Le chemin des écoliers
Bienvenidos con el camino de Santiago
21 novembre 2010
21 novembre 2010
Je recherchais encore une fois une expression pour le titre de mon article. Le blog prend un sens littéraire et sert bien à retranscrire le vécu, les émotions. Il prend même une valeur systématique, même si j'ai choisi de ne pas l'écrire un jour de pleine lune.
La jeunesse est si pressée
Le titre est significatif pour plusieurs raisons. Il me fait penser bien sûr à Saint-Jacques-de-Compostelle, ou Santiago de Compostela, qui s'est révélé à mes yeux ce week-end, deux semaines après le passage du pape. Pour venir à Santiago, Benoît XVI n'a pas choisi le chemin des écoliers mais l'avion. Le privilège de la jeunesse par rapport à l'âge avancé serait-il justement de prendre le temps pour aller d'un point A à un point B, sans être contraint de passer par des étapes intermédiaires ? Au collège Andaina, c'est probablement le cas. Que ce soit dans le cours d'Éducation Physique ou dans le cours de Français, nos chères têtes blondes (si, en Espagne, il y a des blondes) prennent un malin plaisir à faire durer le cours.
En lieu et place du saut en hauteur, le lançage de tubes de colle et de chaussures en classe est devenu le sport le plus populaire. Evidemment, la réception sur la figure du camarade d'en face rapporte un nombre incalculable de points, d'autant plus s'il s'agit d'un objet petit. Ces jeunes sont ainsi d'une générosité telle que les femmes de ménage, harassées par le couloir interminable du collège, peuvent faire fortune en cueillant les fruits d'une journée de classe. D'autant plus que la croissance de la colle, des avions en papier, des équerres et des stylos est si rapide qu'il s'en ramasse des tonnes par jour. Dommage que ces produits n'aient pas de label AOC. Au gymnase, la vendange des blousons et vestes est quotidiennement réalisée par les professeurs du collège, qui n'ont pas le temps d'emprunter le chemin de leurs écoliers.
Chercher son chemin, telle une fourmi
Alors samedi soir, j'ai triché, je n'ai pas emprunté le chemin des écoliers pour rejoindre Santiago. C'est le chemin ferroviaire, qui ressemble à un chemin d'adolescents par rapport à la longue ligne droite de l'autoroute. Entendons-nous par là que la Renfe exploite une ligne qui serpente entre les vallées et les montagnes galiciennes, pour arriver en pleine campagne, dans une cité où rayonne l'illustre cathédrale. J'avais à peine aperçu les flèches qui montent au ciel en allant sur Pontevedra. Cette fois, j'ai voulu aller à sa rencontre. Auparavant, il faut se défaire du damier galicien, qui consiste à se prendre pour une fourmi au coeur d'une gaufre. Comme à La Corogne, Ferrol et Pontevedra, il serait très facile de se perdre dans ces rues perpendiculaires. Cette fois, la cité est perdue au milieu des terres, l'océan ne permet pas de se repérer naturellement. C'est ainsi que grâce à mon sens de l'orientation légendaire, j'ai réussi à revenir au point de départ... la station de train (estación de tren) alias la gare. Après plus de deux mois, mon français se castillanise quelque peu. Et là, lumière spirituelle en ce lieu de culte, je décidai de grimper le plus haut possible, car s'il y avait quelque édifice religieux aussi imposant soit-il, fût-il tout en haut, dominant le monde, aux côtés du Monte Pedroso tout proche, tout naturel aussi.
Façade de la Cathédrale - Place de l'Obradoiro (Saint-Jacques de Compostelle)
21 novembre 2010
21 novembre 2010
En pénétrant dans le quartier historique, l'ambiance change tout à coup. Le coeur se réchauffe, la ville estudiantine pointe son nez, toujours sous la pluie. Les pubs sont ouverts, avec des enseignes originales dignes de Pérouges (ville médiévale dans l'Ain, en France). Finalement, j'arrive dans une auberge espagnole, où je rencontre toutes les régions et nationalités, de la Champagne à la Catalogne, de l'Argentine à la Suisse, du Pérou à la Russie, autour d'un vin chaud. Le froid, la cathédrale, le vin chaud, je retrouve une ambiance strasbourgeoise. Marcher au coeur de Santiago, c'est défaire le chemin des écoliers car le monde y est petit. Aller à Santiago, c'est probablement le prendre. Alors le dimanche, tout est ouvert. Le soleil, intimidé depuis des jours, pointe son nez et m'accorde une après-midi de répit. Le ciel n'est pas dégagé, il est simplement traversé par des rayons puissants. Ils suffisent à illuminer la Praza do Obradoiro (Place de l'Atelier), où trône la majestueuse cathédrale. Le gris et le vert ont pénétré sa façade, signe du temps qui passe. A l'intérieur, c'est un labyrinthe, beaucoup plus compliqué qu'à Strasbourg. Il n'y a qu'une seule caméra en apparence, filmant peut-être le tombeau de Saint-Jacques, qui a attiré tant de convoitises. Les pèlerins que j'ai rencontrés sont eux aussi pleins de lumière, sans doute intérieurement et ont encore soif de projets. Ils venaient de Nantes et de l'Aveyron, à pied. Il y avait d'autres cyclistes, aux arrières chargés. Je leur ai parlé du Service Volontaire Européen mais eux ont souhaité conserver le secret de leur chemin, qui leur appartient. Je me suis longtemps posé la question de l'intérêt d'atteindre Santiago par le chemin des écoliers, le Camiño, haut-lieu de la randonnée européenne. Je ne sais que retrouver au bout : la paix intérieure, la foi, la réponse aux questions existentielles ? Découvrirai-je tout cela en 2012, au bout du chemin, année de l'apocalypse ?
Pourquoi Santiago ?
Que représente finalement Santiago pour ceux qui ne placent pas leur foi en un Dieu ? J'ai déjà parcouru à pied des milliers de kilomètres avec pour buts d'ouvrir un nouveau chapitre à chaque kilomètre accompli, et de finalement revenir au point de départ, pour fermer le livre. Santiago, c'est un voyage sans fin. J'y suis passé pour aller à Pontevedra, je m'y suis arrêté. Ses parcs urbains, qui s'enfuient vers la nature, sont mystérieux. Son quartier historique se découvre peu à peu, truffé de légendes. L'océan n'est pas visible, il est peut-être fantôme, tapi dans le sous-sol. La ville me laisse une impression mystérieuse. Elle a une forme de lézard, inspire parfois le luxe, le commerce à outrance, l'exhaustivité... vit secrètement la nuit, sous la pluie. J'ai aimé mais je n'y ai pas laissé mon coeur. Pourtant je retournerai à Santiago.
Aujourd'hui, c'était le tour de Carballo de passer au crible, en tant que nouvelle étape de mon chemin des écoliers, le SVE. Pas pour la visite. Car Carballo a tout d'une cité résidentielle, où les immeubles côtoient les champs. Ou une visite intérieure, d'un Instituto (lycée qui accueille autant de futurs bacheliers que de futurs techniciens). Avec Alice, nous avons présenté notre projet et les raisons qui nous ont fait venir en Espagne. C'était l'occasion, toujours très agréable, de pouvoir s'exprimer en castillan. Nous avons rencontré des jeunes et des un peu moins jeunes, tout en étant représentatifs (nous avons respectivement dix-huit et vingt-huit ans). C'est à dire à des âges où l'on entame et l'on quitte le chemin de l'Université.
Par ici la suite ! Voir plus loin (8 décembre 2010)


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