Un carnet lyonnais
Il y a plusieurs manières d'arriver à Lyon, plusieurs routes, plusieurs moyens de transport... pour plusieurs objectifs. L'accès m'en est devenu familier à force de passages répétés... Pourtant, lorsque l'on est de la région, il est difficile de se rendre à Lyon sans un but bien précis. Souvent, c'est de passage et Lyon est un passage obligé. Surtout en train. L'aéroport de Saint-Exupéry (anciennement Satolas) est l'aéroport majeur de la région. Quant à l'autoroute, malgré deux contournements à l'est, elle traverse toujours la ville et le très bouchonné et fameux "tunnel de Fourvière" est une sorte de point de congestion indigeste.
Difficile d'envisager un trajet d'envergure nationale sans passer par l'ancienne capitale des Gaules. J'avouerai vite que la gare de Lyon Part-Dieu m'est toujours apparue comme l'une des plus pratiques de France, l'une des plus modernes aussi (1983), et forcément, celle qui m'a laissé de nombreux souvenirs : j'y ai transité souvent pour aller dans le sud, à Montpellier, Perpignan, Barcelone... et plus loin encore. C'est d'ailleurs la première gare européenne pour les trains par correspondance. La gare de Perrache, l'autre gare principale de Lyon, est beaucoup plus ancienne (1855) et moins pratique. Pourtant, deux visages totalement différents s'offrent en sortie. A Part-Dieu, au coeur du quartier d'affaires, il n'y a que des bureaux. Rien de tapageur. Un gros crayon du Crédit... Lyonnais. Un gros centre commercial. Un gros tramway. Des lignes taillées à la serpe qui vont de gauche à droite. La gare de Part-Dieu semble toujours bondée. J'adore regarder le visage des gens à cet endroit, souvent levé vers le haut, un tableau, une indication... Il y a de tout, des personnes SDF, des pressés, des costumes-cravates, quelques babas-cools... des toilettes payantes et des sandwiches hors de prix. Bref, ce n'est pas le plus intéressant mais cette atmosphère met souvent dans l'ambiance. Lorsque l'on est bien chargé...
Le quartier de la Part-Dieu n'étouffe pas. Mais c'est le sérieux lyonnais. J'ai l'impression que le piéton est exclu de l'espace, que la flânerie n'a pas sa place, qu'il n'y a rien de romantique. Tout est dans le fonctionnel. J'y ai rarement noué de longues conversations. A Lyon, je suis plutôt attiré vers l'ouest, le Lyon originel, par opposition à une extension est trop géométrique à défaut d'être anarchique. Il faut s'approcher du Rhône. Les quais étaient jadis occupés par de nombreuses voitures, ce qui permettait de trouver un stationnement gratuit lorsque j'étais étudiant, même s'il y avait des jours où la montée des eaux du fleuve pouvait inquiéter. De toute façon le fleuve apparaît toujours puissant. A Miribel-Jonage, à l'amont, le fauve a été dompté en deux canaux. La Saône, qui va l'alimenter dans la partie sud de la ville, apparaît guère moins menaçante l'hiver. C'est là que la ville commence à prendre un peu plus son temps. Jusque là, j'ai vu des gens défiler, j'ai vu un peu de misère apparente assise par terre, j'ai entendu résonner quelques coups de klaxon. Le Lyonnais est-il par nature pressé ? Il se dit qu'il faut s'adapter à la conduite lyonnaise, c'est à dire ne pas être surpris par les changements de file intempestifs. Chez moi, il y a deux voies. A Lyon, il y en a quatre. A Paris, il y en a sept...
De l'air à l'ouest
Le Rhône permet de respirer, d'ouvrir l'horizon. Quelle que soit la saison, les personnes s'arrêtent pour prendre quelques clichés. La vue commence à s'ouvrir. Elle ne va pas se refermer. Quelques péniches circulent. Il est possible d'y monter à bord. Certaines font office de restaurant. D'autres accueillent des classes de découvertes. Pourtant, le Rhône, dont le cours est furieusement dompté, n'est pas navigable très longtemps. J'arrive à la place Bellecour et d'autres souvenirs reviennent en mémoire. C'est déjà un lieu où il fait bon prendre le temps. Enfin. Un petit office de tourisme est là pour aider à la découverte de la ville. La place a un parfum de Plaza Mayor espagnole et, outre la statue équestre de Louis XIV qui rappelle Madrid à défaut du soleil, il y a un kilomètre zéro. Un autre lieu de carrefour. Fourvière approche mais auparavant je ne boude pas mon plaisir de retourner dans la librairie du coin, là où je dessinais une carrière universitaire dix ans plus tôt, déjà. La librairie ouvre, pas peu fière, sur plusieurs rayons complets sur la ville. De quoi s'en délecter.
Façade de l'Hôtel de Ville de Lyon - Fête des Lumières
Photo de Y. ATTIA - 7 décembre 2008
Je quitte Bellecour et sa grande roue pour me rapprocher du pied de la basilique. Il me faut pour cela franchir l'une des nombreuses passerelles sur la Saône et me retrouver dans les fameux plus beaux quartiers. Les langues commencent à changer, à se mondialiser. Le français laisse peu à peu la place à l'anglais, à l'espagnol, à l'allemand et au chinois et les yeux, comme à la gare de la Part-Dieu, s'élèvent. Il n'y a plus seulement que les Lyonnais. La montée vers la basilique est éprouvante mais je sais qu'elle en vaudra la peine. Il y a près de cent vingt mètres de dénivelé mais à travers les jardins du Rosaire le paysage s'ouvre sur la ville. Cela me rappelle rapidement les jardins du Palais de Cristal à Porto. A la différence que la vue ne s'ouvre pas sur la célèbre Riviera, le pont Don Luis Ier (Eiffel) et l'Atlantique au loin mais sur tout Lyon et les Alpes...
Fourvière veille sur les Lyonnais qui le lui rendent bien le 8 décembre. S'il y a bien une signification religieuse en ce jour de l'Immaculée Conception, où l'on rend hommage à Marie, cela n'a rien à voir avec Noël. La statue dorée de Marie a été inaugurée en 1852. Le pèlerinage a lieu le 8 septembre, date originelle prévue pour l'inauguration. Cette année-là, une crue de la Saône en aurait décidé autrement et aurait conduit à repousser l'évènement au 8 décembre. Or ce jour-là, un violent orage se serait abattu sur Lyon, entraînant de nouveau un report de l'inauguration. Mais les familles lyonnaises en ont décidé autrement et auraient spontanément allumé nombre de bougies à leurs fenêtres le soir. La tradition de la fête des Lumières, qui fait office d'un véritable spectacle visuel aujourd'hui, remonterait à ce jour-là. Tout Lyon s'éclaire alors. D'autres versions divergent : est-ce pour remercier le ciel d'avoir épargné la capitale régionale du désastre de la guerre de 1870 ? Est-ce pour avoir sauvé la population de la peste de 1643 ?
Toujours est-il que cette partie ouest, celle du Vieux Lyon, est là où la ville tient ses racines. C'est sans doute là où elle est la plus sympathique. En redescendant la colline, je passe par Vaise avant d'arpenter la célèbre rue Saint-Jean, et de faire face à d'autres spécialités locales : les quenelles dans les bouchons lyonnais, les traboules et une statue de Guignol ! Et de me rappeler quelques dégustations de Beaujolais nouveau...
Lyon, ce n'est pas le fait d'y avoir pris un peu de temps en journée et d'y avoir volé quelques clichés qui me permettra de la conter. Ce serait bien trop prétentieux et il me faudrait y vivre pour la décrire. Cela me rappelle les quelques trois ou quatre heures passées à Oviedo et à Malaga : c'est bien insuffisant. Juste pour y percevoir quelques impressions. Le blog ne se veut pas un Guide du Routard ou un Petit Futé. Il se doit être un point de passage, qui témoigne d'un lieu de rencontres, prévues ou fortuites, d'une ambiance, à un moment donné. Car, avant de faire la guerre, la géographie sert d'abord à décrire et à comprendre ce qui se passe ailleurs. Et d'ailleurs Lyon méritait bien un carnet...


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