-Chamousset en Baccalauréat Professionnel Services aux Personnes et aux Territoires (SAPAT). Nous partions sans les élèves qui étaient déjà présents sur place depuis une semaine. Il s'agit d'un projet Leonardo (qui s'appellera bientôt Erasmus Plus) que l'Union Européenne finance en bonne partie. Grégory, notre collègue formateur qui en était à l'initiative, avait sollicité cent euros aux familles. Les jeunes étaient ainsi placés en stage, grâce aux bonnes adresses de notre centre d'hébergement, Animación y Aventura, Calle San Rafael à Los Alcázares.
Le voyage aller a ressemblé à un petit périple comme je les aime. Evidemment, retrouver l'Espagne, une treizième fois, une superstition en moins, me permettait de prendre en main les opérations courantes, et surtout la confiance. En Algérie, Karima se faisait un plaisir de parler arabe, et elle avait été déçue. Car le français était présent presque partout. Et là, la situation était quasiment idéale pour moi.
Je ne voyagerai pas à l'avenir, si j'ai le choix, avec la compagnie aérienne Vueling. Il s'agit du Low Cost d'Iberia. Les avions sont certes propres et bien présentés, mais l'accueil réservé par les hôtesses est plutôt froid (équipage raide, pressé, assez peu serviable) et les phases de décollage et d'atterrissage sont tout aussi brutes. Sur des vols régionaux, le train reste concurrentiel compte tenu du temps d'attente à l'aéroport, surtout avant l'embarquement. L'aéroport du Prat a le gigantisme de Barajas (Madrid), surtout vu la longueur des terminaux, mais il a tout de même moins l'apparence d'une usine à gaz. Pour patienter, nous avons eu le choix du Tour de Catalogne cycliste et du spectacle des hommes de ménage, passant avec leurs petites mains dans les deux kilomètres du terminal. Après deux vols Lyon / Barcelone et Barcelone / Alicante courts et un peu mouvementés, nous avons été pris en charge par Salvador, un "taxieur", dans sa Mercedes, à 160 km / h de pointe. Nous avons ensuite été accueillis par Ignacio, le directeur du centre, dans une résidence familiale, avec Mercedes, Isabel et Encarni.
Une transition heureuse vers des étapes plus lointaines
Le cadre ne m'a pas surpris. La structure d'accueil était agréable et suffisamment confortable pour tous. L'accueil était en tous points aux petits soins mais loin des goûts de luxe. Et heureusement. Seules quelques odeurs d'herbe pouvaient remonter le soir, du fait de l'ennui profond de jeunes autochtones. Nos jeunes ont pu découvrir un visage de l'Espagne, classique, correspondant bien à l'image d'une Méditerranée touristique, de moyenne gamme, faite de tiques et de toc. C'est que cette région del Mar Menor (petite mer intérieure) concentre des banlieues sans identité, entre Murcie et Carthagène.
A Los Alcázares, nous sommes arrivés pendant la pré-saison. Les activités proposées étaient faibles et se concentraient essentiellement autour de l'eau. Comme notre budget était réduit, nous avons opté pour la moins chère d'entre elles, le piragüismo (canoë-kayak), à Santiago de la Ribera, avec près de la moitié de nos élèves. Le moniteur, Javi, jeune beau gosse, a vite été adopté par les jeunes filles malgré quelques difficultés pour faire comprendre son accent andalou.
Pour le reste, il y avait beaucoup pour nous faire mesurer le désoeuvrement économique du sud de l'Espagne. Et aussi les relatives largesses administratives. Comme l'hôpital de Los Arcos, ultra moderne, mais aux consignes parfois surprenantes (pourquoi injecter du chlorure de sodium et le laisser s'épuiser alors que l'on soupçonne une fracture de la clavicule chez une de nos jeunes... dont il n'y aura heureusement rien à signaler). Comme les urgences de San Javier, ultra basiques : l'Ibuprofène et les bandages sont-ils des remèdes systématiques à tout bobo ? Comme les magasins chinois, les hôtels à vendre ou démesurément exigeants avec leurs employés. Comme cette boutique tenue par une ukrainienne venue s'installer là il y a quatre ans. Comme ce bar / restaurant San Antonio, ouvert à toute heure, mais avec des serveurs emprunts de cordialité et soigneusement vêtus. Et que dire de cet immobilier à La Manga, parfois non terminé mais au potentiel d'accueil tellement évident en été. Il ne restera plus alors qu'à évoquer ces travailleurs marocains émigrés dans les champs d'artichaut, parfois sans contrat, et à bon prix. Car, nous le verrons plus tard, ce voyage constituait en quelque sorte une étape de transition avec Marrakech.
Que retiendrons-nous de nos élèves ? Et que retiendront-ils de ce séjour, particulièrement long pour eux (trois semaines de stage) et à leur âge (16-17 ans environ) ? Tout d'abord qu'ils sont dans la consommation directe, et non dans la réflexion à terme.. Que d'argent utilisé dans des attrape-touristes pourtant peu apparents à telle époque. Ensuite, ils dorment, mangent et vivent d'Internet et des réseaux sociaux, comme un cordon ombilical. Enfin, qu'il s'agissait d'une différence culturelle avec le centre-est de la France, certes mineure mais réelle. Sans parler du baptême de l'air pour certains d'entre eux. Et pour moi, deux semaines de retour dans un passé si agréable et déjà relativement lointain. Il n'est pas simple de revenir pour deux semaines dans un pays où j'ai déjà habité, même si c'est aux antipodes de la Galice, même si c'est un peu le désert.
Karima et Antoine, canoë-kayak sur la Mar Menor
Santiago de la Ribera
A Los Alcázares, nous sommes arrivés pendant la pré-saison. Les activités proposées étaient faibles et se concentraient essentiellement autour de l'eau. Comme notre budget était réduit, nous avons opté pour la moins chère d'entre elles, le piragüismo (canoë-kayak), à Santiago de la Ribera, avec près de la moitié de nos élèves. Le moniteur, Javi, jeune beau gosse, a vite été adopté par les jeunes filles malgré quelques difficultés pour faire comprendre son accent andalou.
Des marques de l'Espagne d'aujourd'hui, tout de même bien en Europe...
Pour le reste, il y avait beaucoup pour nous faire mesurer le désoeuvrement économique du sud de l'Espagne. Et aussi les relatives largesses administratives. Comme l'hôpital de Los Arcos, ultra moderne, mais aux consignes parfois surprenantes (pourquoi injecter du chlorure de sodium et le laisser s'épuiser alors que l'on soupçonne une fracture de la clavicule chez une de nos jeunes... dont il n'y aura heureusement rien à signaler). Comme les urgences de San Javier, ultra basiques : l'Ibuprofène et les bandages sont-ils des remèdes systématiques à tout bobo ? Comme les magasins chinois, les hôtels à vendre ou démesurément exigeants avec leurs employés. Comme cette boutique tenue par une ukrainienne venue s'installer là il y a quatre ans. Comme ce bar / restaurant San Antonio, ouvert à toute heure, mais avec des serveurs emprunts de cordialité et soigneusement vêtus. Et que dire de cet immobilier à La Manga, parfois non terminé mais au potentiel d'accueil tellement évident en été. Il ne restera plus alors qu'à évoquer ces travailleurs marocains émigrés dans les champs d'artichaut, parfois sans contrat, et à bon prix. Car, nous le verrons plus tard, ce voyage constituait en quelque sorte une étape de transition avec Marrakech.
Pont de pierre et de métal
Murcie
Que retiendrons-nous de nos élèves ? Et que retiendront-ils de ce séjour, particulièrement long pour eux (trois semaines de stage) et à leur âge (16-17 ans environ) ? Tout d'abord qu'ils sont dans la consommation directe, et non dans la réflexion à terme.. Que d'argent utilisé dans des attrape-touristes pourtant peu apparents à telle époque. Ensuite, ils dorment, mangent et vivent d'Internet et des réseaux sociaux, comme un cordon ombilical. Enfin, qu'il s'agissait d'une différence culturelle avec le centre-est de la France, certes mineure mais réelle. Sans parler du baptême de l'air pour certains d'entre eux. Et pour moi, deux semaines de retour dans un passé si agréable et déjà relativement lointain. Il n'est pas simple de revenir pour deux semaines dans un pays où j'ai déjà habité, même si c'est aux antipodes de la Galice, même si c'est un peu le désert.


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