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La Corogne : premières impressions

(Ecrit à Oleiros, le 19 septembre 2010).

Je ne savais pas quand j'allais poster ce message sur le blog. Depuis hier, et des tonnes de kilomètres dans cette ville de La Corogne, je sais que je peux livrer mes premières impressions. Car depuis mardi et ce défilé de gares, en passant par la Provence, le Roussillon, la Catalogne et la nuit, tout était allé très vite.

Place de la Gare et le Néron, à Grenoble, siège de l'antenne de l'ADICE (Association d'envoi)
Place de la Gare et le Néron, à Grenoble, siège de l'antenne de l'ADICE (Association d'envoi)
22 juin 2010

Je rappelle pourquoi je suis ici. Cela fait environ deux ans et demi que je cherche à passer un long moment en Espagne. Les raisons sont multiples mais il y a une visée professionnelle. Aujourd'hui, je n'ai pas le niveau de langues suffisant pour l'atteindre et l'objectif est de l'obtenir. Je savais que j'allais faire un break après ma thèse et onze ans d'études, qu'il fallait que je découvre autre chose. En janvier, j'ai rencontré Audrey Perron, de l'association ADICE, à Lyon pour le forum de l'Economie Sociale et Solidaire. J'ai hésité à m'inscrire à l'AFIJ à Saint-Etienne, qui m'a donné la date de ce forum, et j'ai hésité à y aller. Et puis finalement j'ai franchi le pas. Comme quoi cela ne tient pas à grand chose. Et au sortir de ce forum, après un mois et demi d'inactivité, j'avais un vrai objectif pour la rentrée de septembre. La nouvelle est tombée courant mars. Je pensais pouvoir travailler en Espagne dans l'environnement ou dans l'animation, qui était mon deuxième choix, mais qui promettait plus d'ouverture. Et en mars, l'aventure était donc lancée. Je me rappelle encore la joie que j'ai eue en accueillant la nouvelle, alors que j'étais en train de préparer un module environnement pour une classe de neige à Valloire (Isère).

Pour faire très court, le Service Volontaire Européen est donc une mission à l'étranger, dans un pays de l'UE très majoritairement, pendant une période de 2 à 12 mois, pour des jeunes de 18 à 30 ans (ouf, il était temps). Le volontaire est en lien avec un tuteur à l'accueil (de l'organisation hôte), un tuteur à l'envoi (de l'association d'envoi), une association coordinatrice (dans le pays hôte), le tout sous le couvert des Agences Nationales et de l'UE. Ce n'est pas rémunéré mais tout est pris en charge (nourriture, transport, hébergement) et il y a un peu d'argent de poche versé par mois pour les loisirs et les besoins personnels.

Je revois encore l'horloge de la gare de Saint-Etienne Bellevue, qui indique 6 h 34. Je me suis alors lancé pour un voyage de 28 heures et 21 minutes, avec des correspondances idéales. Oui, ça paraît une folie. Mes valises étaient lourdes, surtout celle à roulettes. En avion, cela aurait été trop lourd. Forcément, j'ai assez peu dormi la veille, courant dans tous les sens pour régler les dernières formalités, et pour préparer une valise pour 9 mois. A vrai dire, je ne sais plus si c'est un séjour ou un déménagement. Et 9 mois, je ne m'en rends toujours pas compte. Je ne sais ce que ça veut dire. La dernière année, j'ai passé du temps partout, voyagé dans toutes les circonstances et avec presque tous les moyens de transport. Je suis arrivé.

Le voyage est vite passé finalement. Je connais bien le trajet et je l'apprécie énormément. Dans cette ligne du bout du monde, entre Perpignan et Port Bou, j'ai retrouvé ce public si exotique : des touristes qui vont passer une semaine avec le matelas sur les épaules, façon routard. Des Marocains qui rentrent au pays par un train qui n'en finit pas. A Port Bou, je n'ai pas eu le temps de visiter. Les valises étaient de toute façon trop lourdes. Il devait y avoir dix personnes dans la gare, c'était très silencieux et désespérement vide. Même les écrans qui affichent les horaires des trains étaient muets. Ce petit village de bord de mer, frontalier, a plein de charmes mais j'ai déjà vu tout ça. A Barcelone, je suis arrivé dans une gare gigantesque et souterraine. On y retrouve tous les excès : policiers à foison, âmes perdues qui mendient, société qui court dans tous les sens. La sortie était barrée par les guichets. Un garde me laissa gentiment passer et je m'étais cru un jour de menace terroriste. Je m'assis tranquillement à côté d'un jeune Asiatique qui mangeait un hot-dog près du McDonalds. Il avait peur de tous les regards. Je suis revenu dans cette grande ville. Pour prendre le "train-hôtel", je me serais cru à l'aéroport. Double contrôle, ouverture de barrières, passage des valises dans le détecteur de métaux. Après, deux hôtes m'ont dirigé vers le vaisseau de la Renfe, semblable à un vaisseau spatial.

La cabine était aussi minuscule que bien pensée. Je pensais que la Renfe avait un train de retard sur la SNCF. Non, le parc de trains n'a pas le même âge. Il y a même un guide virtuel pour comprendre le fonctionnement de la cabine. Tout est à disposition : film, cafétéria, douche individuelle. J'étais comme dans une bulle. Je me réveillai à Saragosse, en pleine nuit. Je n'avais qu'une vision de la gare souterraine, Delicias, au dessin complètement futuriste. Il y avait des lumières qui clignotaient, une navette qui passait et repassait. Tout était très clean et désespérément inhumain, presque mécanique. Quand je me suis réveillé, j'étais déjà en Galice. Il faisait gris, j'avais une impression de mélange de tous les paysages que je connaissais : Angleterre, Estonie et la campagne forézienne. C'était tristement quotidien et aussi presque rassurant. Le train passa à Lugo et l'hôtesse m'annonça qu'il restait une heure de voyage. La Corogne était tout près. Vint alors la fin du voyage commencé la veille. Le paysage changea subitement et laissa place à la banlieue, à la ría et à la ville proprement dite. Je vis le reflet de mon visage dans la vitre et je savais que j'allais sortir de ma bulle. Une impression d'immensité dominait. Il va falloir faire sa place dans cette ville.

La sortie de la gare était embouteillée comme à Paris Gare de Lyon. Cristina et Celia, de la Fondation Paideia, m'accueillirent et me dirigèrent directement vers l'appartement. L'accueil était chaleureux et très respectueux. L'appartement m'a très vite plu, par sa clarté, ses couleurs, son silence, sa taille, son confort. Je m'y retrouvai seul au bout d'une heure. Tout a été bien organisé. Le silence s'installa enfin.

Le lendemain, je découvris mon lieu de travail, le Collège Andaina. Je ne sais pas exactement quelle va être ma mission, j'en connais un bout aujourd'hui. J'ai rencontré ma tutrice et la professeure de français, Belén, avec qui je vais partager l'essentiel du temps. Tout est très carré, vaste, lumineux dans cet établissement qui accueille des jeunes en difficulté. Mais tout est très respectueux. Je ressentis la pression du début d'année scolaire qui transpire derrière le visage de nombre de professeurs. Vendredi, c'était la présentation des cours de français aux élèves. Je dois m'exprimer exclusivement en français. Très vite, j'ai été surpris tant par leur dynamisme que par leur indiscipline. C'est quasiment la même chose dans la rue : les 13-15 ans font beaucoup de bruit, cherchent à séduire. Les plus âgés sont plus discrets, plus accueillants aussi. Lorsque je leur parle en français, ils décrochent aussi vite que moi lorsque j'entends du galicien. Les filles sont plus matures et parviennent à s'accrocher.

Je ne sais pas ce que je vais faire avec le galicien. Pour moi, ce n'est pas une langue totalement nouvelle. Il y a beaucoup de mots castillans (espagnols) qui la composent et d'autres mots qui forment aujourd'hui le portugais. Ce n'est pas comme si je partais de zéro, comme avec le catalan, qui est assez différent du castillan. Il va falloir bien étudier la structure. Il existe des dictionnaires espagnol-galicien. Cela devrait pouvoir m'aider. Quant au castillan, mon niveau est suffisant pour pouvoir m'exprimer et me faire comprendre. J'ai un peu régressé depuis mon séjour à Séville (2006) mais je vais le renforcer petit à petit. L'objectif est d'avoir un excellent niveau à la fin du SVE. Il y a tant d'objectifs, de choses à faire, à voir. Je ne m'ennuie jamais de toute façon.

Rafael Nadal, l'image d'une Espagne triomphante, masque difficilement une réalité socio-économique qui transparaît sur les modestes immeubles du passé.
Rafael Nadal, l'image d'une Espagne triomphante,
masque difficilement une réalité socio-économique
qui transparaît sur les modestes immeubles du passé.
18 septembre 2010

Hier, je me suis lancé dans une grande chevauchée à travers La Corogne. Profitant du temps très clément et qui perdure miraculeusement, je mesure les distances à pied. Très vite en arrivant, j'ai été surpris par la dictature de l'automobile à l'heure du développement durable, par la vitesse des motos, par l'ampleur des trajets en autobus. Les déplacements en train apparaissent vraiment secondaires. Il n'y a d'ailleurs qu'une seule voie ferrée pour une ville de 250 000 habitants. Je finis par trouver un moyen de rejoindre le coeur de la ville. Il y a de multiples passerelles pour traverser les routes à trois voies. Beaucoup de personnes reviennent aussi de leurs courses avec les sacs dans les deux mains, à pied, sur l'équivalent de la bande d'arrêt d'urgence. Tout cela m'a l'air assez dangereux. Je parcours la ville pendant huit heures, sans vraiment m'arrêter. Il y a de très beaux coins, principalement ceux qui sont en bord de mer. Les plages sont très faciles d'accès et assez nombreuses. Elles entourent la péninsule et l'isthme sur lesquels La Corogne s'est installée. Dans les très rares rues piétonnes, il y a énormément de monde le samedi. On se marche presque sur les pieds. Les boutiques sont nombreuses à être ouvertes, elles vendent de tout. Il y a tout ce que l'on veut ici. Il y a de très beaux parcs urbains, petits mais assez nombreux et surtout très variés, où les familles nombreuses peuvent se divertir. La population est bien mélangée, il n'y a pas une catégorie sociale qui domine ni une tranche d'âge particulière. Je ressens beaucoup de tranquillité. Le climat y est sans doute pour beaucoup malgré la crise économique qui frappe durement l'Espagne. La Galice n'est pas la région la plus touchée. C'est très frappant en Andalousie.

Ensenada de Riazor. La Corogne offre son meilleur visage à l'Atlantique.
Ensenada de Riazor. La Corogne offre son meilleur visage à l'Atlantique.
18 septembre 2010

Il faut arriver tout au nord de la ville pour voir l'océan dominer largement le paysage. L'horizon s'ouvre alors complètement. Nous sommes battus par les vents assez puissants, et la force des vagues et de la houle se ressent bien. Il n'y a pas de monuments écrasants, ni de gratte-ciels inévitables. On peut faire le tour de l'isthme à pied ou en tramway, qui paraît sorti du début du siècle. Il y a aussi un lieu sportif, entre tennis, football et farniente au bord des piscines, qui sont encore bien remplies à l'approche de l'automne. Côté football, pas mal de gens portent le maillot du Barça, plus que celui du Deportivo. Comme dans toutes les villes espagnoles assez grandes, j'ai fini par faire un tour au Corte Inglés. Il y a sept étages mais il paraît moins vaste qu'à Madrid. Tout est classe et bien organisé. Le personnel est comme d'habitude très bien habillé et très disponible. J'ai recherché désespérément des distributeurs de tickets pour les bus. La compagnie n'est d'ailleurs pas à l'adresse indiquée. Côté propreté, c'est très variable. La ville est globalement propre, à l'exception des grands axes jonchés de détritus. C'est étonnant de voir comment le tri sélectif est instauré en bonne place même dans les grandes surfaces alors que les caissières vous remplissent gentiment nombre de sacs plastiques...

La colocation va démarrer aujourd'hui puisque je vais accueillir une jeune volontaire italienne dans l'appartement. De toute façon, il est trop grand pour moi tout seul. J'attends cela patiemment. Demain, je pars pour le séminaire d'accueil à Gandario (à seulement 18 kilomètres de La Corogne), pour une semaine. C'est au retour que les choses sérieuses vont vraiment débuter, puisque le fonctionnement d'une semaine normale va pouvoir commencer.

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