Haut de page

Demain : grève générale

Demain, grève générale. J'ai trouvé les gens particulièrement tendus aujourd'hui dans les rues de La Corogne. C'était un jour pourtant comme les autres, baigné de soleil comme c'est le cas depuis plusieurs semaines maintenant. Et quand la pluie va se mettre à tomber sans cesser, la gente sera-t-elle encore plus grognonne ? Mais la situation politique est sur un fil. J'ai éprouvé certaines impressions que j'avais ressenties grandeur nature à Paris : l'avenue Juan Flórez peuplée de badauds et de mendiants, aux façades ocre noircies par la pollution. Cette artère ne sent pas très bon. Quelques trous de souris dans les hauts immeubles de verre laissent apercevoir l'océan, comme une bouffée d'air frais dans un univers teinté de gris. J'avais découvert la cité corognaise un samedi de septembre, la parcourant en long, en large et en travers. Hier, j'avais le sentiment d'avoir un but à atteindre. Et voilà une faille dans la préparation, un imprévu : le N.I.E. (Numéro d'Identifiant d'Etranger) que désormais je ne peux nier. Pour pouvoir recevoir mon argent pour la nourriture et l'argent de poche, la structure coordinatrice de mon SVE m'a demandé et accompagné pour l'ouverture d'un compte auprès de la Caixa Galicia.

J'ai dit sur mon profil Facebook que l'Espagne commençait à me connaître. L'inverse est aussi vrai, même si je n'ai fait qu'effleurer la base de l'iceberg culturel. Il y a deux ans, j'avais fait la chasse aux pompiers à 5 heures du matin dans les rues catalanes de Gérone. La jeune Marianne, 19 ans, avait connu une crise d'épilepsie dans un séjour dont j'étais animateur. Et je m'étais improvisé interprète pour la bonne cause auprès de l'hôpital. J'avais traduit toutes les instructions, qui avaient changé en cours de route : il fallait garder la jeune fille en observation toute la journée, puis jusqu'à midi, et puis finalement elle était libérée à 10 heures du matin. Et la police m'avait poursuivi dans les couloirs de l'hôpital parce que j'apportais à manger à ma directrice affamée... et bien sûr il ne fallait pas emporter de nourriture dans les chambres. Parfois, je fais mine de ne rien comprendre à l'espagnol, parfois effectivement je ne comprends pas les Espagnols mais pourtant je les aime...

Tout pour la Patrie (Bibliothèque militaire de La Corogne)
Tout pour la Patrie (Bibliothèque militaire de La Corogne)
27 septembre 2010


Retour au présent donc. Pour pouvoir manger salades, tomates, oeufs, saucisses, purée, riz, pâtes, fromages, yaourts, galettes et fruits ; ainsi que pour pouvoir boire du lait (entier !) et du jus de fruits, l'ouverture de ce compte devient alors une priorité. Au passage, il s'agit pour le moment des ingrédients les plus fréquents dans mon assiette. Et administrativement parlant, j'en ai effectivement pour mon compte. La première fois, il faut que je prouve que je paie effectivement des impôts en France. La deuxième fois, il ne faut plus. La troisième, il faut que je donne un N.I.E. et ça, je ne peux effectivement pas le... nier. Alors le M. de la banque me reçoit pendant une heure à son guichet, bloquant une impressionnante file de papis ou de mamis (= jubilados). Mais ils ne jubilent pas. Tout ça pour me dire trois fois qu'il faut que je récupère finalement le N.I.E. Il m'envoie à l'Hacienda et là c'est l'hilarité intérieure. Tout d'abord, Ben Laden ne peut pas entrer. Il y a un contrôle strict à l'entrée. Ensuite, je tombe sur le nouveau monde. Six étages mais il faut que je reste au RDC (= planta baja) et rien qui ne corresponde en vue. Je rencontre un M. de la banque au guichet, qui a vu passer déjà au moins X personnes. Il me donne un ticket... au nom de code A-199 pour un autre guichet. Et là, une réplique à la Michel Audiard.
Moi : "Hola, Buenos días. Soy un voluntario francés y necesito el N.I.E. para abrir una cuenta."
La dame de la banque : "¿ Tienes la nacionalidad española ?"
Moi : "¡ No, soy francés !"
La dame de la banque : "Lo siento. Aquí es imposible. Tienes que presentarte a la Policía".
J'avais préparé le coup et pris l'adresse de la Policía avant de venir.
Une fois arrivé, une demi-heure après, et "con prisa" (car les administrations ferment à 14 heures) !, je retire finalement le précieux formulaire EX-16 que je dois remplir, photocopier (etc.) et remettre à la Police. Puis ensuite je dois y récupérer le N.I.E. trois jours plus tard...
Au passage, j'ai remarqué la tenue de deux jeunes filles et je comprends qu'elles viennent du même pays que moi. Réplique cinglante : "Nous ne sommes pas ici pour rencontrer des Français". C'est exactement pour cela que je me suis expatrié un temps...

Ah oui, grève générale demain. Mais je pars pour le collège quand même, au milieu des "2 años más con Zapatero..." et appareil photo dans le sac. Histoire peut-être de voir ce qu'est une manifestation à l'espagnole.


Commentaires

Articles les plus consultés